gardiens

Avant l’heure, c’est pas l’heure !

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édouard-joseph-dantan

L’Eclair rapporte un petit événement qu’a mis en émoi le personnel du Salon des Champs-Elysées. Les affiches annoncent que cette exposition est ouverte aux visiteurs de huit heures du matin à six heures du soir et qu’il en coûte un franc pour entrer.

Ayant donné son franc, un amateur passait devant les innombrables oeuvres d’art qui emplissent le palais de cette industrie. Tout à coup, à ses oreilles, retentit le cri : « On ferme !« 

« On ferme ! Déjà ! Quelle heure est-il donc ? » se demanda-t-il. Il consulta sa montre, elle marquait 5 h.40. « Si elle est sincère, pensa-t-il, j’ai encore vingt bonnes minutes à regarder pour user de ce droit, qu’à la porte, on achète en entrant. » Sa montre ne l’abusait pas. Il était en parfait accord avec l’horloge de l’endroit, arbitre désintéressé

La voix des gardiens continuait à glapir : « On ferme ! » Par une savante stratégie, le public, refoulé vers les portes de sortie, s’écoulait, silencieux, sans révolte, quoiqu’à regret de voir si tôt s’achever le temps de son plaisir.

Notre homme, ne bougeait point. Les gardiens arrivent à lui et, pour qu’il battit en retraite, à l’instar des autres moutons du troupeau de Panurge : « On ferme, monsieur. » lui dit un fonctionnaire, convaincu que ces brèves paroles seraient irrésistibles. Il n’en fut rien. Le visiteur restait à sa place.

On le crut affligé du côté de l’ouïe. On lui cria dans l’oreille qu’il eut à s’en aller, que l’on fermait. Il répondit avec une robuste douceur qu’il n’était pas sourd, et qu’il n’était pas aveugle, non plus. Il voyait très clairement qu’il s’en fallait de vingt minutes que l’extrême délai fût atteint et qu’il n’était pas le moins du monde d’humeur à sortir avant que le temps révolu fût arrivé.

« Je suis entré ici pour n’en sortir qu’à six heures, et n’en sortirai qu’à six heures, dit-il. J’ai payé. On s’est engagé, en recevant mon argent, à me laisser tranquille jusqu’à six heures. J’y ai compté. Il y a encore des oeuvres que je veux regarder, car peut-être ne reviendrai-je plus au Salon de si tôt. Et notamment, je voudrais m’approcher de ce groupe de Gérôme qui est à dix pas de moi. L’admirer et, d’un pas paisible, regagner la sortie, cela me mènera à l’heure préfixe. J’exige qu’on me laisse aller, c’est dans les termes de mon contrat.« 

Un agent s’interposa, venant renforcer les gardiens. Le visiteur, qui était là par la volonté de M. Bonnat (du Comité de Peinture), n’en voulut pas sortir à l’aspect d’une baïonnette. Il tint bon. Et l’administration dut céder.

Le visiteur obstiné ne partit qu’à six heures juste, laissant les gardiens outrés qu’un simple citoyen eût osé user de son droit, et ne pas se prêter à la petite manoeuvre qui permet à messieurs les préposés de gagner une demi-heure sur leur temps de service réglementaire.

« La Joie de la maison. » Paris, 1892.
Peinture : Edouard Joseph Dantan.

Tcheser-Ka-Ra, la momie fatale

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egypte

Le British Museum de Londres possède le cercueil de la momie égyptienne de Tcheser-Ka-Ra, grande prêtresse de Amen Ra, divinité du Soleil. Or, ce cercueil a été la cause de nombreux malheurs pour tous ceux qui l’ont approché et de nouveau on signale des méfaits qui lui seraient imputables.

Des deux porteurs chargés de convoyer le fatal sarcophage au musée anglais, l’un mourut dans la même semaine, l’autre se cassa le bras. Enfin, dans le mois où fut installée Tcheser-Ka-Ra sous les vitrines de la salle égyptienne, deux gardiens décédèrent subitement.

On parla beaucoup de cette étrange affaire, et les directeurs du British Museum eurent toutes les peines du monde à trouver des gardiens qui restassent dans le hall. L’un d’eux y consentit; il avait servi en Egypte et savait comment il faut traiter les momies. Il se souvenait du sort d’un de ses officiers qui, s’étant emparé d’un sarcophage sur lequel était écrit : « Celui qui troublera mon sommeil mourra écrasé, » avait ri de cette prédiction en faisant l’esprit fort. Ce même officier était mort peu après, écrasé par un éléphant au cours d’une partie de chasse.

dieux-egyptiens.

Aussi ce gardien du musée affectait-il une grande déférence lorsqu’il parlait de Tcheser-Ka-Ra.

Il faut la traiter poliment, disait-il, et elle ne vous fera pas de mal.

Il avait raison. Un ouvrier d’art anglais, Herbert Browne, récemment chargé de faire une petite réparation au cercueil, se vanta auprès de ses camarades de ne pas croire à « ces histoires de brigand » et paria qu’il donnerait deux coups de marteau sur le haut du sarcophage. Il tint parole et par deux fois tapa sur le bois.

Quelques jours après, sans raison apparente, il tomba paralysé du côté droit.

« Le Véritable almanach du merveilleux. »  Paris, 1913.