gluckistes et piccinistes

Effets de la musique sur divers animaux

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traite_musiqueChacun a pu entendre hurler des chiens agacés par les orgues de barbarie. Si l’on siffle devant un lézard qui s’enfuit, il s’arrête soudain, et, pour peu que l’air soit agréable, il l’écoute avec un plaisir visible.

Dans une ménagerie ambulante qui parcourait l’Angleterre se trouvait un grand lion. L’effet des notes élevées d’un piano, dont on jouait près de lui, fut d’exciter en lui une forte surprise. Mais à peine eut-on touché les notes basses qu’il se leva brusquement, ses yeux lancèrent des flammes; il s’efforçait de rompre ses chaînes, se battait les flancs de sa queue et paraissait animé d’une telle fureur que les femmes présentes à ce spectacle étaient glacées d’effroi. Il poussait des rugissements épouvantables. La musique ayant cessé, le lion se calma presque subitement.

Quant au loup, le son d’un cor de chasse lui est singulièrement désagréable. On peut aisément le mettre en fuite en jouant du violon ou en agitant fortement une sonnette.

En Amérique, quand un sauvage possède le talent de siffler avec agrément, il peut s’approcher sans difficulté de l’iguane et capturer ce gigantesque lézard, dont la chair est, dit-on, si bonne à manger. Comme tous les autres sauriens, l’iguane écoute la mélodie avec une attention telle qu’il en oublie le soin de sa propre conservation. Cela prouve que la mélomanie peut quelquefois être mortelle, témoin aussi les duels d’il y a cent ans entre les gluckistes et les piccinistes.

« Cosmos : revue encyclopédique hebdomadaire des progrès des sciences. » Paris, 2 juillet 1870.
Image : Wisconsin Historical Society.