Georges Clémenceau

Monsieur Clemenceau saisi par le fisc

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clémenceau_georges_idaGeorges Clemenceau ayant reçu, il y a quelque temps, une sommation d’avoir à payer 300 fr. pour majoration d’impôts non payés, alla trouver le percepteur à qui il demanda des  explications. 

Le percepteur, sur un ton fort peu gracieux, déclara à l’illustre homme d’Etat que, n’ayant pas payé ses impôts en temps voulu, il devait payer la majoration. Clemenceau fit observer qu’il n’avait jusque-là reçu aucun avis régulier d’avoir à payer ses impôts et il ajouta :

 J’admets que vous n’ayez pas eu le temps de me l’envoyer, mais en tout cas l’erreur n’est pas mon fait.  

A quoi le percepteur répondit textuellement :

 Nous n’en sortirions pas, si nous nous mettions à envoyer des avis à tout le monde !  

La patience de celui à qui la France doit la victoire commença à se lasser et il signifia au personnage qu’il ne paierait pas les 300 fr. indûment réclamés. A partir de ce moment, les avis et les sommations plurent littéralement rue Franklin. Clemenceau ne bougea pas, voulant voir jusqu’où irait le fisc.  

Le fisc alla jusqu’au bout et en fin de compte un ordre de saisie fut lancé. Un huissier se présenta au domicile de Georges Clemenceau et saisit un meuble valant la somme réclamée par le fisc, meuble que Clemenceau racheta devant sa porte.

Illustration : Georges & Ida Clemenceau.

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Courage tardif 

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weygand-clemenceauGeorges Clemenceau n’aimait pas Maxime Weygand parce que celui-ci était le collaborateur de Foch que Clemenceau n’aimait pas, tout en le subissant comme généralissime. 

Un jour, le Tigre eut ce mot méchant, comme tous ses mots d’ailleurs : 

« Weygand, qui après tout, n’a jamais vu le feu que du coin de sa cheminée… ». 

Le propos ne manqua pas d’être rapporté à Weygand qui répondit doucement : 

« Il est certain qu’en ce moment Clemenceau va plus souvent que moi jusque vers les tranchées de première ligne. J’ai un autre emploi obligatoire de mon temps, Quant à lui, il va jusqu’où nous voulons et où il ne court aucun péril. Il est vrai qu’il n’en sait rien, et il fait donc preuve du même courage que si tout ceci n’était pas camouflé. Mais en 1870, alors que je sortais à peine de nourrice, Clemenceau avait trente ans, ce qui est un bel âge pour combattre en première ligne. Je n’ai pas entendu dire qu’alors il ait eu l’idée de s’engager. » 

Et Weygand conclut : 

« Clemenceau est courageux, mais le courage lui est venu tard ! »

« Sans-gêne. » Paris, 1935.

Concours de chiens 

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chien de policeNous venons d’avoir un concours de chiens de police. Très réussi. M. Clemenceau présidait, assisté de M. Lépine. Il faisait un temps tout à fait de circonstance : un temps de chien. Les bonnes bêtes nous ont donné des exemples admirables. A tel point que M. Clemenceau, ne trouvant pas de termes pour exprimer son admiration, ne leur a pas adressé de discours.

Songez donc ! Il y avait là des chiens français, allemands, suisses, belges, hollandais, et ils n!ont pas cherché un seul moment à s’entre-dévorer ! Quelle leçon pour les hommes ! On leur a fait une distribution de prix, médailles et diplômes, et il n’y a pas eu, parmi eux, la moindre protestation contre le jury : songez pourtant à ce qui se passe, tous les ans, aux concours du Conservatoire ! 

Cependant il faut bien constater, qu’une des épreuves du concours a laissé à désirer.  D’après le programme, l’on devait tendre aux concurrents des gâteaux, et les chiens ne devaient pas les prendre. Raté sur toute la ligne ! Il n’y a pas un chien qui ait hésité à happer le morceau, sans aucune espèce de pudeur. Mais, n’était-ce pas assez que les chiens se conduisissent en hommes, que dis-je ! bien mieux que des hommes ? Pourquoi exiger qu’ils se conduisent aussi en héros ? Or, je vous le demande, y a-t-il beaucoup d’hommes capables de refuser le gâteau qu’on leur offre,  même lorsque c’est un gâteau défendu ? Passons donc cette faiblesse à ces bons chiens, ils en ont tant à nous pardonner ! décrotteurEt ils nous rendent tant de services, n’est-ce pas ? Tenez, l’on a écrit des volumes sur  l’ingéniosité des chiens, mais j’en ai connu  un, moi, dont on n’a jamais parlé. C’était le chien (un mauvais cabot, aussi bon que laid) d’un décrotteur de Marseille. Il s’était fait pour son maître un rabatteur de clients. Son procédé était simple. Il se tenait, sur la Canebière, près d’un grand café très fréquenté. Dès qu’il voyait sortir un monsieur dont les bottines étaient propres, il y courait, et il s’arrangeait, comme par hasard, à lui salir les bottines en y passant ses pattes qu’il venait de mouiller dans le ruisseau. Le monsieur pestait, mais aussitôt un décrotteur était là, qui s’offrait à réparer le désastre. 

 Sale cabot ! grognait le client, en se faisant décrotter.
— Ne me parlez pas de ces vilaines bêtes ! répondait le décrotteur.  

Le chien, aux aguets, n’entendait rien à ces paroles, mais il voyait le regard que lui adressait son maître en dessous, et ce regard était sa récompense. 

Véranet.  « Ma revue. » Paris, 1908.
Illustration affiche. : « Concours de chiens de défense et de police » par Groulier, Bibliothèque municipale de Lyon.
Photo : décrotteur.

Sous la coupole

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On a raconté des tas d’histoires sur l’élection académique de Georges Clemenceau. A la vérité, le Président ne prise ni ne méprise cet honneur qui, comme beaucoup d’autres, semble lui être totalement indifférent. 

Aujourd’hui, on lui a persuadé que cette acceptation « était une victoire a remporter sur lui-même ». Certaines lui furent plus douces. Le Tigre est, comme chacun sait, membre de l’Université d’Oxford. C’est un rare, très rare hommage, et le président Wilson est, avec lui, le seul étranger qui ait été honoré de ce titre. 

Comme on lui en parlait dernièrement au sujet du projet caressé par certains de le faire entrer sous la coupole, il murmura :

A Oxford, au moins, il n’y a pas de dictionnaire.

« Les Potins de Paris. » Paris, 1918.

Trois jours à peine après la signature de l’armistice, le 21 novembre 1918, les 23 académiciens siégeant l’élurent à l’unanimité, au fauteuil d’Émile Faguet, comme ils venaient de le faire pour le maréchal Foch. Pas plus que le maréchal Foch qui partageait avec lui cet honneur, Clemenceau n’avait été candidat ni effectué les rituelles visites de présentation. Le Président du Conseil ne se montra d’ailleurs guère enchanté de son nouveau statut et pas une seule fois il ne vint siéger sous la coupole, où il redoutait — disait-on — d’être reçu par son ennemi intime, Raymond Poincaré. 

source : http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/georges-clemenceau

Candidature

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M. Clemenceau se dispose, parait-il, à entreprendre une tournée politique dans le Var. On sait qu’il n’a qu’à se louer du séjour qu’il vient de faire aux eaux de Carlsbad, où la Faculté l’envoie chaque année soigner son estomac. Depuis qu’il n’exerce plus la médecine, M. Clemenceau a la plus grande confiance dans les médecins.

Il fut lui-même autrefois praticien habile, et on l’appelait souvent à Montmartre « M. le docteur ». A l’époque où il débutait dans la politique, Georges Clemenceau avait installé dans son quartier un dispensaire gratuit. Les malades y venaient en foule. M. Clemenceau les soignait consciencieusement, mais avec les manières brusques, cassantes d’un homme toujours pressé. Un jour, un brave garçon entre timidement dans le dispensaire.

Déshabillez-vous ! Otez votre chemise ! dit M. Clemenceau.
— Comment ! vous voulez que je me mette tout nu dit l’autre, interloqué.
— Oui, parbleu tout nu.

L’homme se déshabille. Quand il fut nu comme un ver, M. Clemenceau l’interpelle :

Eh ! bien, voyons, qu’est-ce que vous avez ?
— Moi ? mais je n’ai rien du tout, monsieur Clemenceau.
— Alors, qu’est-ce que vous venez faire ici ? Pourquoi venez-vous me consulter ?
— Mais je ne viens pas vous consulter, M. Clemenceau. Je viens vous demander de vouloir bien appuyer ma candidature. Je désire une place de facteur.

L’anecdote est piquante, mais je crains bien qu’elle n’ait déjà servi. Nous la trouvons cependant racontée, comme une chose qui s’était passée la veille, dans un recueil anecdotique de l’époque.

« Journal des débats politiques et littéraires. » Paris, 1908.
Illustration : peinture de Cecililia Beaux.

Le Tigre n’est pas content

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clemenceau-emmanuel-gondouin

M. Clemenceau est un peu agacé des manifestations qui se font autour de M. Poincaré et auxquelles le nouveau président se prête avec une bonne grâce inlassable.

La semaine dernière, il rentrait chez lui, accompagné de M. Jeanneney, son fidèle compagnon de luttes anti-proportionnalistes. Il trouva sous la porte son concierge qui regardait passer la vie, avec une béatitude philosophique. M. Clemenceau est familier avec le préposé au cordon. Il l’apostropha avec sa brusquerie de bon garçon :

Qu’est-ce que vous faites là ? Vous ne faites rien ?

Le concierge confessa d’un geste qu’il était inoccupé. Alors, le Tigre, excellent démocrate, lui dit :

Eh ! bien, prenez une feuille de papier blanc, mettez-y votre signature, faites la signer par vos confrères du voisinage, et écrivez à M. Poincaré que les concierges du quartier veulent lui offrir un banquet. Il viendra.

« Le Cri de Paris. »  Paris, 1913.
Illustration : peinture de Emmanuel Gondouin.