gentilhomme

Susceptibilité de militaire

Publié le

louis-XIV-de-louville

A la tête de ses armées, en Flandre, Louis XIV tenait table ouverte, pour tous les officiers. M. de Louville, gentilhomme de la Beauce, se présente un jour à dîner. M. de Créqui va alors l’annoncer au roi : 

— Voilà M. de Louville qui souhaiterait avoir l’honneur de dîner avec Sa Majesté.
— De quel droit ? répond le roi.

M. de Créqui, n’osant, répéter cette réponse à M. de Louville, lui fait comprendre qu’il n’a pu parler de lui au monarque excessivement occupé. M. de Louville n’en est point dupe.

M. de Créqui, ce même soir, vante au roi la noblesse authentique du visiteur. Il obtient la phrase affirmative sollicitée par lui : 

 Présentez-le demain.

Le lendemain, à l’heure du dîner, le roi voit M. de Louville. 

 Louville, prenez place !
— Sire, j’ai dîné, répond Louville.

Louis XIV gastronome

Publié le Mis à jour le

repas-louis-XIV

Louis XIV n’était pas seulement un grand roi, mais bien mieux que cela, un grand gastronome, c’est-à-dire un rude mangeur, plus glouton peut-être que délicat, avouons-le sans flatterie.

Ceci n’est pas moins historique que ses amours avec Mmes de La Vallière, de Montespan, de Soubise, de Monaco, de Fontange et de Maintenon… le héros de Rabelais en eût été jaloux. Aussi le grand couvert était-il extrêmement rare à Versailles ! Pour se livrer sans scrupule à son royal appétit, Louis XIV dînait la plupart du temps seul, dans sa chambre, sur une table carrée, vis-à-vis de la fenêtre. Il ordonnait le matin un très petit couvert, composé toujours d’un grand nombre de plats et de trois services, sans le fruit. Il y avait d’ordinaire beaucoup de monde pendant le dîner : tous restaient debout, selon l’étiquette, à laquelle se conformaient respectueusement Monsieur, Monseigneur, et les Princes du sang. 

Le Roi gardait le silence et employait bien son temps : souvent, en un repas, il mangeait quatre assiettes de soupes de diverses sortes, un faisan tout entier, une perdrix, deux salades, du mouton au jus et à l’ail, deux fortes tranches de jambon, des pâtisseries, des fruits et des confitures. J’espère que voilà un grand roi, un roi qui mangeait et digérait noblement ! Par exemple, il ne buvait que du vin trempé d’eau, et avec sobriété. Le grand chambellan, ou, à son défaut, le premier gentilhomme de la chambre, servait le Roi qui faisait en mangeant un bruit fort peu harmonieux avec la langue et les dents. Son plus grand régal était des œufs durs. 

Louis XIV avait, comme on sait, une rigidité, une manie d’étiquette qui descendait aux choses les plus minutieuses, et soumettait la cour à un brillant esclavage. On rapporte même à ce sujet plusieurs traits qui ne s’accordent pas parfaitement avec cette douceur et cette royale politesse dont parlent ses historiographes officiels. 

Au sortir d’un grand couvert à Marly, le Roi aperçut un valet qui, en desservant , dérobait furtivement un ravissant biscuit et le glissait dans sa poche. Au même moment, on lui présentait sa canne et son chapeau. Mais, à la vue de ce larcin, il ne put contenir sa colère, et, en présence des dames et des gentilshommes qu’il poussa de droite et de gauche pour s’ouvrir un passage, il se précipita sur le voleur gourmand, l’injuria, le frappa, et, d’un bras nerveux , lui brisa son bâton sur les épaules. 

— Ce n’était qu’un roseau, dit-il, en forme d’excuse.  

Le plaisant de l’aventure, c’est que le Roi, qui avait les juremens en horreur, au point de les punir sévèrement chez les autres, s’oublia tellement en cette circonstance qu’il en proféra de toutes les couleurs. 

Son appétit si généreux et si magnifique redoublait encore en voyage. Son carrosse était toujours parfaitement garni, bourré de viandes, de fruits et de pâtisseries : à chaque instant, il excitait ses compagnes de voyage à faire honneur à ses provisions et prêchait d’exemple. Celles qui n’avaient pas faim, ou qui mangeaient du bout des lèvres, encouraient bientôt sa disgrâce et souvent des paroles très aigres. Bon gré, mal gré, il fallait manger et manger avec appétit : Tel est notre bon plaisir, était la devise du roi Louis XIV ! 

Concluons de tout ceci, que le plus heureux, le plus triomphant des rois de la terre est celui qui possède un bon appétit et un excellent estomac ! Que Dieu qui mène le monde, suivant la sublime et profonde expression du chef de la cuisine doctrinaire, M. Guizot, vous les donne ou vous les conserve, ces deux vrais trésors, ô rois cons-ti-tu-ti-on-nels ! 

« La Gastronomie. » Paris, 1839.

Les mollusques de Sa Majesté

Publié le

 huitres-peinture

Rappelons que le Vert-Galant était, pour le moins, un aussi intrépide avaleur d’huîtres, qu’un rude jouteur au jeu de l’amour et du hasard. Il y a là-dessus une bien savoureuse anecdote, rapportée dans le journal de l’Estoile, et que vous voudrez bien me laisser vous conter.

Chassant un jour vers Gros-Bois, Sa Majesté se déroba de sa compagnie et revint sans escorte à Créteil sur l’heure du dîner. Il descend à l’hôtellerie et demande à manger, mais il ne reste plus rien. Avisant alors une magnifique bourriche d’huîtres, le roi s’informe pour quel mortel heureux est ce précieux régal. L’hôtesse répond brusquement que c’est pour des procureurs qui se trouvent en haut.

Henri IV, que l’hôtesse prend pour un simple gentilhomme, charge celle-ci de dire aux procureurs qu’un honnête gentilhomme les prie de lui céder une seule douzaine d’huîtres pour de l’argent, et de vouloir bien l’accommoder du bout de leur table, ce qu’ils refusèrent tout à plat, disant que pour le regard des huîtres, il n’y en a pas trop pour eux . Le roi, continue l’Estoile, en son langage d’un charme archaïque, ayant entendu cette réponse, envoie quérir le sieur de Vitry, qui arrive avec dix autres seigneurs. Après avoir conté sa déconvenue et la vilenie de ces messieurs procureurs, Sa Majesté ordonna qu’ils fussent saisis, menés à Gros-Bois, et là très bien étrillés et fouettés, pour apprendre à être plus courtois à l’avenir à l’endroit des gentilshommes.

Le Vert-Galant put ainsi à loisir satisfaire son caprice.

« La Médecine internationale. »  Paris, 1906.
Illustration : Willem Claeszoon Heda.

Louis XI, curieux homme.

Publié le Mis à jour le

louis-XI

C’est volontiers que Louis XI invitait à sa table les étrangers dont il espérait tirer quelques connaissances utiles. Il y recevait même des marchands qui lui donnaient des lumières sur le commerce, et il se servait, dit-on, de la liberté du repas pour engager ceux-ci à parler avec confiance.

Un certain maître Jean, simple marchand, séduit par les bontés du roi qui le faisait souvent manger avec lui, s’avisa de lui demander des lettres de noblesse. Ce prince les lui accorda mais, lorsque le nouveau noble parut devant lui, il affecta de ne pas le regarder.

Maître Jean, surpris de ne pas trouver le même accueil, s’en plaignit :

Allez monsieur le gentilhomme, lui dit le roi. Quand je vous faisais asseoir à ma table je vous regardais comme le premier de votre condition; mais, aujourd’hui, je ferais injure aux nobles si je vous accordais la même faveur.

« Hier, aujourd’hui, demain. Gazette historique. »  Paris, 1923.

Illustration : Reproduction de gravure de l’Histoirede France pour le cours élémentaire S.U.D.E.L.

Un gentilhomme

Publié le Mis à jour le

madame-de-noailles

Un jour que l’on demandait à Mme de Noailles ce qu’elle pensait de la Roumanie, elle répondit nettement au journaliste qui l’interrogeait qu’elle n’en pensait rien et ne la connaissait pas.

L’interview parut. 

A Bucarest, on s’indigna de cette réponse et d’innombrables lettres d’injures furent envoyées à la poétesse, notamment celle-ci :

« Ne présentez-vous jamais à Bucarest, ou je vous cracherai à la figure ! »

Signé: « Un gentilhomme roumain. »

Comment on fait un bon ménage

Publié le Mis à jour le

Andre Michel
Andre Michel

Marigny-Malenoë, relate Tallemant des Réaux, est un gentilhomme de Bretagne qui épousa la soeur de M. de La Feuillée du Belay, belle fille dont il devint amoureux.

Au bout de quelque temps la jalousie le prit, à ce qu’on dit, avec quelque fondement. Un beau matin il dit à sa
femme:

Vous n’êtes pas bonne cavalière; il faudrait que vous vous accoutumassiez à aller à cheval. Venez-vous en avec moi visiter de nos amis et de nos parents. 

Ils montent tous deux à cheval; il la mène assez loin, puis lui dit:

Écoutez, mon dessein est d’aller jusqu’à Rome et de vous y mener.
J’irai partout où vous voudrez, répondit-elle.

Quand ils furent en Italie, Marigny lui déclara froidement que son intention était de la faire mourir. Cette femme, quoiqu’elle n’eût que vingt-deux ans, lui répondit froidement: J’aime autant mourir ici qu’en France et autant dans huit jours que dans cinquante ans.

J’aime autant mourir ici qu’en France et autant dans huit jours que dans cinquante ans.
Bien, lui dit-il; voyez de quel genre de mort vous voulez mourir.

Ils furent quelques jours à en parler aussi roidement que si c’eût été simplement pour s’entretenir. Enfin, elle choisit le poison. Il lui en apprête, et le lui présente dans une coupe. Elle le prend délibérément, et, comme elle allait l’avaler, il lui retint le bras.

Allez, lui dit-il, je vous donne la vie, vous méritez de vivre puisque vous aviez le courage de mourir si constamment. Désormais je vous veux donner liberté tout entière; vous ferez tout ce que vous voudrez de votre côté et moi du mien.

Ils se le promirent réciproquement et devinrent les meilleurs amis du monde ! … 

Lisez-moi Historia.    J. Tallandier, Paris, 1936.

Le cordonnier et le gentilhomme

Publié le Mis à jour le

cordonnier

Il se passa , dit-on , en Angleterre, une scène assez plaisante entre un honnête cordonnier et un gentilhomme prétendant être nommé député au parlement.

Celui-ci, d’un air fort humble, entre dans la boutique de l’artisan , qui lui demande d’un ton brusque de quelle affaire il s’agissait.

De me rendre un petit service, répondit le gentilhomme ; il ne me manque plus qu’une voix pour être élu, et je vous prie de m’accorder la vôtre.

Oh bien! si cela est, reprit le cordonnier, en lui présentant une escabelle, asseyez-vous là, causons ensemble, et voyons un peu quel homme vous êtes. Vous buvez de la bière, n’est-ce pas? En voilà un pot déjà entamé : nous le finirons de compagnie. Allons, prenez mon verre, buvez à ma santé, je boirai ensuite à la vôtre.

Qu’a cela ne tienne, répondit le gentilhomme. En même temps il boit, en faisant un peu la grimace.

Dieu me damne! vous fumerez, car je fume, moi, poursuivit l’artisan.

Eh ! mais. comme vous voudrez, repartit le candidat en dévorant son dépit.

D’un air assez gauche il allume sa pipe à celle de son nouveau camarade; et les voilà tous deux en train de politiquer. Enfin le protecteur, fort content d’avoir fait passer son protégé par toutes sortes d’humiliations, le congédie sans façon.

Sortez sur-le-champ de chez moi, et ne comptez pas sur mon suffrage : je me respecte trop pour le donner à un homme qui se respecte si peu, et qui cherche à s’élever par tant de bassesses.

« Le mentor vertueux, moraliste et bienfaisant, ou Choix de faits mémorables. »   Laurent-Pierre Bérenger, L. Colas, Paris, 1834.