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Plaidoyer pour le tabac

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Nous trouvons, dans la Saint-James Gazette, un plaidoyer en faveur du tabac. Citons-en un passage :

On voit tous les jours des hommes se mettre à fumer, de propos délibéré, parce que cette habitude augmente leurs facultés de travail. Et de fait, sous ce rapport, le tabac a des vertus incomparables : êtes-vous naturellement indolent, il vous échauffe et vous active; votre tempérament est-il, au contraire, irritable et porté à l’agitation, il n’y a rien de tel, pour le calmer, qu’une pipe ou deux. C’est un fait universellement reconnu. Et le whiskey seul, au dire des Écossais, produit des effets analogues.

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II va sans dire que le tabac agit plus ou moins puissamment, selon les individus. On voit souvent des gens commencer leur journée, dès le matin, en fumant une pipe ou un cigare. Croyez bien qu’ils aimeraient tout autant s’en passer. Mais l’expérience leur a appris qu’ils y trouvent leur compte.

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Les gens de lettres, en grand nombre, fument tout simplement pour augmenter leur revenu. Ils ont reconnu que le tabac a la propriété, non seulement de faire naître, mais de coordonner leurs idées, et que le mot propre, souvent rebelle si la pipe est éteinte, arrive à l’ordre aussitôt qu’elle est allumée. C’est un fait des plus intéressants au point de vue psychologique. Si les fumeurs sont généralement incapables de l’apprécier, c’est que là psychologie ne fait pas encore partie du programme de leurs études.

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Enfin, s’il faut tout avouer, la meilleure des raisons pour rester chez soi, c’est un bon cigare. Un homme aurait l’air bête, au coin de son feu, s’il ne faisait rien. Son cigare l’occupe précisément assez pour qu’il ne songe pas à s’en aller; il le savoure paisiblement et ne demande, pendant ce temps, qu’à contempler sa femme à travers l’odorante fumée et à la trouver charmante. Point de crainte à ce moment qu’il montre de l’humeur, si irritable que soit son caractère. Où pourrait-il trouver un plaisir aussi innocent à la fois et aussi peu coûteux ?

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1885.