gamin

Le petit pâtissier amoureux

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enfants

On fait des fours à tout âge surtout quand on est pâtissier et, par-dessus le marché, amoureux.

Le jeune Paul M., âgé de quinze ans, employé dans une maison de pâtisserie du quartier de la Bourse, regagnait son domicile en suivant la rue de Richelieu, lorsqu’en face de la Bibliothèque nationale, un bicycliste qui passait le frôla.

Furieux, Paul M. se mit à lui dire des injures, le menaçant, s’il le rattrapait, de le jeter à bas de sa machine. Le bicycliste, qui était déjà à quelque distance, vira en entendant les provocations du gamin, revint sur lui et, d’une taloche donnée au passage, lui fit tomber son béret sur la chaussée.

Aussitôt, comme si le couvre-chef du petit pâtissier eût été enchanté, il s’en échappa toute une cascade de petits fours, de biscuits, de babas et autres pâtisseries.

Le gardien de la paix de planton devant la porte de la Bibliothèque intervint fit demanda d’où venaient ces gâteaux. Paul M. balbutia, prétendit d’abord que c’était pour ses petits frères et sœurs et finit par avouer qu’il volait son patron depuis onze jours afin de s’acquérir les bonnes graces d’une femme de la rue Dauphine.

Le précoce don Juan a été conduit au commissariat de police, où il a été tancé d’importance. Après quoi il a été remis en liberté, ses parents ayant promis de désintéresser le pâtissier.

« La Lanterne : journal politique quotidien. »  Paris, 1902.
Illustration : « La vie est belle. »  Frank Capra, 1947.
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Un aventurier précoce

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Grant-Wood

L’Amérique endigue sévèrement l’immigration. Les enfants n’en savent rien. Hantés par les lectures de ces vieux romans d’aventure où l’on voyait les pépites surgir sous les pas des explorateurs, et pervertis par les conversations des aînés qui leur représentent le nouveau monde comme le réceptacle de tout l’or monnayé du vieux continent, ils rêvent de plus en plus de s’expatrier vers le pays fabuleux où, théoriquement, la vie devrait être dorée sur tranche comme un livre de Noël.

Et c’est ainsi que le petit apprenti tisseur de 13 ans Charles Marc quitta la maison paternelle du 52, rue de Turenne, à Calais, et vint tout d’abord à Paris se familiariser avec l’atmosphère des grandes villes avant de s’embarquer au Havre à destination de New York. Ne doutant point de son étoile, comme tous les aventuriers de race, il ne s’était muni, pour tout viatique, que de la somme de 8 francs et d’une boite de sardines. Mais il s’était armé d’importance. Pensez donc !… un vieux pistolet, une fronde et un piège à moineaux, tout ce qu’il faut pour affronter les pirates de la savane et les grands fauves.

Errant, la nuit dernière, rue de Chabrol, le conquistador en herbe fut abordé par un agent de ronde qui souffla fort paternellement sur son rêve et le confia à M. Garnier, commissaire de police de la Porte Saint-Denis. Et Charles Marc, déjà revenu de l’aventure, attend au Dépôt que ses parents viennent le reprendre et le rendre à son métier.

Restez en France, petits gars aventureux, car c’est l’élan de vos forces neuves qui lui restituera, tôt ou tard, tout son bel or exilé !

« Le Matin : derniers télégrammes de la nuit. »  Paris, 1925.
Illustration (extrait) : Grant Wood.