gendarme

Les trois léonards

Publié le Mis à jour le

matelots-ivres

Il y avait une fois trois léonards qui ne savaient pas un mot de français.

Ils entreprirent un voyage, et l’aîné dit aux autres :

 Sur notre route nous aurons occasion de l’apprendre. 

Cela dit, ils partirent et passèrent par une ville, où ils virent des enfants qui revenaient de l’école. En passant par un groupe d’élèves, ils entendirent l’un d’eux qui disait : 

Trois léonards.

Alors ils se dirent « Maintenant nous savons du français »,  et ces deux mots-là furent pour l’aîné des trois. Quelques instants après, ils virent deux enfants qui entraient dans une épicerie, et l’un d’eux dit :

Pour deux sous de figues.
— Ah! voilà mes mots à moi ! dit le cadet.

Après qu’on eut pesé les figues, comme la balance restait très bien en équilibre, l’autre enfant dit : 

Comme c’est juste !
— Voilà mes mots, dit alors le plus petit des Léonards.

A quatre lieues plus loin, ils rencontrèrent au bord de la route un homme qu’on venait d’assassiner. les gendarmes survenant au même instant leur demandèrent :

Qu’est-ce qui a tué cet homme-là ?
— Trois léonards, dit le plus grand.
— Pourquoi ? demande de nouveau le gendarme.
— Pour deux sous de figues, dit le cadet.
— C’est bien, vous irez en prison.
— Comme c’est juste! dit le plus petit.

Et les gendarmes emmenèrent les trois hommes en prison, les mains liées derrière le dos.

« Société des traditions populaires. »  Paris, 1908.
Illustration : Jean Emile Laboureur.

Publicités

La pelle

Publié le Mis à jour le

gendarmerie-cheval

Champdeniers, qui a une curieuse église du XIe siècle et des foires où l’Espagne vient choisir ses mules, a également une brigade de gendarmerie. C’était même jusqu’à ces derniers temps une brigade à cheval.

Mais un ministre sans idéal en a fait une brigade à pied. Et c’est pourquoi alors qu’ils croyaient honnêtement avoir effacé tous les signes extérieurs qui distinguent un gendarme à cheval d’un gendarme à pied, les gendarmes de Champdeniers se trouvèrent démontés à la vue d’une vieille pelle d’écurie, reste suprême de leur ancien état de cavaliers. Ils s’en ouvrirent au colonel de la 9e légion, qui prescrivit de déposer l’outil à Niort, d’où il devrait être expédié en Indre-et-Loire, à la brigade de Châteaurenault, qui, elle, est encore à cheval. C’était bien. Mais aucun crédit n’avait été prévu au budget de l’armée pour cette opération. Pourtant il fallait obtempérer.

La nécessité est mère de l’invention. Le capitaine de gendarmerie de Niort prit la pelle, la mit, entre deux gendarmes, dans l’auto de la compagnie, et la transporta à Lusignan, où elle passa entre les mains du capitaine de Poitiers, lequel, en automobile aussi, se dépêcha de l’aller confier au lieutenant de Châtellerault. Celui-ci, à motocyclette, l’emporta sans plus attendre à Ste-Maure. Le capitaine de Tours, au volant, y attendait la vieille pelle, il la reçut dans les formes qui convenaient, puis fila, pressé d’en faire la remise officielle à la brigade à cheval de Châteaurenault, qui gravement se déclara heureuse d’une telle aubaine.

Ce n’était pas plus difficile que cela, mais il fallait le trouver.

« La Grand’goule : les lettres, les arts, la tradition, les sites. »  Poitiers, 1931.< = »color: #808080; »>Illustration : La gendarmerie à cheval d’Hallencourt (Somme) vers 1930.