géographie

Une leçon de géographie

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noyadeM. G…, officier retraité, traversait le pont des Saints-Pères lorsqu’il fut abordé par deux jeunes drôles, dont l’un lui demanda l’endroit où le Rhône prend sa source. M. G… se contenta de hausser les épaules, mais les précoces et peu spirituels farceurs ne cessèrent de le suivre en lui répétant : 

De grâce, monsieur, indiquez-nous les sources du Rhône. 

La patience humaine a des limites. M… G. finit par se fâcher, et saisissant son tenace questionneur, il le précipita dans la Seine en s’écriant : 

Voilà, mon ami, les sources du Rhône ! 

Grand rassemblement, grand tumulte. L’un des deux farceurs gesticulait, et traitait M. G… d’assassin. 

Assassin ! riposta M. G… nous allons voir ça. 

Et, se dépouillant de son pardessus, il se jeta dans le fleuve, d’où il ramena, quelques instants après, le jeune farceur qui tenait absolument à connaître les sources du Rhône. Au commissariat de police, M. G… raconta l’histoire, et le magistrat fut bien vite convaincu que l’ancien officier n’avait nullement voulu noyer le jeune homme. 

J’ai tenu, dit-il, à lui donner une leçon de géographie qu’il sollicitait avec une persistance peu commune.

« Almanach de France et du Musée des familles. » Paris, 1905.

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L’homme qui savait tout

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bastille

II faut rendre hommage à la mémoire de ce grand méconnu : Nicolas Fréret, qui naissait à Paris le 15 février 1688, et qui tombé dans un injuste oubli, n’en fut pas moins le savant le plus universel, l’érudit le plus fécond et le plus prodigieux qu’ait jamais possédé le monde intellectuel.

Fréret avait tout appris, tout retenu, tout assimilé, l’histoire, la philosophie, la géographie, l’archéologie, les littératures, les langues et les religions anciennes et modernes, la philologie, la grammaire, l’ethnographie, etc., emmagasinait dans son puissant cerveau, grâce à une mémoire positivement miraculeuse, le total des connaissances humaines. C’était une encyclopédie vivante, un phénomène sans pareil.

Nicolas Fréret vécut toujours en véritable anachorète, seul avec ses bouquins et les 1357 cartes géographiques qu’il avait dessinées lui-même, entre son chat, compagnon silencieux, et les familles de rats qui venaient grignoter ses souliers pendant qu’il travaillait. Son existence de bénédictin paraissait devoir être absolument dénuée d’aventures; mais il lui en arriva pourtant une fameuse.

Il avait soumis à son académie le manuscrit d’un traité sur L’Origine des Français et de leur établissement dans les Gaules, qui fut dénoncé comme subversif par un de ses collègues, l’abbé Vertot. Un beau matin, une escouade de police cerna la maison de Fréret, l’arrêta au nom du roi et le mena en prison : ce dangereux « criminel » était accusé d’avoir irrespectueusement falsifié la vérité historique en formulant des hypothèses neuves qui bousculaient les vieilles routines. Enfermé à la Bastille, il prit la chose très philosophiquement. D’un ton presque joyeux, il dit à son guichetier :

Savez-vous ce que je vais faire ? Non ?… Je vais faire une grammaire chinoise.
— Hein ?.. une grammaire ?…
— Chinoise, oui !… Je vais profiter de la tranquillité qui m’est offerte ici pour composer cet ouvrage dont j’ai depuis longtemps l’idée. Cela tombe à merveille.

Et lorsqu’il sortit de la Bastille, quelques mois après, sa grammaire terminée fut envoyée à Pékin… pour apprendre aux Chinois à parler correctement !

« Ric et Rac : grand hebdomadaire pour tous. » Clermont-Ferrand/Paris, 1938.