Georges Clémenceau

Sous la coupole

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On a raconté des tas d’histoires sur l’élection académique de Georges Clemenceau. A la vérité, le Président ne prise ni ne méprise cet honneur qui, comme beaucoup d’autres, semble lui être totalement indifférent. 

Aujourd’hui, on lui a persuadé que cette acceptation « était une victoire a remporter sur lui-même ». Certaines lui furent plus douces. Le Tigre est, comme chacun sait, membre de l’Université d’Oxford. C’est un rare, très rare hommage, et le président Wilson est, avec lui, le seul étranger qui ait été honoré de ce titre. 

Comme on lui en parlait dernièrement au sujet du projet caressé par certains de le faire entrer sous la coupole, il murmura :

A Oxford, au moins, il n’y a pas de dictionnaire.

« Les Potins de Paris. » Paris, 1918.

Trois jours à peine après la signature de l’armistice, le 21 novembre 1918, les 23 académiciens siégeant l’élurent à l’unanimité, au fauteuil d’Émile Faguet, comme ils venaient de le faire pour le maréchal Foch. Pas plus que le maréchal Foch qui partageait avec lui cet honneur, Clemenceau n’avait été candidat ni effectué les rituelles visites de présentation. Le Président du Conseil ne se montra d’ailleurs guère enchanté de son nouveau statut et pas une seule fois il ne vint siéger sous la coupole, où il redoutait — disait-on — d’être reçu par son ennemi intime, Raymond Poincaré. 

source : http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/georges-clemenceau

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Candidature

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M. Clemenceau se dispose, parait-il, à entreprendre une tournée politique dans le Var. On sait qu’il n’a qu’à se louer du séjour qu’il vient de faire aux eaux de Carlsbad, où la Faculté l’envoie chaque année soigner son estomac. Depuis qu’il n’exerce plus la médecine, M. Clemenceau a la plus grande confiance dans les médecins.

Il fut lui-même autrefois praticien habile, et on l’appelait souvent à Montmartre « M. le docteur ». A l’époque où il débutait dans la politique, Georges Clemenceau avait installé dans son quartier un dispensaire gratuit. Les malades y venaient en foule. M. Clemenceau les soignait consciencieusement, mais avec les manières brusques, cassantes d’un homme toujours pressé. Un jour, un brave garçon entre timidement dans le dispensaire.

Déshabillez-vous ! Otez votre chemise ! dit M. Clemenceau.
— Comment ! vous voulez que je me mette tout nu dit l’autre, interloqué.
— Oui, parbleu tout nu.

L’homme se déshabille. Quand il fut nu comme un ver, M. Clemenceau l’interpelle :

Eh ! bien, voyons, qu’est-ce que vous avez ?
— Moi ? mais je n’ai rien du tout, monsieur Clemenceau.
— Alors, qu’est-ce que vous venez faire ici ? Pourquoi venez-vous me consulter ?
— Mais je ne viens pas vous consulter, M. Clemenceau. Je viens vous demander de vouloir bien appuyer ma candidature. Je désire une place de facteur.

L’anecdote est piquante, mais je crains bien qu’elle n’ait déjà servi. Nous la trouvons cependant racontée, comme une chose qui s’était passée la veille, dans un recueil anecdotique de l’époque.

« Journal des débats politiques et littéraires. » Paris, 1908.
Illustration : peinture de Cecililia Beaux.

Le Tigre n’est pas content

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M. Clemenceau est un peu agacé des manifestations qui se font autour de M. Poincaré et auxquelles le nouveau président se prête avec une bonne grâce inlassable.

La semaine dernière, il rentrait chez lui, accompagné de M. Jeanneney, son fidèle compagnon de luttes anti-proportionnalistes. Il trouva sous la porte son concierge qui regardait passer la vie, avec une béatitude philosophique. M. Clemenceau est familier avec le préposé au cordon. Il l’apostropha avec sa brusquerie de bon garçon :

Qu’est-ce que vous faites là ? Vous ne faites rien ?

Le concierge confessa d’un geste qu’il était inoccupé. Alors, le Tigre, excellent démocrate, lui dit :

Eh ! bien, prenez une feuille de papier blanc, mettez-y votre signature, faites la signer par vos confrères du voisinage, et écrivez à M. Poincaré que les concierges du quartier veulent lui offrir un banquet. Il viendra.

« Le Cri de Paris. »  Paris, 1913.
Illustration : peinture de Emmanuel Gondouin.