froid

Pourquoi nous avons eu si froid

Publié le Mis à jour le

Eugène-Galien-Laloue

On est tellement étonné d’avoir froid, après avoir joui de quelques jours de beau temps, qu’on voudrait toujours que la science nous en explique la raison. 

Or, la science météorologique ressemble, pour cela, au médecin de Molière qui expliquait que quand une fille ne parle pas… c’est qu’elle est muette ; et M. Mascart, membre de l’Institut, explique, avec tout le sang-froid d’un pince-sans-rire, que, si nous avons froid, c’est que nous subissons de vastes pressions ayant pour cause un vent du nord-est ; et comme le vent nord-est n’est généralement pas chaud, nous avons eu froid. Quant à la neige, qu’on, a signalée sur quelques points, elle a été amenée aussi par ce même fâcheux vent du nord-est, qui a transformé en neige la pluie qui allait tomber sur la terre.

En revanche, M. Mascard a souri de cette pauvre humanité, qui ne se souvient jamais d’avoir eu si froid, comme, dans quelques semaines, on ne se souviendra pas d’avoir jamais eu si chaud. Le temps, que nous avons subi n’est nullement anormal, et il y a déjà eu bien des avrils aussi désagréables que celui-ci. Et pour  nous consoler, M. Mascard nous annonce que  nous allions avoir de la chaleur, ou de la pluie.

On ira lui en demander la raison, et il répondra encore, de son ton le plus pince-sans-rire, que, s’il fait chaud, c’est que le soleil nous  brûle, et que, s’il tombe de la pluie, c’est qu’il y a au ciel de grands nuages qui crèvent sur nous.

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905.
Illustration : Eugène Galien-Laloue.

Sans réplique

Publié le Mis à jour le

tramway.

En tramway. Il fait très froid : un voyageur veut fermer la porte par laquelle la bise revient sur ses oreilles. La receveuse s’y oppose sous prétexte qu’elle ne pourrait entendre le sifflet de la 2ème voiture.

Arrivé place de la République le voyageur encouragé par ce nom et s’inspirant de sesdroits immortels fait des observations au contrôleur de la puissante compagnie qui répond :

Mais Monsieur, si on fermait la porte, par où voudriez-vous sortir en cas d’incendie ? 

La Compagnie des tramways possède heureusement des employés aimables et spirituels. Mais ne pourrait-elle s’arranger pour concilier le bon fonctionnement du service, le bien-être des voyageurs qui la font vivre, et même, s’il lui plaît, l’esprit de ses fonctionnaires ?

« La Pince sans rire : chronique hebdomadaire de la vie nantaise. »  Nantes, 1920.