Gaston Donnet

Roman d’amour

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amoureux

Les Japonais ont beau s’européaniser, il y a des points de notre civilisation qui leur échappent toujours. Par exemple, ils ne comprennent pas encore l’importance que nous donnons à l’amour dans tous nos romans. L’un d’eux disait à M. Gaston Donnet, qui le rapporte dans son Histoire de la Guerre, russo-japonaise :

Pourquoi cet amour, toujours cet amour ? Vos héroïnes sont toujours des femmes qui « ont droit à l’amour », qui « veulent prendre leur part d’amour » et qui, ne trouvant pas cette part d’amour dans le mariage, vont la chercher dans la fantaisie ; des jeunes filles en quête d’un époux qu’elles tromperont bientôt, parce qu’elles n’auront pas pu « prendre avec lui leur part de bonheur ». Tout cela est profondément assommant. Je me demande où, mais où vos romanciers et vos auteurs dramatiques s’en vont chercher leurs modèles dans la vie ?…

Ce ne sont pas des drames d’amour que raconte la vie, ce sont des drames d’argent. Pourquoi ne nous parle-t-on jamais de la soif ou de la faim, et, pourquoi nous parle-t-on sans cesse de l’amour, qui est une fonction de la vie, au même titre, aussi banale et animale, que la soif et la faim ? On ne dit pas qu’un homme est malheureux quand il mange. Pourquoi dit-on qu’un homme est malheureux quand il aime ? 

Et ce Japonais concluait que toute notre littérature était parfaitement inutile !…

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905.