Gil Blas

Collecte

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Paul Verlaine ne dédaignait pas d’aller placer lui-même sa copie dans certains journaux, mais hélas ! le pauvre poète ne sut jamais compter.

Un jour, le Gil Blas avait reproduit un sonnet de Sagesse. Verlaine tout joyeux prit une voiture pour aller toucher ce qui lui revenait. A raison d’un sou la ligne, la somme, en comptant le titre et la signature, se montait à 80 centimes. Verlaine revint furieux.

Avec un bock que j’ai pris et la course, j’y suis de ma poche ! Désormais je ne lâche plus un seul sonnet à moins de cent francs.

Une autre fois il alla porter un poème à la revue Art et Critique. On lui proposa cinq francs qu’il accepta et qui lui furent payés immédiatement. Le lendemain il revenait, la mine courroucée :

Monsieur, dit-il au secrétaire de la rédaction, vous m’avez donné hier une pièce fausse, ce qui est fort désagréable.
— Cher Maître, qu’à cela ne tienne, en voici une autre, et qui, celle-là, est de bon aloi. Croyez à tous mes regrets pour une erreur certes bien involontaire.

Verlaine fit passer négligemment la pièce dans la poche de son gilet, puis on causa littérature. Le poète se disposait à prendre congé lorsque le secrétaire de rédaction lui demanda timidement ce qu’il avait fait de la pièce fausse.

Eh parbleu, répondit Verlaine avec une candeur charmante, je l’ai passée et je vous assure que cela n’a pas été sans peine.

Et soulevant son feutre avec une dignité hautaine, il gagna la porte et disparut.

« Le Monde illustré. » Paris, 1936.

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