génie

Génie

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chopinJe sais une anecdote qui en dit plus sur le génie de Chopin que tout ce qui a été écrit d’analyses par les érudits en musique. Elle a été rapportée par une charmante femme qui a été son élève et qui l’a fréquenté pendant des années. 

Un jour, disait-elle, j’allai chez Chopin pour y prendre ma leçon de piano. Comme il paraissait moins triste, moins chagrin et moins agité que de coutume, je lui parlai d’une soirée musicale à laquelle j’avais assisté la veille. Qu’y a-t-on fait ?, me dit-il.  On y a joué ceci et cela, et de plus votre magnifique nocturne avec la marche funèbre. Le malheureux ! s’écrie Chopin : quel est le malheureux qui a osé jouer ma, musique sans l’avoir travaillée avec moi ! 

L’anecdote finit là. 

Quoique bien courte, elle renferme un grand enseignement pour les jeunes musiciens qui se livrent à l’étude du piano et pour les virtuoses qui exécutent en public les compositions de Chopin. L’exclamation de l’illustre pianiste nous dit assez où il avait conscience de son génie d’exception. Elle est une révélation de cette âme angélique et
mystérieuse qui présidait aux compositions du maître, leur donnait le souffle et la vie, mais qui semblait se dérober dès que l’œuvre n’était plus sous les doigts de celui qui l’avait écrite.

« La Semaine musicale. » Paris, 1866.

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Monticelli

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monticelli

L’histoire recommencera donc éternellement ?… De pauvres hères plein de talent mourront donc toujours de désespoir et de faim pour que sur leur misérable tombe à peine fermée, une gloire bizarre et troublante comme une fleur d’orchidée s’épanouisse tout à coup ? C’est le cas vraiment déconcertant de ce pauvre Monticelli. 

Nous avions signalé, dans une première notice, la vogue dont ce peintre jouissait en Amérique et en Angleterre, mais les Français, ses compatriotes, n’avaient pas encore consacré son talent à coup de billets de banque. Ce fait très inattendu vient de ce produire depuis à la vente de Philippe Burty. Bien des collectionneurs, et en réalité il y avait de quoi, ont rit jaune ce jour là, un tableau de Monticelli atteignait le chiffre de 8,500 francs tandis que d’admirables esquisses de Delacroix se vendaient des prix  dérisoires. L’antithèse était vraiment outrée. Mais la destinée a parfois de ces ironiques fantaisies !… 

Pauvre Monticelli ! pécairé, comme on dit là-bas dans son pays ensoleillé, le coup de marteau du commissaire-priseur a dû faire tressaillir ses os. 8,500 francs, lui qui donnait ses panneaux pour un morceau de pain… pour acheter des tubes, pour assouvir  l’impérieux besoin qu’il avait de peindre. 

Nul, peut être, ne fut jamais possédé plus que lui par le démon de son art. Il peignait la nuit, le jour, à toute heure, en tous lieux, de toutes les façons. C’était comme une rage, une fureur sacrée. Puis, sa provision de couleurs épuisée, on voyait ce géant à l’aspect monacal errer honteux, deux ou trois panneaux sous le bras, de boutique en boutique, recevant, en plein coeur, les refus insolents et ironiques des marchands ou les propositions humiliantes des maquignons qui lui offraient cent sous. 

Un jour pourtant, vers l’an 1870, la chance faillit lui sourire. Il commençait à se faire un certain bruit autour de son oeuvre singulière. Des maîtres, Diaz en tête, s’inquiétaient de ce visionnaire dont les audaces de coloriste défiaient toutes les conventions. Des gens pâles et chevelus, qui ne pouvaient être que des poètes ou des artistes, recherchaient ses panneaux éblouissants. Les Monticelli prenaient une valeur marchande !… Oh ! n’allez  pas croire qu’ils eussent la prétention de faire concurrence à Bouguereau ou à Cabanel, mais les marchands en offraient jusqu’à deux louis au peintre ravi qui pouvait désormais réaliser son rêve somptueux, acheter des tubes de lapis. 

Un jour même le Pactole inonda ses poches. Monticelli nous a raconté lui-même cette  anecdote invraisemblable. 

Il avait porté chez un marchand de la rue Lafayette une de ces fêtes vénitiennes que son étonnante imagination pouvait seule évoquer. L’artiste en demandait soixante francs, le marchand lui en offrait trente et encore ne tenait-il pas à le prendre, le placement en était difficile il fallait être un peu toqué pour acheter de pareilles raclures de palette. 

Monticelli justement froissé allait reprendre le tableau qu’il avait placé au bon jour, devant la porte, quand un passant, qui venait d’entrer, demanda avec un fort accent anglais qui était l’auteur de cette toile.   

— De moi, monsieur, répondit Monticelli.
— C’est vraiment très bien murmurait l’inconnu en l’examinant, voulez-vous me la vendre ?…
— Avec plaisir
— Combien ?…
Ce que vous voudrez, milord, ajouta le peintre qui, peu habitué aux éloges, la lui aurait volontiers donnée pour rien.

L’étranger embarrassé, ne savait quel offre lui faire…

Cinquante livres sterling vous suffiraient-elles ? Monticelli, ébloui par la perspective de tant d’or eut à peine la force de faire signe que oui. Le marchand, hébété, était plongé dans une stupéfaction comique. L’anglais, ouvrant son portefeuille, comptait les douze cent cinquante francs qui s’engloutirent dans les poches du peintre.

— Avez-vous d’autres tableaux de vous à me vendre ? ajouta l’acheteur, je vous en achèterai volontiers encore un à ce prix là. 

Le marchand, qui avait subitement repris son sang froid, se hâta de répondre :

Parfaitement, monsieur, veuillez me faire l’honneur de repasser dans quelques jours. C’est entendu, je repasserai.Comme on le pense bien, il y eut, à la sortie de l’amateur, un échange de paroles aigres douces. Le commerçant prétendait que, la vente ayant eu lieu dans sa boutique, il lui revenait une part de la somme touchée. Monticelli faisait observer que, devant le refus formel qui lui avait été fait, il se trouvait dégagé de toute obligation vis-à-vis de lui. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était de lui donner les trente francs qu’il avait osé lui proposer ! Comme il était bon prince, il irait même jusqu’au prix qu’il lui avait sollicité lui-même, soixante francs. 

Le marchand eut le cynisme de les accepter. Mais lui aussi était bon prince. Il fut entendu que Monticelli apporterait un nouveau panneau dans deux jours, qu’il le lui paierait cinq cents francs, le reste le regardait. 

A l’heure dite, le peintre se trouvait au rendez-vous. Le marchand avait repris son air rogue et insolent. Comment osait-on lui apporter une pareille saleté, jamais l’anglais, si fou qu’il put être, ne voudrait d’une semblable ébauche. Monticelli avait deviné la vérité : le marchand retors s’était procuré deux ou trois panneaux de lui, il se souciait peu de remplir sa promesse. Deux jours après, la déclaration de guerre éclatait, puis ce furent les angoisses du Siège et de. la Commune. Les douze cents francs avaient été vite dépensés à éteindre les dettes criardes, la misère était revenue, plus terrible que jamais. Il en avait passé de rudes dans son taudis des Batignolles. Sans son ami Visconti, il serait mort de faim. 

La vie de Monticelli est un martyrologe, elle s’est achevée dans les bras de cette amante insatiable, sinistre et mystérieuse des hommes de génie, la Folie.

Raoul Gineste. « La Revue des musées. » Paris, 1891.

Qui inventa le téléphone ?

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L’Allemagne vient de célébrer (article rédigé en 1934) le centenaire de la naissance d’un modeste savant, Johann Philipp Reis, simple petit instituteur hessois, né en janvier 1834, mort en 1874, et qui aurait été le premier réalisateur du téléphone. 

Ce fut une révélation. Personne, jusqu’à présent, n’avait entendu parler de Reis et de son invention. Graham Bell, qui passe pour le véritable inventeur et Edison, qui perfectionna l’invention, ignoraient jusqu’à son nom. Il est cependant certain, d’après tout ce qui vient d’être publié en Allemagne sur Johann Philipp Reis, que celui-ci inventa et expérimenta, en 1860, un appareil qui transmettait les sons à distance, et auquel dans un mémoire adressé à la Société de Physique de Francfort, il donna le nom de Téléphone.

Les Allemands, après avoir laissé si longtemps dans l’oubli le nom du modeste savant hessois, viennent de l’en tirer avec fracas. Sans doute, mieux vaut tard que jamais. Leurs journaux exaltent le souvenir de Reiss, qu’ils appellent « le véritable inventeur du téléphone ». C’est fort bien. Mais des journaux français font chorus et attribuent au seul Philippe Reis tout l’honneur de l’invention. Et c’est sur quoi il nous parait bon de protester.

Six ans avant que Philippe Reis fit connaitre son invention, le principe du téléphone  avait été établi par un Français qui s’appelait Charles Bourseul. Que les Allemands ignorent ce détail, c’est fort naturel : nous ignorions bien nous-mêmes, jusqu’à présent, le nom de Johann Philipp Reis. Mais que des journaux français partagent cette ignorance, voilà qui semble moins explicable. C’est ainsi que s’affirme et que se perpétue la vieille légende de l’indifférence des Français à l’égard des inventeurs de leur pays.

Rappelons donc, pour ceux qui l’ignorent, l’histoire de Charles Bourseul, précurseur de Reis et de Graham Bell dans l’invention du téléphone moderne. Au début du Second Empire, le nommé Charles Bourseul, originaire de Douai, était employé comme commis des télégraphes au bureau de la Bourse à Paris. Esprit ingénieux et réfléchi, fonctionnaire modèle, très savant dans sa profession, Bourseul avait imaginé un appareil dont le principe était la transmission de la voix par la conductibilité électrique.

Quand son idée fut au point, il alla, en fonctionnaire discipliné, la soumettre à ses chefs. Ceux-ci lui rirent au nez, et l’un d’eux, qui remplissait les hautes fonctions de directeur du service télégraphique, lui déclara textuellement que c’était « de la blague », et l’invita à se tenir tranquille. Le téléphone, « de la blague » !… Voilà comment, trop souvent, l’administration ou la science officielle jugent les inventions les plus fécondes, les plus utiles au progrès humain.

Rebuté, l’inventeur se tint coi, mais ce ne fut pas sans avoir publié dans L’Illustration du 26 août 1854 une étude complète de son invention. Bien lui en prit, car, en 1882, au Congrès international d’électricité qui se tint à Philadelphie, Graham Bell qui, vingt ans après Bourseul, avait réinventé le téléphone, et Edison qui l’avait perfectionné, rendirent un hommage éclatant à l’inventeur français, et saluèrent en lui le génie méconnu à qui l’on devait le principe même de l’invention  nouvelle. De Reis, il ne fut pas question un seul instant. L’inventeur allemand était alors totalement ignoré.

Or, en 1882, Bourseul, retraité de l’administration des P.T.T., vivait de sa maigre pension à Saint-Ceré, dans le Lot. Devant la reconnaissance officielle des deux savants américains, le gouvernement, soucieux de réparer le tort que l’inventeur avait subi naguère, augmenta sa petite rente de deux mille francs et lui octroya par surcroît un bout de ruban rouge. Ce fut tout !… Le génie ne se paie pas cher en ce pays. Une fatalité singulière semblait, d’ailleurs, poursuivre les inventeurs du téléphone. Graham Bell, lui aussi, eut toutes les peines du monde à faire connaître son invention.

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Il avait commencé ses expériences en 1874. Le 14 février 1876, il déposait sa demande de brevet pour l’invention du téléphone. Or, le même jour, un autre inventeur américain, nommé Elisha Grey, déposait une demande ayant le même objet. Mais ce dernier, ayant commis une omission de forme, le brevet fut délivré à Graham Bell seul. Ce brevet, d’ailleurs, passa inaperçu. En vain, Bell conviait-il le public aux expériences qu’il faisait dans son atelier de Boston, le public demeurait indifférent et ne répondait pas à ses appels.

En 1878, à l’exposition du centenaire de Philadelphie, l’inventeur avait exposé son appareil, et personne ne daignait y prêter attention. Le public défilait sans s’arrêter devant le stand du pauvre savant. Les membres du jury eux-mêmes étaient passés sans s’arrêter. Pendant des semaines, on vit le malheureux inventeur assis, triste et solitaire, devant la petite table qui supportait son merveilleux appareil, dédaigné de tous.

Or, un jour, l’empereur du Brésil, Dom Pedro, vint visiter l’exposition : il s’approcha de Graham Bell, qu’il avait connu professeur de physique dans un collège de Rio-de-Janeiro, et lui demanda quelques explications sur sa découverte. Un fil allait d’un mur à l’autre, traversait tout le hall. L’empereur prit le récepteur, tandis qu’à l’autre bout, Graham Bell se penchait sur le transmetteur. Et soudain, Dom Pedro releva la tête, frappé de stupeur :

— Mais il parle !… il parle !… s’écria-t-il.

Les visiteurs accoururent. On félicita Graham Bell. Le lendemain, les journaux étaient pleins de détails sur la nouvelle invention.

Et c’est ainsi que fut lancé le téléphone en Amérique.

Aujourd’hui, la plus grande compagnie téléphonique américaine, qui comporte plus de dix millions de postes, porte le nom de Graham Bell, et ce nom est illustre dans l’univers entier. Par contre, dans les pays d’Europe, jusqu’à présent, tout le monde ignorait Johann Philipp Reis, le petit instituteur hessois qui, dès l’année 1860, avait réalisé le téléphone. Et chez nous, je gagerais qu’il n’y a pas un Français sur cent mille qui connaisse seulement le nom de Charles Bourseul.

Les grandes inventions modernes sont, en général, des œuvres collectives. Elles doivent presque toutes quelque chose aux savants, aux ingénieurs des pays les plus divers. Il en résulte que, dans chacun de ces pays, on ne connaît (et encore quand on le connaît) que le nom de l’inventeur national, et l’on ignore celui des inventeurs étrangers qui ont collaboré à la même œuvre.

Il serait temps de remédier à cela. On charge aujourd’hui l’assemblée de Genève des besognes les plus diverses. Or, voilà un problème qui semble de son ressort. Pourquoi ne réunirait-elle pas un aéropage de savants choisis dans tous les corps scientifiques d’Europe et d’Amérique, et ne le chargerait-elle pas d’établir l’histoire précise des grandes inventions en fixant exactement la part qui revient à chacun des inventeurs qui y ont contribué ?

Un tel travail montrerait que ce sont les Français qui ont la part la plus considérable dans la mise au point définitive de tous les grands progrès d’à-présent.

Ernest Laut. « Le Monde illustré. » Paris, 1934.

Quelqu’un de bien

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On a souvent parlé de la naïveté de Corot. Cette naïveté était réelle, et comme celle du bon La Fontaine, elle s’accompagnait de beaucoup d’humour et de génie. 

Corot avait un jour donné des conseils à un jeune peintre qui lui soumettait une de ses œuvres. Celui-ci, remerciant le maître, lui dit qu’il corrigerait son tableau le lendemain : 

Demain, mon jeune ami ? lui répond Corot avec une nuance de regret dans la voix. Vous voulez corriger cela demain ? Et si vous mouriez dans la nuit ? 

S’il se montrait affable et bienveillant pour tous, Corot avait cependant très peu d’amis intimes. Le bon paysagiste Daubigny était un de ceux-là, et surtout le grand et génial Daumier à qui il voua toujours le plus fraternel et le plus profond attachement. 

Corot était l’un des seuls à comprendre le génie âpre, puissant et tragique du peintre et du prodigieux lithographiste qui s’affirma dans l’Ecole française comme un héritier de Michel-Ange et de Rembrandt. Méconnu et pauvre, Daumier vécut très modestement les dernières années de son existence (laquelle s’était presque entièrement écoulée à Paris) dans une petite propriété qu’il avait louée à Valmondois. Devenu quasiment aveugle, le peintre- graveur à qui l’on devait les évocations âpres et vengeresses des  Emigrants et de la Rue Transnonain, se vit aux prises avec une détresse morale et matérielle affreuse. C’est ici que se situe l’anecdote charmante qui peint si bien Corot dans sa bonhomie et sa gentillesse inimitables.

Prévenu que Daumier était sur le point d’être expulsé par son propriétaire à qui il devait plusieurs termes, Corot imagina d’acheter sans bruit la petite maison de Valmondois, et adressa le billet suivant à son ami : 

« Mon vieux camarade, 
J’avais à Valmondois, près de l’Isle-Adam, une maisonnette dont je ne sais que faire. Il m’est venu à l’idée de te l’offrir, et comme j’ai trouvé l’idée bonne, je suis allé la faire enregistrer chez le notaire. Ce n’est pas pour toi que je fais ça, c’est pour embêter ton propriétaire. 
A toi, 
Corot. » 

Lorsqu’il apporta à Daumier le lendemain, les actes notariés, celui-ci ne put que répondre :

Tu es le seul, Corot, de qui je puisse accepter un pareil cadeau sans me sentir humilié.

« Revue dominicaine. » Montréal, 1884. 

Einstein et le petit violoniste 

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yehudi-menuhin

Le monde musical allemand est dans l’enthousiasme. Un jeune garçon de douze ans, Jehudi Menuhin, s’est révélé prodigieux violoniste.  

Ce wunderkind a exécuté dernièrement à Berlin trois concertos des trois grands B (Bach, Beethoven et Brahms) avec une telle maîtrise que le public lui a fait une immense ovation. L’orchestre était dirigé par Bruno Walter, un des plus célèbres Kapellmeister d’Allemagne.

Albert Einstein, qui était dans la salle, tint à féliciter le petit virtuose : 

« Mon cher petit, lui dit-il, les larmes aux yeux, voilà bien, des années que je n’ai pas éprouvé une émotion semblable à celle que vous m’avez donnée aujourd’hui. » 

A l’Opéra de Dresde, Jehudi Menuhin a remporté un succès aussi vif qu’à Berlin. Nous aurons bientôt, paraît-il le plaisir de l’entendre à Paris. Cet enfant est nè à San-Francisco. Ses parents, qui l’accompagnent en Europe, sont des israélites de modeste origine qui ont émigré de Palestine aux Etats Unis. Comme on leur demandait de qui leur fils pouvait bien avoir hérité ce génie musical, ils répondirent que son grand-père était un rabbi de la secte des Hassidistes, et que sa ferveur religieuse était peut-être à l’origine de cette précocité, musicale du petit-fils.

« L’Européen. » Paris, 1929.

Comment composait Mozart

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mozartDès l’âge de six ans, Mozart montre des dons exceptionnels pour le piano-forte (ancêtre du piano) et pour le violon. Il étonnait par sa capacité à improviser et à déchiffrer les partitions.

Il laisse une œuvre phénoménale, qui embrasse tous les genres musicaux de son époque. Mozart avait appris le clavecin dès l’age de cinq ans, puis ensuite le violon, et, aux dires de ses contemporains, il était un virtuose sur ces instruments. Mozart a amené à un point de perfection le concerto, la symphonie, et la sonate, qui devinrent après lui les formes majeures de la musique classique. Il devint l’un des plus grands maîtres de l’opéra, et son talent ne s’est jamais démenti. Son nom est devenu synonyme de génie, de virtuosité et de maîtrise totale.

Mais comment composait-il ? C’est lui-même qui répond à la question :

« Que je voyage en voiture ou que je marche, ou bien la nuit si je ne peux dormir, c’est alors que mes idées viennent le mieux et en plus grande abondance. D’où et comment elles viennent, je l’ignore et je ne peux les forcer à venir. Je conserve dans ma mémoire celles qui me plaisent et j’ai l’habitude de me les fredonner… Tout ceci met le feu à mon âme et, pourvu que je ne sois pas dérangé, mon sujet s’élargit de lui-même, devient bien défini et disposé avec méthode, comme en un rêve charmant et vivant.

Quand je veux ensuite coucher par écrit mes idées, je retire du sac de ma mémoire tout ce qui s’y est déposé, et l’écriture diffère rarement de la pensée qui l’a précédée… Maintenant, pourquoi mes productions ont-elles cette forme et ce style particuliers qui les fait appeler mozartish* ? Cela tient probablement à la même cause qui fait que mon nez est le nez de Mozart et différent du nez des autres, car réellement je ne m’efforce pas de viser à l’originalité. »

Il était donc bien original sans le vouloir, et il n’y a pas de compositeur dont on reconnaisse mieux la manière dès qu’on a entendu quelques phrases d’une de ses oeuvres.

*Mozartish : ressemblant ou suggérant la musique ou le style musical de Mozart.

La chapelle de Voltaire

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voltaire-ferney-chapelle.

Oui ! Voltaire lui-même construisit une chapelle à Ferney et y entretint un curé de ses deniers, dont pourtant il était fort ménager. Un mémoire autographe de l’auteur du Dictionnaire philosophique est conservé à la Bibliothèque de Saint-Pétersbourg, il se rattache à la construction de l’église. Il comprend les plans, devis, et jusqu’au contrat avec l’entrepreneur, passé le 6 août 1760, avec maître Guillot et maître Desplaces, entrepreneur.

Sur la porte, Voltaire avait fait peindre cette inscription : Soli Deo et sur le frontispice, graver cette autre en lettres d’or sur marbre noir : Deo erexit Voltaire. Quand l’église fut bâtie, il s’enquit d’un curé et il en trouva deux : l’un en payant, l’autre qui payait pour avoir l’honneur d’être de la suite du philosophe. Aussi écrit-il à d’Alembert : « J’ai deux curés dont je suis assez content, je ruine l’un et je fais l’aumône à l’autre. »

Le desservant rétribué touchait huit cents livres de traitement par an, comme nous l’apprennent les comptes de Voltaire, très bien tenus par le philosophe lui-même par « Doit » et « Avoir » comme ceux d’un petit commerçant. Huit cents livres étaient une assez jolie somme pour l’époque et au prix où étaient les congruistes, celui de Ferney pouvait s’estimer heureux.

Ces détails connus du temps de Voltaire sont généralement ignorés du nôtre : ils expliquent bien des actes du patriarche et cette phrase célèbre : « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer ». Voltaire assistait du reste de temps à autre aux offices en compagnie de sa nièce Mme Denis, qui était dévote, et il exigeait les honneurs dus à un seigneur justicier qu’il était à Ferney. Il ne faisait grâce à son curé ni d’un coup de goupillon, ni d’un coup d’encensoir.

Etranges contradictions de l’esprit humain, même quand il s’élève jusqu’au génie.

« Journal littéraire et bibliographique. »  Paris, 1890.  
Illustration : bidouillage maison.