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Le galure du Gascon

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mousquetaire

Un mousquetaire Gascon, passant, dans une revue, devant Louis XIV, fit faire à son cheval un mouvement si brusque, que le chapeau du cavalier vola à terre. Un de ses camarades le lui présenta à la pointe de son épée :

Sandis ! s’écria le Gascon, j’aurais mieux aimé que vous m’eussiez percé le corps que mon chapeau.

Le roi, ayant entendu cette réponse, lui en demanda la raison :

Sire, dit-il, j’ai crédit chez un chirurgien, mais je n’ai pas la même faveur chez un chapelier

 » La Cloche d’argent : journal hebdomadaire, illustré, politique, littéraire et artistique. »  Rouen, 1884.
Illustration : capture YouTube.

La redingote

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diligence

Un gascon qui voulait faire le voyage de Paris à Lyon à bon compte, entendit dire dans une société, que le marquis de B…, qu’il ne connaissait pas, comptait faire ce voyage. Il demande son adresse et se rend chez lui. Il aborde le marquis avec cette haute courtoisie qui n’appartient qu’aux gens des bords de la Garonne.

—  Monsieur le marquis , lui dit-il, je viens d’apprendre que vous partez a l’instant pour Lyon, sans doute dans votre voiture ?

Oui, monsieur; pourrais-je vous être bon à quelque chose ?

Vous me feriez bien plaisir si vous vouliez y mettre ma redingote.

Très volontiers; où voulez-vous que je la dépose en arrivant ?

Oh ! ne vous inquiétez pas de cela, je serai dedans.

« Le Crime : almanach des cours d’assises pour l’année. » Paris, 1846.

L’anecdote du Gascon magnétisé

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magnetiseur

Un brave des bords de la Garenne venu à Paris en octobre 1819 pour solliciter une petite place alla trouver le magnétiseur habile :

« M. le comte, lui dit-il, je viens à vous comme à la source de vie. Je suis atteint d’un mal où les médecins ne peuvent rien. J’ai sans cesse des besoins, des inquiétudes, j’éprouve un vide insupportable, un grand appétit, je suis d’humeur enjouée et je me désole. »

Cette maladie sembla si embrouillée, si importante, qu’on négligea toutes les autres cures pour s’en occuper. On fit dîner le gascon, qui mangea notablement, et le soir même on voulut le magnétiser. Mais on l’endormit si bien qu’il n’éprouva aucune crise de somnambulisme et qu’il ne put répondre à aucune question. L’expérience fut répétée plusieurs fois sans que le malade voulût jamais parler pendant son sommeil magnétique. Il n’en parut que plus intéressant.

On le soigna mieux et pour apprendre enfin la cause du mal qui le tourmentait. On le conduisit éveillé devant une dame qui se faisait magnétiser quelquefois, qui, dans ces sortes de circonstances, prophétisait et devinait avec le plus grand talent. Elle n’eut pas plus tôt touché le Gascon qu’elle s écria qu’il avait le ver solitaire, la rate dérangée, une foule d’autres maladies, dont elle indiqua le remède.

On cria miracle. Peu s’en fallut qu’on ne se mit à genoux devant le magnétiseur. Mais le lendemain, lorsqu’on voulut commencer les médicaments, le Gascon troubla l’allégresse générale :

« Le vide dont je vous ai parlé, dit-il, est dans ma bourse. J’étais malade de n’avoir pas le sou. Je viens d’obtenir ma petite place. Je suis guéri et bien reconnaissant de la bonne chère que vous m’avez faite, car je n’avais pas de crédit. »

Trait gascon

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gascon

 

Quelqu’un voulait faire tirer l’épée, en pleine rue, à un gascon qui l’insultait. Ce dernier appelle un décrotteur.

— Tiens, mon ami, voilà une petite pièce. Va-t-en à la paroisse dire qu’on sonne pour un mort et qu’on vienne quérir ce corps.
— Mais il me semble que Monsieur se porte bien, répondit le décrotteur.
— Oui mon ami, reprit le gascon, mais ne vois-tu pas qu’il va se battre avec moi ?

« L’Album photographique universel. »  Bordeaux, 1865.

L’écho gascon

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gasconQuelques jeunes gens s’entretenaient d’un écho qui avait fait plaisir dans la musique d’une pièce nouvelle.

A cette occasion on se mit à parler d’échos qui rendaient deux, trois, quatre et cinq syllabes. Chacun citait, exagérait même, lorsqu’un Gascon qui n’avait encore rien dit, s’écrit:

— Qué mé dites vous là, mes amis ? eh donc ! quels chiens d’échos qué tout céla ! vive célui dé mon pays ! on lui dit: Echo, comment te portes-tu ? Et l’écho répond: Je me porte bien. Voilà un  vrai écho qué céla !

« Les mille et une anecdotes. »  Passard, paris, 1854.

Les deux Gascons et le Normand

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montage_Gavroche

Deux Gascons allaient en pèlerinage. Un Normand, qui se rendait au même terme, s’étant joint à eux dans le chemin, ils firent route ensemble et réunirent même leurs provisions.

Mais à une demi-journée du but de leur voyage, les vivres leur manquèrent, et il ne leur resta plus qu’un peu de farine et de beurre, à peu près ce qu’il en fallait pour faire un petit gâteau. Les deux Gascons , de mauvaise foi, complotèrent de le partager entre eux et d’en frustrer leur camarade, qu’à l’air grossier qu’il avait montré ils se flattaient de duper sans peine.

Il faut que nous prenions notre parti, dit tout haut l’un des Gascons ; ce qui ne peut suffire à la faim de trois personnes peut en rassasier une, et je suis d’avis que le gâteau soit pour un seul. Mais afin de pouvoir le manger sans injustice, voici ce que je propose. Couchons-nous tous trois, faisons chacun un somme, et qu’on adjuge le gâteau à celui qui aura eu le plus beau rêve.

Le camarade, comme on s’en doute bien, applaudit à cette idée. Le Normand même l’approuva et feignit de donner pleinement dans le piège. On fit donc le gâteau; on le mit cuire sous la cendre, et on se coucha. Mais nos Gascons étaient si fatigués qu’involontairement bientôt ils s’endormirent. Le Normand, plus malin qu’il n’en avait l’air, n’épiait que ce moment. Il se leva sans bruit, alla manger le gâteau, et revint se coucher. Cependant un des Gascons s’étant réveillé et ayant appelé ses deux compagnons :

Amis, leur dit-il, écoutez mon rêve. Je me suis vu transporté par deux anges en enfer. Longtemps ils m’ont tenu suspendu sur l’abîme du feu éternel. Là, j’ai vu les tourments des damnés

Et moi, reprit l’autre, j’ai songé que la porte du ciel m’était ouverte: les archanges Michel et Gabriel, après m’avoir enlevé par les airs, m’ont conduit devant le trône de Dieu; j’ai été témoin de sa gloire.

Et alors le songeur commença à dire des merveilles du paradis, comme l’autre en avait dit de l’enfer.

Le Normand, pendant ce temps, quoiqu’il les entendît fort bien, feignait toujours de dormir. Ils vinrent l’éveiller. Lui, affectant l’espèce de saisissement d’un homme qu’on tire subitement d’un profond sommeil, cria avec un ton effrayé :

Qui est là ?

Eh ! ce sont vos compagnons de voyage. Quoi ! vous ne nous connaissez plus ? Allons, levez-vous , et contez-nous votre rêve.

Mon rêve ! Oh ! j’en ai fait un singulier, et dont vous allez bien rire. Tenez, quand je vous ai vus transportés, l’un en paradis, l’autre en enfer, moi j’ai songé que je vous avais perdus et que je ne vous reverrais jamais. Alors je me suis levé, et j’ai été manger le gâteau.

« Les fabliaux du Moyen Age. » Collin de Plancy, Jacques-Albin-Simon, Paris, Périsse frères, 1846.