Gilles Garnier

Loup-garou

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homme-animal

Pendant des siècles, le Loup-Garou a été le sujet des conversations dans les veillées. On y racontait ses prouesses et ses méfaits; il était la terreur des âmes crédules; on l’appelait aussi loup varou, loup varau, loup vérou, ou simplement le garou. Le nom de garou est donné à tout animal dans lequel s’est incarné momentanément un homme. L’animal peut être un mouton, un chien, une vache, surtout un loup.

Le loup-garou était toujours un homme vendu au diable, une espèce de sorcier qui pouvait se changer en loup. Il se frottait le corps avec un certain onguent, puis, sa transformation achevée, il se livrait à toutes les violences; il allait même jusqu’à tuer et manger des enfants.

Quelquefois, le sorcier se contentait de se couvrir d’une peau de loup et se rendait au sabbat à cheval sur un fuseau ou sur un manche à balai, après s’être frotté les aisselles et les jarrets avec une graisse spéciale. A Chisséria, la cérémonie était présidée par le diable en personne. On dit que près de l’église de Châtenois, sur l’emplacement d’un ancien couvent, se tenait le sabbat et qu’on entendait la musique au-dessus des Combattes. A Mouthe, c’était au Creux-des-Roches; à Larnaud, des loups garous féroces et effrayants tournaient en sarabandes folles autour de l’étang des Tartres ou des Tertres.

On connaît également les emplacements exacts de ces rondes infernales à Foncine-le-Haut, à Foncine-le-Bas, à Lavans, à Lavangeot, à Menotey, à Passenans, à Rochefort, à Relans, à Saint-Hymetière, à Vers-sous-Sellières, etc…

On parlait déjà de loups-garous dans l’antiquité. Chez les Grecs, on les appelait lycanthropes (lycos, loup; anthropos, homme), chez les Romains également, c’étaient des hommes qui se croyaient métamorphosés en loups. Ils en imitaient la voix, les cris, la voracité, les manières et commettaient toutes sortes de crimes. Ce n’était là, au fond, qu’une espèce d’aliénation mentale appelée « zoanthropie », dans laquelle l’aliéné se figure être transformé en animal. Les Druides, d’après l’opinion des Celtes, avaient le pouvoir de se changer en animaux, et particulièrement en loups.

On a, dans notre Comté, des traces officielles de l’existence des loups-garous ! En 1521, furent exécutés trois sorciers qui s’étaient changés en garous et qui avaient commis de nombreux méfaits, c’étaient Michel Udoh de Plasne, près de Poligny (Jura), Philibert Moutot et Gros-Pierre.

Au mois de décembre de cette même année, Burgot et Verdun furent brûlés à Besançon, comme loups-garous ayant tué et mangé plusieurs enfants.

Le 18 janvier 1574, Gilles Garnier fut, par arrêt du Parlement de Dôle, brûlé vif en cette ville comme « loup-garou ayant mains semblant pattes ». Il avait sous cette forme dévoré plusieurs enfants et commis d’autres crimes.

Vers cette époque, un jeune homme, Benoît Bidel, fut blessé mortellement par un loup-garou qui, découvert peu après, fut massacré par les paysans.

Depuis longtemps, il n’y a plus de loups-garous en Franche-Comté, ni de juges pour les condamner à mort. Malgré cela, l’a croyance en ces êtres fantastiques est encore si vivace et si terrifiante qu’il serait imprudent, un soir de mardi gras, de s’affubler d’une peau de bête et, dans cet accoutrement, de se promener dans les rues de certains villages.

« Revue des traditions populaires. » Musée de l’homme, Paris, 1908.

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