gâteau des rois

Le gâteau des Rois et de la Reine

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jacob-jordaens

Le roi, voulant donner à son deuil quelque trêve 
Et divertir toute la cour,  
Dans Versailles, ce riche et superbe séjour, 
Avec grand apparat fit un roi de la fève. 

Le roi boit, le roi boit !… Et les rires de redoubler et les battements de mains de devenir plus forts. 

Quelle jolie fête que celle-ci qui rassemble autour d’une table bien servie les parents et les amis ! quelle bonne et patriarcale coutume que celle du gâteau des Rois ! 

Dans quelques-unes de nos provinces, raconte Ourry, une des parts de ce gâteau est tirée pour le membre de la famille qui est absent. On la renferme avec soin, et suivant qu’elle se conserve plus ou moins bien, on y trouve un augure favorable ou contraire à la santé du parent éloigné. Combien je préfère, à cet usage superstitieux, la touchante habitude où sont tant d’autres familles provinciales de réserver dans le gâteau des Rois la part du bon Dieu, qui devient toujours celle de l’indigence ! 

On sait que la personne la plus jeune de la société est toujours chargée de prendre au hasard et de distribuer les parts de ce gâteau : ce fut pour Barjac, valet de chambre du vieux cardinal de Fleury, l’occasion d’une spirituelle flatterie : il trouva moyen de réunir, le jour des Rois, à la table de son maître, douze convives d’un âge si avancé que le cardinal se trouvant être le plus jeune, dut remplir les fonctions ordinairement attribuées à l’enfance. 

La royauté est accordée à celui qui possède la fève dans le morceau de gâteau qui lui est échu. Chez les Romains on tirait au sort avec des dés le roi du festin. De là nous vient certainement le roi de la fève. 

Dans le langage catholique, la fête des Rois est appelée Epiphanie. Elle célèbre le voyage des rois et des mages venant adorer l’enfant Dieu dans une étable de Bethléem. Le jour de l’Epiphanie, le diacre annonce à la messe, après l’Evangile, le jour où doit tomber la fête de Pâques. La raison de cet usage, nous dit l’abbé Baudeville, est que Pâques étant la règle du calendrier, le pivot de toutes les fêtes mobiles, le temps le plus convenable pour l’annoncer c’est la fête la plus rapprochée qui précède toutes celles que Pâques dirige. 

Le jour des Rois est généralement consacré en province à des repas de Gargantua. Tirer les Rois est une nécessité qui se fait généralement sentir, et on se renvoie la balle à n’en plus finir. On tire les Rois aujourd’hui chez monsieur le maire, demain ce sera chez l’adjoint, après demain chez monsieur le curé. Il faut que chacun paye sa tournée, comme on dit vulgairement dans notre argot parisien, et arrivé au commencement du Carême, on doit jeûner même par ordonnance, car le gâteau des Rois a été fortement arrosé, et l’estomac des festoyeurs est échauffé. 

On a bu tant de fois à la santé du roi ! sans oublier celle de la reine, car le roi sépare d’ordinaire la fève avec une dame ou demoiselle de la compagnie. La personne choisie est appelée reine. 

Souvent la fève des Rois a fait bien des mariages, et où est le mal après tout ? Mieux vaut ce jour-là en famille, au nez et a la barbe des grands parents qui encouragent parfois en dodelinant de la tête, et en choquant du verre, la première déclaration d’amour présentée par le roi, sous forme de fève, à une jeune fille timide qui lui répond en devenant rouge comme une cerise d’Enghien ou de Montmorency. 

Le roi boit !… le roi boit !… 

Pol de Guy. « Revue historique. » Paris, 1866.
Peinture de Jacob Jordaens.

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Le gâteau des Rois

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Tableau de Jean-Baptiste Greuze représentant le grand-père faisant tirer les parts au plus petit de la famille. Une petite  mendiante, qu'on a laissée entrer, guette la pari des pauvres.
Tableau de Jean-Baptiste Greuze représentant le grand-père faisant tirer les parts au plus petit de la famille. Une petite mendiante, qu’on a laissée entrer, guette la part des pauvres.

On n’est pas d’accord sur l’époque à laquelle il faut faire remonter l’usage de manger un gâteau contenant une fève, le jour des Rois. Toujours est-il que cette coutume très ancienne est encore en honneur dans la plupart des familles, qui saisissent cette occasion pour se réunir chaque année.

Un des rares journaux publiés au XVIIème siècle, le Mercure galant, nous apprend que Louis XIV conserva toujours l’usage du gâteau des Rois, et il cite notamment la fève tirée à Versailles en janvier 1684, qui servit de prétexte à un grand festin et à force divertissements.

Un gâteau des Rois qui a aussi son histoire est celui qui fut tiré par Louis XV en compagnie de ses trois petit-fils. Le hasard fit qu’en coupant le gâteau, il coupa aussi la fève en trois morceaux. Ce prince superstitieux vit dans ce fait, insignifiant en apparence, l’annonce prophétique du règne et des malheurs des trois frères, qui devinrent, en effet, Louis XVI, Louis XVIII et Charles X.

A cette époque, les superstitions ne se rencontraient pas seulement à la cour. Dans les campagnes, le jour des Rois, le père de famille appelait à sa table tous ses enfants, même ceux qui étaient au berceau, de peur que ces derniers ne fussent tourmentés par le démon et jetés à terre. La mère qui avait un enfant sous les drapeaux enfermait dans son armoire une part du gâteau, appelée la part à Dieu, et, si elle se conservait, cela voulait dire que son fils se portait bien.

« Le Petit Français illustré »  Paris, 1890.