gentleman

Le sosie

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Un gentleman londonien, qui soutenait mordicus être le portrait tout craché de Mark Twain, lui envoya sa photographie :

« Ma ressemblance avec vous n’est-elle pas prodigieuse, extraordinaire ? » lui écrivait-il.

L’illustre écrivain répondit :

« Monsieur, je trouve que votre photographie me ressemble beaucoup plus que je ne me ressemble moi-même; aussi, l’ai-je fait tout de suite encadrer, et je viens de la suspendre dans mon cabinet de toilette à la place de mon miroir, afin de me raser devant tous les matins. »

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Un gentleman

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couple-mondain.

Une dame galante de la rue Marboeuf, Lucienne G…, rencontrait au dernier bal de l’Opéra un gentleman des plus aimables, âgé de plus de quarante ans, mais très correct, très galant.

Il offrit à Lucienne G… un souper des plus délicats, et la jeune femme qui aime le vin de Champagne en vida de si nombreuses coupes qu’elle s’endormit presque. Le gentleman, qui avait déclaré s’appeler Octave de P…, reconduisit la jeune femme à son domicile.

Quand celle-ci se réveilla dimanche soir vers cinq heures, sa domestique lui remit une lettre ainsi conçue :

Chère belle,

En moins de six mois vous avez ruiné mon ami Raoul V… Le pauvre garçon a accepté une place en Cochinchine. Sa femme et ses deux enfants vivent à Paris, dans la plus  profonde misère. Les quelques objets dont vous constaterez la disparilion serviront à procurer du pain à cette famille. 

Lucienne s’aperçut bientôt qu’on lui ayant en effet dérobé un bracelet, une broche et des brillants d’oreilles valant environ trente mille francs. Le soi-disant Octave de P…, avait laissé une barbe postiche sur la table de toilette.

Lucienne G… a fait immédiatement prévenir  le commissaire de police du quartier. On apprit quelque temps après que Mme V… (la femme de Raoul) avait reçu un billet de cent francs et ces lignes : 

« Vous recevrez chaque semaine un pareil envoi. » 

Il est vrai que Lucienne G… a ruiné M. V…

On recherche le compagnon momentané de la demi-mondaine.

« Le Rappel. »  Paris, 1889.

Un hôtel en Amérique

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hotel

Paul Courty, du Journal amusant, a un ami de retour d’Amérique qui affirme y avoir lu dans un hôtel le règlement suivant :

Les messieurs sont priés de ne pas mettre leurs pieds, en hiver, sur le manteau de la cheminée; en été, sur l’appui des fenêtres.

Les dames sont priées de ne pas écrire leurs noms sur les glaces et les vitres avec le diamant de leurs bagues. Si elles se servent de souliers en caoutchouc, elles devront les nettoyer elle-mêmes.

Elles sont, de plus, invitées à ne pas sonner toutes les cinq minutes la femme de chambre, et à ne pas laisser leur porte ouverte la nuit, quand elles logent à côté d’un gentleman.

Le gentleman célibataire s’abstiendra de jouer du trombone; il ne doit pas peigner ses favoris à table, ou du moins ne pas laisser le peigne à côté de son assiette.

Les dames sont priées de ne pas mettre le nez dans les plats qu’on leur passe, à moins qu’elles n’aient la vue basse, et de ne pas tremper les doigts dans la sauce pour la goûter.

On ne doit pas se battre pour la croûte du gâteau de maïs.

Si une dame est pressée de quitter la table avant la fin du repas, elle est priée de le faire sans dire aux convives le motif qui l’oblige à sortir.

Conditions très libérales. La pension est invariablement payée d’avance, au commencement de chaque semaine.

Tout n’est peut-être pas prévu dans cet original règlement; mais il est curieux à conserver au point de vue des mœurs locales.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891. 

Duel

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duel.

Je ne connais guère d’anecdote plus crâne que celle qui arriva au père d’Emile de Girardin.

Il entre un jour dans un tir au pistolet. Un gentleman, qu’il ne connaissait pas, y faisait mouche à tout coup. Quelques spectateurs, admirant la précision de ce tir, ne tarissaient pas d’éloges sur l’adresse de ce gentleman.

En effet, dit assez haut M. de Girardin… monsieur tire parfaitement… mais cela ne prouve pas grand-chose ! Dans un duel, quand on a un homme devant soi au lieu d’un morceau de carton, toutes les conditions sont changées, et le plus habile tireur, qui trouerait une pièce de cent sous à vingt-cinq pas, peut très bien manquer un homme à la même distance.

Le tireur, qui avait entendu ces paroles, se retourne alors vers M. de Girardin :

J’estime que vous vous trompez, monsieur, et je crois pouvoir affirmer que si je vous avais devant moi, je ne vous manquerais pas.

Les assistants voulurent s’interposer devant cette provocation, mais M. de Girardin répondit froidement :

Quand vous voudrez !

Tout de suite ! alors !

Soit !

On choisit des témoins et on alla se battre, avec des pistolets de tir, dans les terrains vagues qui avoisinaient alors le Trocadéro.

On laissa le sort décider qui tirerait le premier. Le gentleman fut favorisé. Il tire sur M. de Girardin… et le manque.

Puis, comme M. de Girardin ne faisait pas mine de se servir de son arme, un témoin lui cria :

A vous, monsieur. Tirez donc !

Pourquoi cela ? dit froidement M. de Girardin… Je n’ai aucune raison pour tuer monsieur. J’ai prétendu que le meilleur tireur pouvait manquer un homme à vingt pas… Monsieur a soutenu le contraire… Il doit être convaincu maintenant qu’il avait tort… Je ne puis lui en vouloir pour cela.

Et, s’inclinant devant son adversaire :

— J’ai bien l’honneur de vous saluer, monsieur.

Eugène Gugenheim, Paris, 1887.