gloutons

Les gloutons

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velasquez

L’Écho de Château-Thierry nous raconte qu’un acte de sauvage gloutonnerie, quelque incroyable qu’il puisse paraître, a eu lieu ces jours derniers dans une petite commune des environs de Charly. 

Deux individus dont nous pourrions citer les noms, l’un vigneron du pays, l’autre restaurateur à Paris, après avoir passé la journée à boire, éprouvèrent le besoin de prendre quelque nourriture. Ils se firent donc servir, dans une maison où ils se trouvaient, une côtelette de veau, qu’ils convinrent de manger sans la partager, c’est-à-dire qu’ils devaient la prendre par un bout et le second par l’autre extrémité. 

Cette idée leur parut heureuse, et ils la mirent de suite à exécution. Telle était leur ardeur ou plutôt leur voracité, telle aussi était leur insensibilité, motivée probablement par leur état d’ivresse, que l’un d’eux ne s’aperçut qu’après coup et par le sang qu’il perdait qu’il y avait quelque chose d’extraordinaire en lui qu’il ne pouvait expliquer, ne ressentant, du reste, aucune douleur.

Dans son empressement à prendre la plus large part du festin, son compagnon lui avait coupé d’un coup de dent et avait englouti, sans s’en apercevoir, plus de deux centimètres de langue. Proh ! pudor

« Le Gourmet : journal des intérêts gastronomiques. » Paris, 1858.
Peinture de Vélasquez.

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