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On ne discute pas les ordres

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La garnison de Klausenbourg (Autriche-Hongrie) a été mise en émoi, samedi dernier, par le suicide qu’un officier de cette garnison a accompli dans des conditions véritablement extraordinaires.

Le lieutenant d’infanterie Charles Mangesius. en proie à un accès de désespoir causé par un événement que l’on ignore encore, donne l’ordre à un soldat de son régiment de se présenter à telle et telle heure, avec armes et munitions, dans son appartement.

L’homme arrive. Le lieutenant lui dit de charger son fusil. L’homme, étonné, obéit en hésitant.

Le lieutenant s’agenouille et ordonne au soldat de tirer sur lui. Le soldat refuse. L’officier insiste et fait comprendre au troupier qu’il n’a qu’un devoir : celui d’obéir à ses supérieurs et que, s’il n’obéit pas, il sera frappé des peines les plus sévères.

Le troupier obéit enfin, l’officier commande : Feu ! et tombe foudroyé.

Charles Mangesius était fils d’un général de division en retraite.

« Le Rappel. »  Paris, 1889.

La confession des huit cents soldats

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Les journaux ont annoncé que la municipalité d’Amiens a fait renverser la croix de la mission plantée par le missionnaire Guyon. Cette croix rappelle une anecdote assez curieuse qui arriva à Amiens lors de son inauguration.

L’abbé Guyon, non content de s’être exercé sur les dévots de la ville, voulut encore sauver les âmes de la garnison. D’accord avec le colonel du régiment, huit cents soldats se confessèrent, communièrent et dînèrent à l’évêché. Mais l’exhortation de Guyon ayant duré trop longtemps, les mets se refroidirent dans les casseroles, et les huit cents soldats furent atteints de coliques violentes. Ces militaires, pris de vin pour la plupart, se livrèrent à des blasphèmes affreux, attribuant leur mal à une autre cause qu’au vert-de-gris. Grande rumeur dans la ville ! mystification pour l’évêque et pour le préfet !

Guyon seul ne se déconcerte point, et propose de recommencer le lendemain ; mais, au lieu de faire dîner les soldats à l’évêché, il veut qu’on donne à chacun d’eux trois francs pour boire à sa santé. La cour royale d’Amiens s’y opposa, et Guyon partit dans une bonne voiture traînée par le peuple jusqu’à une lieue en dehors de la ville, où l’on attela des chevaux de poste.

bonne-aventure

Ce Guyon si brillant n’est autre chose qu’un fou ; il est presque Lyonnais, puisqu’il est né à Régnier, petit bourg du département de la Loire, à la montagne de Tarare. Du reste, il n’est pas le seul fou qui soit dans sa famille.

Il prêchait, un dimanche, dans l’église de Perreux, autre bourg du même pays ; il en était au plus fort de ses preuves, lorsqu’on vint l’avertir d’un scandale épouvantable, qui avait lieu à la porte de l’église : une femme disait la bonne aventure aux paysans, et chantait des chansons mondaines. Guyon descend de la chaire, furieux, et court se précipiter sur la bohémienne.

C’était sa sœur !

« Archives curieuses. »  Paris, 1831.