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Les workhouses à Londres

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luke-fildes

L’attention publique, depuis quelque temps, se porte en Angleterre sur les institutions destinées à secourir la classe indigente, qui, proportionnellement, forme une assez grande partie de la population de Londres, cette ville où l’extrême richesse et l’extrême misère se coudoient à chaque instant.

Un lord philanthrope, voulant voir et entendre par lui-même, a eu l’idée assez singulière de convoquer dans un meeting tous les jeunes balayeurs, décrotteurs et pickpockets, enfin tous ces enfants qui, pour se servir de l’expression anglaise, « ramassent leur vie dans les rues (who pick up their living in the street). » Après un repas substantiel de boeuf et de pudding, les jeunes convives furent questionnés par le noble lord lui-même sur leur manière de vivre. Il s’ensuivit des révélations curieuses et tristes, surtout de la part des pickpockets, qui, nous devons l’avouer, étaient en majorité dans l’assemblée.

Si, d’après les révélations faites tous les jours, l’intérieur d’un workhouse est chose hideuse, l’extérieur ne l’est pas moins à l’heure où les « casuals (indigents vagabonds) » attendent l’ouverture des portes de l’établissement où ils trouveront un lit un peu moins froid, mais peut-être aussi malpropre que les coins des bornes ou les arches des ponts. On cite souvent les mendiants de Naples et de Rome, mais comment trouver dans toute l’Europe une misère plus hideuse et plus repoussante qu’à Londres, où il n’y a point de soleil pour dorer un peu les haillons et les rendre pittoresques. A mesure que la nuit tombe, cette foule grossit, silencieuse et affamée, et les yeux fixés avec impatience sur la porte du workhouse. Un portier ou plutôt un geôlier bourru, ouvre la porte, et laisse entrer une partie de ces malheureux. Le reste, qui n’a pas eu la chance d’être admis, faute de place, est libre d’aller périr de froid et de faim, ainsi que le témoignent les rapports de police et les verdicts des coroners « died of exposure and hunger, (mort de froid et de faim !) » Ceux qui sont admis reçoivent une chétive portion de pain ou de bouillie de farine d’avoine bonne tout au plus pour des bestiaux, tout juste de quoi ne pas mourir d’inanition.

Le système français des bureaux de bienfaisance, a de nombreux partisans en Angleterre. Les Anglais payent des taxes énormes pour leurs pauvres et les voient néanmoins mourir de faim. Ils veulent savoir où va l’argent qu’ils donnent : c’est aux officiers et fonctionnaires qui sont chargés de distribuer les secours à leur donner des renseignements à ce sujet.

L. Victor Lesté. « La Revue-magasin. » Paris, 1887.

La poste à Paris en 1653

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Tous ces jours-ci, les journaux enregistrent des plaintes contre la difficulté et les lenteurs postales à Paris où l’on a pourtant des tubes pneumatiques et des téléphones. Il n’est pas sans intérêt à ce sujet de signaler un règlement sur la poste parisienne de 1653. Paris était alors réputé comme la ville la mieux organisée de l’Europe sous ce rapport.

Le règlement vise les lettres écrites d’un quartier de Paris à un autre avec une réponse payée que le facteur rapportait à la personne qui avait écrit. On attachait à la lettre un billet de retour. Un commis apportait la lettre à destination, attendait la réponse et la rendait au premier expéditeur. Le prix de ces billets avec retour port payé était d’un sou marqué; on les vendait au palais, bureau du commis général, chez les tourières des couvents, chez les portiers des collèges et communautés et chez les geôliers des prisons.  

Le règlement du 8 août 1653 porte: « Les solliciteurs sont avertis de donner quelque nombre de ces billets à leurs procureurs et à leurs clercs, afin qu’ils les puissent informer à tous moments de l’état de leurs affaires, et les pères à leurs enfants qui sont au collège ou en religion, et les bourgeois à leurs artisans. »

Voilà un genre de lettres qui n’existe plus aujourd’hui, mais qu’on devrait bien rétablir. Ce serait assurément un progrès d’en revenir à 1653 sur ce point.

 « Gazette anecdotique, littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1892.