funérailles

Pauvre père Carnaval

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 James-Ensor

Dans le pays de Vireux, la jeunesse confectionnait un immense pantin en paille qu’elle affublait d’oripeaux, de vêtements loqueteux aux couleurs criardes et qu’elle fichait à califourchon sur une perche. Elle le promenait ensuite dans tout le village en gémissant :

« Pauvre père Joseph ! Pauvre père Carnaval ! c’est fini ! tu vas mourir ! »

Et quand cette promenade, simulant des funérailles, était terminée, on se dirigeait vers la Meuse. Arrivés sur la berge, les gémissements, les pleurs, les hurlements recommençaient plus abondants, plus attristés. Enfin, lorsqu’on avait loyalement et suffisamment plaint ce pauvre « père Joseph », on le descendait de sa perche, on le brûlait et ses cendres étaient jetées à l’eau.

Dans quelques autres communes, on substituait à ce mannequin un jeune homme en chair et en os que l’on revêtait de foin et de paille et qu’ensuite on conduisait sur la place. Là, on simulait un tribunal qui, séance tenante, jugeait et condamnait à mort ce pauvre Mardi-Gras, représenté par le compère bénévole. On l’adossait ensuite à l’une des maisons de la place, comme un soldat que l’on colle au mur devant le peloton qui va le fusiller, et on tirait sur lui à blanc.

Malheureusement, à Vrigne-aux-Bois, un de ces Mardis-Gras improvisés, nommé Thierry, fut tué par une bourre que, par mégarde, on avait laissée dans le fusil. Quand il tomba, tout le monde applaudit à la manière merveilleuse dont il jouait son rôle. Mais, comme il restait toujours étendu, on courut à lui et on ne releva qu’un cadavre.

Depuis ce triste événement, on a renoncé pour toujours, dans les Ardennes, à ce simulacre d’exécution.

« Mémoires de la Société d’agriculture, commerce, sciences et arts du département de la Marne. » Châlons-sur-Marne, 1910.
Illustration : James Ensor, 1890.
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Les Tours du silence

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funérailles-Parsis
Funérailles Parsis

Les Parsis de l’Inde sont les descendants des adorateurs du feu, les disciples de Zoroastre. Leur Saint-Livre a été traduit en 1771 par Anquetil-Duperron. Persécutés par les successeurs d’Alexandre le Grand, les Parsis se réfugièrent tout d’abord à Oimur, puis à Guzarat.

Les Anglais surent apprécier les bonnes qualités de ce peuple intelligent et industrieux, et ils amenèrent les Parsis à Bombay, où ils forment une vaste famille. Le type parsis est européen, avec le nez arqué; ils tiennent à leurs croyances et à leurs usages, et parmi ces derniers il en est un dont parle déjà Hérodote: ils offrent leurs morts en pâture aux vautours.

Près de Bombay, sur la colline de Malabar, entourée d’un côté par un parc merveilleux, se trouvent les Tours du silence, le champ de repos des Parsis. Ces tours sont construites sur un terrain appartenant à la communauté des Parsis; elles sont au nombre de six, trois petites et trois grandes. Dans les trois grandes et dans deux des petites on dépose les corps; la dernière, la sixième, sert de dépôt pour les vêtements enlevés aux morts. L’intérieur des six tours est le même: elles ont de 100 à 300 pieds de hauteur et de 20 à 50 de diamètre.

Tours de silence à Bombay
Tours du silence à Bombay

A deux mètres au-dessous du mur d’enceinte se trouvent disposés les cadavres; ces ouvertures sont réservées pour les corps d’homme, de femme et d’enfant. Les prêtres seuls peuvent en approcher, chaque case est munie d’une porte de fer qu’on referme dès que le corps a été déposé. Un spectacle effrayant attend le visiteur: les arbres du parc, petits et grands, bambous, palmiers, sont couverts de vautours qui, par moments, poussent des cris que leur arrache la faim. Mais voici la nuit: à partir du coucher du soleil, c’est une interminable suite de porteurs, derrière lesquels marchent les parents des défunts.

Les prêtres reçoivent les corps, les déshabillent et les bénissent; puis, ouvrant la grille, les déposent dans la niche. Un grand bruit d’ailes, des cris rauques et stridents, puis la lugubre besogne commence. En deux heures, les vautours ont réduit le corps à l’état de squelette; puis, s’acharnant après les os, ils les détachent à grands coups de bec, ils se battent entre eux; enfin, ce qui reste du pauvre corps glisse des tours dans les flots de la mer.

 in La Revue des journaux et des livres.  Paris, 1885.

Lire également: L’extinction des vautours bouscule les rites funéraires parsis