François-René de Chateaubriand

Les œufs de merle

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anatole_ franceOn ne sait si M. Anatole France a son nom sur la liste des gens protecteurs des animaux. Ce serait, au reste, une excellente recrue pour le Dr Boucher. Mais ce qui est certain, du moins, c’est que M. Bergeret a une propension amicale qui le fait chérir nos frères inférieurs.

Il se promenait dans le parc de la Béchellerie, naguère, quand il rencontra par hasard un nid de merles où se trouvaient posés tout gentiment quatre ou cinq œufs. M. Anatole France, qui se promenait avec un de ses familiers, s’arrêta longuement, en admiration, devant cette fragilité. Et tout soudain :

Mais ils sont gris… mais ils sont gris !

Et le maître allait répétant ce propos qui commençait par inquiéter son compagnon… M. Anatole France s’ouvrit alors des sentiments qui se partageaient son âme à ce moment et lui confia :

Il ne m’avait jamais été donné jusqu’ici de voir de près des œufs de merle et j’avoue que j’en ignorais la couleur… Je me contentais d’ajouter foi à certaine phrase de François-René de Chateaubriand qui dit, en quelque lieu de son Génie du Christianisme, avoir vu « trois œufs bleus dans un nid de merles » … Or, Chateaubriand s’est trompé : les œufs sont gris…

Puis, au bout d’un temps, M. Anatole France, avec un bon sourire qui réjouissait toute sa personne, d’ajouter :

Ah ! comme les poètes sont heureux, ils vivent dans un univers enchanté… Ils voient tout en bleu et en rose.

« L’Éclaireur du dimanche. » Nice, 1923.

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