Grecs

Trésor

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ali-pacha-janinaLes Grecs viennent d’éprouver une bien pénible désillusion. Depuis un siècle, une légende voulait qu’Ali, le fameux pacha de Janina, que Dumas père mit en scène dans son célèbre roman, Monte-Cristo, eut enfoui, dans les jardins de son palais, d’immenses richesses, se montant à soixante millions de florins d’or. 

Jusqu’à présent, on n’avait tenté aucune recherche pour trouver le trésor. Mais le change est aujourd’hui si bas, le cours de la drachme si pitoyable, qu’on songea tout naturellement aux florins d’Ali-Pacha. Quel secours pour les finances grecques si l’on mettait la main sur le magot ! 

Des recherches furent entreprises. On fouilla la terre, on explora les grottes des alentours… Hélas !… pas plus de trésors que sur la main ! L’or d’Ali n’était qu’une chimère… Les Grecs ont perdu pas mal d’illusions depuis quelques années : c’en est une de plus qui s’en va.

« L’Éclaireur du dimanche. » Nice, 1923.

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La licorne

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licorne-femmeLa licorne a passé pendant longtemps pour un animal fabuleux, bien à tort puisqu’elle existe au Thibet*. On en trouve beaucoup dans le voisinage d’un grand lac situé non loin  de la petite ville d’Atdza, et les habitants de ce pays n’attachent pas plus d’importance à cet animal qu’aux autres, ne se doutant nullement que son existence a été le sujet de bien des controverses. Voici les détails qu’a donnés sur la licorne M. Klaproth, un célèbre orientaliste anglais :

La licorne du Thibet  s’appelle, dans la langue du pays, séroum, tou-kio-cheou en chinois et keré en mongol. La licorne se trouve mentionnée pour la première fois chez les Chinois dans un ouvrage qui traite de l’histoire des premiers siècles de notre ère. Il y est dit que le cheval sauvage, l’argali et le kiotouam sont des animaux étrangers à la Chine, qu’ils vivent dans la Tartarie, et qu’on se servait des cornes du dernier pour faire des arcs qu’on nommait arcs de licorne

Les historiens chinois, mahométans et mongols parlent tous de la tradition suivante : En 1224, Tchinggiskhan se préparait à aller attaquer l’Indoustan. Ayant soumis le Thibet, il se mit marche pour entrer dans l’Enedkek (l’Inde). Comme il gravissait le mont Djadanaring, il vit venir à sa rencontre une bête fauve de l’espèce appelée sérou, qui n’a qu’une corne sur le sommet de la tête. Cette bête se mit trois fois à genoux devant lui comme pour témoigner de son respect. Tout le monde fut étonné de cet événement et le monarque s’écria :

« L’empire de l’Indoustan est, à ce qu’on assure, le pays où naquirent les majestueux Bouddhas et Baddhisatvas ainsi que le puissant Bogdas ou prince de l’antiquité. Que peut donc signifier que cette bête privée de la parole me salue comme un homme ? »

Cela dit, il rebroussa chemin et retourna dans sa patrie. L’Indoustan fut sauvé par une licorne. Ce fait, pour être fabuleux, ne démontre pas moins l’existence d’un animal à une seule corne dans les hautes montagnes du Thibet. 

Il y a dans ce pays des endroits qui tirent leur nom du grand nombre de licornes qui y vivent par troupeaux, tel que le canton de Sérou-dziong, c’est à-dire village de la rive des licornes, il est situé dans la partie orientale de la province de Kham et tout près des frontières de la Chine. licorneLes licornes hantent de préférence les pays qui ont des lacs salins, elles lèchent le sel qui est déposé sur les terres environnantes, elles ont une forme gracieuse qui rappelle celle de l’antilope, elles ont de grands yeux expressifs et fort beaux, elles sont d’une couleur rougeâtre à la partie supérieure du corps et blanche dans les parties inférieures, elles sont très farouches dans l’état sauvage. Il est impossible de les approcher, car elles s’enfuient au moindre bruit. Attaquées, elles font face à l’ennemi et elles résistent courageusement. Blessées, elles poussent des cris qui se rapprochent des cris humains. 

Le mâle et la femelle ont la même apparence. 

Les caractères distinctifs de la licorne sont d’abord une corne noire longue et pointue, ayant trois légères courbures avec des anneaux circulaires vers la base, ils sont plus saillants sur le devant que sur le derrière de la corne qui a généralement cinquante centimètres de longueur et dix centimètres de circonférence. 

Second signe distinctif, la licorne a deux touffes de crins qui sortent du côté extérieur de chaque narine. Beaucoup de soie autour du nez et de la bouche. Son poil très dur est creux comme celui de tous les animaux qui habitent le nord de l’Himalaya, il a environ cinq centimètres de longueur, il est si touffu qu’il fait l’effet au toucher d’une masse solide. En dessous de ce rude poil, la licorne a sur le corps un duvet fin, doux. Ceci est un trait distinctif propre à tous les quadrupèdes qui vivent dans les régions des monts Himalaya, et les fameuses chèvres dites kachemir le possèdent aussi, et c’est avec ce duvet  qu’on fait les châles cachemir. 

Il est probable que l’antilope-licorne du Thibet est l’oryx capra des anciens, elle se trouve aussi dans les déserts de la haute Nubie. Les Nubiens la nommant ariel, les Hébreux la nommaient reèm et les Grecs monokéros

*Thibet ou tibet : les deux transcriptions orthographiques sont possibles. Cela s’explique suivant qu’on accepte l’étymologie chinoise ou thibétaine du mot.

Louis De Vorth. « Les Deux mondes. » Paris, 1880.

La moutarde

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pub-moutarde

Ce condiment, sans être vieux comme le monde, remonte cependant à une antiquité très respectable.

Les Grecs l’appelaient sinapis (notre pharmacopée lui a conservé ce nom), et ils l’employaient réduite en poudre dans leurs ragoûts, comme nous employons le poivre. Les Hébreux et les Romains l’employaient comme les Grecs. Ce n’est qu’à dater de l’ère chrétienne qu’ils la préparèrent en pâte liquide en broyant le sinapis dans un mortier et en le délayant ensuite avec du vinaigre.

Sous saint Louis, les vinaigriers avaient seuls le droit de faire de la moutarde. A cette époque, les sauciers (une industrie perdue), à l’heure du dîner, portaient des sauces dans les maisons et couraient les rues de Paris en criant :

« Sauce à la moutarde ! — sauce à l’ail ! — sauce à la ciboule ! — sauce au verjus ! — sauce à la ravigote ! »

Qui en voulait appelait le marchand et choisissait selon son goût.

Louis XI, quand il allait dîner en ville, portait toujours son pot de moutarde avec lui.

Le pape avignonnais Jean XXII raffolait de la moutarde; ne sachant que faire d’un de ses neveux, qui n’était absolument bon à rien, il créa pour lui la charge de premier moutardier. De là le dicton appliqué aux sots vaniteux de premier moutardier du Pape.

La moutarde nous rappelle un incident scientifique qui remonte à une trentaine d’années et qui fit beaucoup rire :

Un savant avait trouvé dans des décombres un vase de faïence commun, dont la forme vulgaire se rapprochait beaucoup des vases domestiques nocturnes que nous employons, et sur lequel étaient peintes ces lettres : 

M. U. S. T.

A. R. D. A. D. I.

J. O. N. I. S.

L’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres fut convoquée d’urgence, et l’un des chambellans de la docte assemblée affirma que l’inscription signifiait :

« Vase contenant des parfums destinés à être brûlés en l’honneur de Jupiter. »

Et la trouvaille fut placée dans un musée.

Un jour, un épicier, qui visitait le musée, s’écria à la vue du fameux vase : « Ah ! un pot à moutarde ! »

Mustarda Dijonis : c’était écrit ! 

Le lendemain, le pot était extrait des vitrines et jeté avec mépris sur le pavé.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.

Arborophilie

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Albert-Bierstadt

Ceux qui se passionnent avec raison pour la vie et la beauté des arbres et qui organisent une « Fête de l’Arbre » verront que leur sentiment est renouvelé des Grecs, s’ils se remémorent cette petite anecdote racontée par Hérodote :

Traversant une contrée avec son immense armée, Xerxès rencontra un bel arbre et fut saisi de tant d’admiration qu’il lui passa aux branches ses colliers et lui donna des esclaves pour le soigner.

On retrouve, au Maroc, des dictons qui montrent les croyances relatives au culte et aux souffrances des arbres :

Chaque arbre est abrité par un génie. Il ne faut pas souiller un arbre. Si on est blessé par une branche d’arbre, on ne doit pas jurer, ni dire des sottises à l’arbre, ni casser la branche.

Il ne faut pas arracher un arbre vivant car il se venge. Quand le propriétaire d’un jardin meurt, les arbres apprenant sa mort donnent des signes de souffrance et ceux qu’il avait plantés de sa main dépérissent et meurent aussi.

Un savant hindou, il y a quelques mois, a décrété scientifiquement que les plantes avaient une sensibilité et un système nerveux. Si les arbres ont leurs souffrances, ils ont aussi leurs joies. Glorifions donc les arbres et, à l’instar des esclaves de Xerxès, soignons-les de notre mieux.

Mais, hélas ! répétons-le, l’automobile les tue sur nos avenues.

« Comoedia. » Gaston de Pawlowski , Paris, 1927.
Illustration : Albert Bierstadt