fusil

On ne discute pas les ordres

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La garnison de Klausenbourg (Autriche-Hongrie) a été mise en émoi, samedi dernier, par le suicide qu’un officier de cette garnison a accompli dans des conditions véritablement extraordinaires.

Le lieutenant d’infanterie Charles Mangesius. en proie à un accès de désespoir causé par un événement que l’on ignore encore, donne l’ordre à un soldat de son régiment de se présenter à telle et telle heure, avec armes et munitions, dans son appartement.

L’homme arrive. Le lieutenant lui dit de charger son fusil. L’homme, étonné, obéit en hésitant.

Le lieutenant s’agenouille et ordonne au soldat de tirer sur lui. Le soldat refuse. L’officier insiste et fait comprendre au troupier qu’il n’a qu’un devoir : celui d’obéir à ses supérieurs et que, s’il n’obéit pas, il sera frappé des peines les plus sévères.

Le troupier obéit enfin, l’officier commande : Feu ! et tombe foudroyé.

Charles Mangesius était fils d’un général de division en retraite.

« Le Rappel. »  Paris, 1889.

La théorie du mousquet

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« La théorie » est ce petit livre bleu, cartonné toujours, remanié sans cesse, mis au courant par une commission spéciale d’officiers. La première théorie connue est celle du mousquet et qui est la suivante : 

« 1, portez la main au mousquet; 2, haut le mousquet; 3, joignez la main gauche au mousquet; 4, pressez la mèche; 5, mettez-la sur le serpentin; 6, compassez la mèche; 7, mettez les deux doigts sur le bassinet; 8, soufflez la mèche; 9, en joue; 10, tirez ; 11, retirez vos armes; 12, reprenez la mèche; 13, remettez-la en son lieu; 14, soufflez sur le bassinet; 15, mettez le poulvérin; 16, amorcez; 17, fermez le bassinet; 18, soufflez sur le bassinet; 19, passez le mousquet du côté de l’épée; 20, prenez le fourniment (étui contenant une cartouche); 21, mettez-le dans le canon ; 22, laisser tomber la poudre dans le canon; 23, remettez le fourniment en son lieu; 24 tirez la baguette; 25, haut la baguette; 26, raccourcissez la baguette; 27, mettez-la dans le canon; 28, bourrez; 29, retirez la baguette; 3o, raccourcissez la baguette; 31, remettez-la en son lieu; 32, portez la main droite au mousquet; 33, haut le mousquet; 34, mousquet sur l’épaule. »

Tout cela, pour arriver à pouvoir tirer son homme à trente pas. Le fusil Lebel est un peu moins compliqué et d’une autre portée.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1892.

Swahn, le vieux fusil

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Avec son chapeau, sa veste et une longue barbe blanche, Oscar Swahn a de l’allure devant l’objectif du photographe. Il tient dans la main gauche le long canon de son fusil. Torse redressé, un imperceptible sourire aux lèvres, on dirait Tartarin de Tarascon débarqué … dans la banlieue de Stockholm.

L’ancien agent des postes suédoises, passionné de chasse aussi, n’a jamais, lui, traqué le lion ou la gazelle. Sa spécialité, c’est le cerf. Et ce 4 juillet 1912, il s’est montré une nouvelle fois particulièrement adroit dans l’exercice.

Meilleur tireur de son équipe, le Suédois vient de décrocher la troisième médaille d’or de son insolite carrière olympique dans l’épreuve du tir au … cerf courant. Un cible en bois représentant l’animal, postée à 100 mètres, franchit en quatre secondes les 23 mètres de la  zone de tir de gauche à droite. Un seul coup autorisé à chacun des dix passages. Oscar Swahn et ses trois jeunes compatriotes excellent.

L’événement n’a, a priori, rien d’extraordinaire dans ces Jeux de Stockholm, les seuls jamais organisés en suède. Dans les premiers programmes olympiques, le tir est une discipline majeure. Pistolets, carabine, fusil, tout y passe. On a même vu une épreuve de canon de 75 à Paris en 1900. Dix-huit épreuves de tir sont répertoriées au stand de tir de Rasunda et les gâchettes suédoises envahissent les classements.

Pourtant, ce 4 juillet, en décrochant une nouvelle fois l’or, après ses titres obtenus en 1908 dans la même épreuve en individuel et par équipe, ce cher Oscar Swahn améliore aussi un insolite record jamais battu depuis. A 64 ans et 257 jours, il devient le champion olympique le plus âgé. Un événement qu’il ira fêter un peu plus tard avec Alfred, 32 ans, son fils et coéquipier, qu’il a entraîné depuis des années dans sa passion.

Dans la famille Swahn, le tir est une religion. Gamin, Alfred a suivi son père à la chasse. Adulte, il l’a rejoint dans l’équipe olympique dans une aventure inégalée depuis. En effet, les deux hommes vont participer ensemble aux épreuves de tir en 1908, 1912 et 1920. Parfois concurrents, toujours équipiers. En 1924, à Paris, la famille Swahn a encore fait le déplacement au sein de l’équipe suédoise de tir. Alfred, alors âgé de 45 ans, va y décrocher ses trois dernières médailles, mais pas d’or cette fois. Monsieur Oscar, 76 ans, qualifié, s’apprête à disputer dans la capitale française ses quatrièmes jeux. Il est à tout jamais le papy des J.O.

Quatre ans plus tôt, à Anvers, il a de nouveau décroché avec son fils et deux autres équipiers une breloque (en argent) au tir sur cible; sa 6ème médaille. Pas question d’arrêter. Et, retraité des postes, il s’entraîne régulièrement.

Le dernier exploit pour Oscar serait de réussir à se qualifier à nouveau pour les Jeux Olympiques de Paris en 1924 …  Mais, peu de temps avant l’ouverture de la compétition, il tombe malade (ou se fracture la main ?) et doit retourner en Suède sans avoir pu y participer, laissant le soin à son fils d’inscrire une dernière fois le nom des Swahn au palmarès des Jeux.

« Petites histoires du 100 mètres et autres disciplines olympiques. »  E. Bonamy & G. Schaller, Hugo-Sport, 2012.