Gaston de Pawlowski

A la prochaine voltigeuse

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Delarue-Nouvellière.

Au début, par son rythme rapide, le Métro ne manqua point de surprendre les Parisiens. Depuis lors, les mœurs se sont bien transformées et le public paraît, au contraire, trouver trop lents les moyens de locomotion mis à sa disposition. Une personne qui, jusque-là, flânait dans la rue devient brusquement folle lorsqu’elle commence à descendre les marches du Métro : elle enfonce les portes, dévale les escaliers, s’écrase de désespoir contre un portillon fermé et s’exaspère parce qu’il lui faut attendre deux minutes la rame suivante.

La Compagnie du Métropolitain, toujours à l’affût du progrès, a décidé, en conséquence, de modifier entièrement son matériel. Les rames successives de wagons seront remplacées par une plate-forme continue, une sorte de trottoir roulant qui circulera sur chaque ligne sans le moindre arrêt aux trottoirs des stations. Ceux-ci seront mobiles, formés d’un tapis sans fin qui permettra de sauter en marche sur la plate-forme roulante. Quant aux escaliers du Métro, ils seront remplacés par de simples toboggans. Les voyageurs, se laissant glisser ainsi dans le Métro, auront acquis une vitesse suffisante, lorsqu’ils tomberont sur le trottoir roulant de la station. Il leur faudra un très petit effort pour sauter, ensuite, sur le Métro plate-forme en marche.  Ainsi, plus d’attentes, plus d’énervements : un service continu et sans interruption.

On compte sur la sportivité de nos contemporains pour éviter tout accident… toutefois, un prévoyant filet, à l’extrémité du trottoir, sera imaginé pour recueillir les maladroits qu’un aspirateur rejettera ensuite à l’extérieur, sur la chaussée.

Pour la sortie, même manoeuvre en sens inverse, avec cette seule différence que les personnes abandonnant la station seront remontées à la surface, à l’extrémité du trottoir, par un tapis roulant.

Ajoutons enfin que le vieux nom démodé de station, que l’on appliquait jusqu’ici aux gares du Métro et qui ne serait plus de saison, sera remplacé par le gentil nom de voltigeuse. on ira prendre le Métro « à la prochaine voltigeuse ». Nous vivons au siècle de la vitesse et le seul mot de station serait insupportable à nos contemporains, qui ne veulent plus attendre.

Gaston de Pawlowski. « Les Annales politiques et littéraires. »  Paris, 1928. 
Illustration : Delarue-Nouvellière. 

Le rapide-ramasseur

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train

On sait que, depuis de longues années, les habitants de la banlieue travaillant à Paris se plaignaient amèrement de la lenteur incroyable des trains et de leurs arrêts multiples. On constatait, en effet, bien souvent, que l’on mettait plus de temps pour atteindre une localité située à vingt kilomètres de Paris que pour se rendre par le rapide dans une grande ville de province. Le problème à résoudre paraissait jusqu’à ce jour insoluble : organiser des trains rapides sur les lignes de banlieue, c’était, de toute nécessité, ne point desservir toutes les stations, et desservir toutes les stations, c’était maintenir de vieux horaires lamentables.

Le Conseil Supérieur des Chemins de Fer vient d’avoir une initiative véritablement admirable, qui donnera désormais satisfaction à tous les banlieusards en créant, dès le mois prochain, des rapides toutes stations. Ces trains rapides, qui n’arrêteront nulle part et arrêteront cependant partout, seront composés, cela va de soi, d’une locomotive et d’autant de wagons que la ligne comporte de stations.

Partant à toute vitesse de Paris, ce rapide décrochera un wagon avant de traverser en trombe chaque station, wagon qui, nécessairement, sera celui de queue. Ce wagon sera commandé par un serre-frein qui en assurera l’arrêt exact devant la station, tandis que le rapide continuera, à toute allure, à desservir par le même moyen les stations suivantes. Au retour, la locomotive accomplira le service inverse; elle reviendra sur Paris à une allure de rapide, ramassant en route tous les wagons arrêtés devant chaque station et où les voyageurs de la localité auront pris place.

La seule question qui restait à résoudre était celle du choc à subir par chaque wagon au moment du ramassage par le rapide. Plusieurs projets ont été présentés à ce sujet. Le premier consistait à munir chaque wagon d’une commande par chaîne très démultipliée, analogue à celle des bicyclettes et actionnée par le serre-frein qui, pris de peur à l’approche du rapide-ramasseur, eût fait des efforts désespérés pour lancer son wagon. Malheureusement, la défaillance d’un homme était toujours à craindre.

On a donc songé à emmagasiner, au moment de l’arrêt, l’air comprimé produit par le serrage des freins pour l’utiliser au départ comme moteur. Solution élégante, mais qui pouvait, dans certains cas, faire défaut. On a donc adopté finalement, en s’inspirant des dernières découvertes de la science, le moteur-fusée, placé à l’arrière du wagon. Lorsque le rapide est en vue, le chef de gare allume la fusée qui est à l’arrière du wagon et, tout aussitôt, celui-ci se met en marche à une allure de plus en plus rapide; il suffit de calculer l’action de la fusée et le geste du chef de gare pour que le wagon ramassé soit exactement à l’allure du rapide-ramasseur lorsqu’il est rejoint.

En dehors de sa haute portée scientifique et de son utilitarisme évident, ce nouvel aménagement vraiment remarquable des trains de banlieue fournira un agréable sujet de distraction à tous les voyageurs. Les habitants du pays ne manqueront point de venir chaque jour sur le quai de la gare assister au ramassage du wagon local; ils exciteront de la voix et du geste le chef de gare à remplir son rôle d’allumeur avec exactitude et précision, et si les mal lotis pouvaient, jusqu’à ce jour, se plaindre qu’on ne songeât point suffisamment à eux, ils auraient mauvaise grâce à prétendre désormais qu’on les abandonne.

Gaston de Pawlowski, 1928.

L’escroquerie au téléphone

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marchande-frites

Des inspecteurs de l’alimentation viennent de faire une curieuse découverte. Depuis longtemps, ils surveillaient certains marchands de frites populaires qu’ils soupçonnaient de vendre tout simplement à leur clientèle de vieux morceaux de carton d’emballage savamment découpés et trempés dans la graisse.

Mais comment expliquer ce délicieux bruit de friture qui attirait les passants et les incitait à acheter cette affreuse marchandise? Rien de plus simple. La plupart de ces commerçants, peu scrupuleux, s’étaient contentés de s’abonner tout simplement au téléphone et dissimulaient l’appareil sous leurs bassines, d’où ce bruit de friture si désagréable pour les abonnés, mais si tentant pour les passants que tenaille un appétit féroce.

C’était un nouveau mode d’escroquerie au téléphone que nos policiers n’avaient point prévu.

« Inventions nouvelles et dernières nouveautés. » Gaston de Pawlowski, E. Fasquelle, Paris, 1916.

Les roues à date

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bus-paris

Signalons par contre avec plaisir la création des roues à date des nouveaux autobus et taxis parisiens qui deviendront réglementaires dans quelques semaines.

Les bandages de ces roues sont composés de blocs en caoutchouc juxtaposés, analogues à ceux que l’on employait jadis pour les roues d’autobus. Ces blocs auront la forme des « timbres à dater en caoutchouc » que l’on utilise dans nos grandes administrations. Au centre, la date, composée de caractères mobiles en caoutchouc, sera changée tous les jours. Seul, le numéro de l’automobile restera toujours le même. Un rouleau encreur accessoire sera en contact avec la roue.

Avec ce nouveau système, plus de retards, plus d’interminables contraventions dans tous les carrefours, plus de contestations parfois ennuyeuses avec la foule. Aussitôt qu’un passant sera renversé il portera sur le corps la date de l’accident et le numéro de l’automobile. On pourra, sans interrompre la circulation, le transporter immédiatement à l’hôpital, lui prodiguer les soins nécessaires et, tout en même temps, recueillir sur lui les renseignements indispensables pour l’instruction.

C’est là une simplification véritablement considérable dont notre administration peut se montrer fière à juste titre. Ajoutons enfin, lorsque cette mesure leur sera appliquée, que, pour les automobiles appartenant à des particuliers, il sera bon d’ajouter sur le timbre à date quelque formule de politesse analogue à celles que l’on met sur les cartes de visite : « avec toutes mes excuses »; « regrets » ou « sincères condoléances ».

C’est une petite satisfaction pour la victime et c’est une marque de tact et de bonne éducation de la part du propriétaire de la voiture.

« Inventions nouvelles et dernières nouveautés. » Gaston de Pawlowski, E. Fasquelle, Paris, 1916.

Le phonovague

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huitres

Le phonovague pour huîtres sera adopté cet hiver par tous les grands restaurants. Il sera utilisé pour la première fois à l’occasion de la fête de Noël.

C’est un petit appareil très simple, très ingénieux, analogue au phonographe, et qui imite à la perfection le bruit de la mer. En l’entendant, les huîtres s’ouvrent d’elles-mêmes, croyant se trouver dans l’eau.

Il suffit de les caler rapidement avec un petit morceau de bois pour qu’il leur soit impossible de se refermer et on peut les servir sans autre préparation. Cela permet au personnel du restaurant de ne point perdre son temps à ouvrir les huîtres et de satisfaire sans effort la clientèle.

« Inventions nouvelles et dernières nouveautés. » Gaston de Pawlowski, E. Fasquelle, Paris, 1916.

Montage-illustration : Gavroche.

Sourire éternel

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sourire

On parle beaucoup, dans les milieux scientifiques, d’une nouvelle méthode qui permettrait à n’importe qui de conserver éternellement ses propres dents blanches et saines, fût-ce à l’âge le plus avancé.

Cette méthode est infiniment simple et l’on s’étonne que personne ne l’ait préconisée plus tôt. Au lieu d’attendre que les dents deviennent mauvaises avec l’âge, il suffit de les faire arracher toutes au moment de la première jeunesse, lorsqu’elles viennent de pousser, et de les faire monter ensuite en râtelier.

On est assuré de conserver ainsi toujours ses propres dents parfaitement saines. C’est un sérieux avantage qu’apprécieront tous les infortunés qui sont obligés d’accepter de fausses dents, prises dans la bouche des autres.

« Inventions nouvelles et dernières nouveautés. » Gaston de Pawlowski, E. Fasquelle, Paris, 1916.

Madame 100 000 volts

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bijoux électriques animés
bijoux électriques animés

Le congrès américain de la mode a décidé de remplacer les bijoux habituels, qui manquent d’éclat, par des bijoux électriques, qui feront plus d’effet dans la coiffure. Hâtons-nous d’ajouter que l’innovation sera plus complète encore et qu’elle s’étendra aux charmes naturels de la physionomie.

C’est ainsi que les Américains construisent déjà de nouveaux sourcils à arc en velours, qui se posent sur les sourcils existants et contiennent à l’intérieur des petits tubes électriques allongés, analogues à ceux que l’on emploie pour les lampes de piano et qui sont éclairés au moyen de vapeurs de mercure. Cet éclairage, qui ne se voit point de l’extérieur, projette sa lumière sur les yeux et donne au regard un éclat vraiment saisissant.

A signaler également de petites ampoules électriques nasales qui se dissimulent dans le nez et donnent aux ailes une transparence rose très séduisante. De nouveaux dentiers électriques assureront enfin à leurs possesseurs un sourire éblouissant On ne manquera pas, je le sais, de protester tout d’abord contre ces inventions yankees, mais, comme toujours, lorsqu’il s’agit de modes nouvelles, on finira bien par les adopter.

Inventions nouvelles et dernières nouveautés.  Gaston de Pawlowski, E. Fasquelle, Paris, 1916.