grenadier

Un vœu

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Le prince de Galles, ce jour-là, passait en revue un bataillon de sa Garde, qui devait s’embarquer pour lui servir d’escorte au cours d’un voyage au Canada. Tous, superbes garçons de six pieds six pouces, raides au port d’armer, et magnifiquement équipés. Un bataillon de réellement grande allure.

Avec son affabilité habituelle, le prince, allant d’un homme à l’autre, demandait quels désirs les grenadiers avaient à exprimer avant leur départ.

Devant un vieux soldat, sept fois chevronné, la poitrine couverte de médailles, le prince de Galles posa pour la énième fois sa question.

Je souhaite que Votre Altesse Royale ne se marie pas, fit l’homme.

Le jeune prince eut un petit sursaut de surprise :

Et pourquoi donc ?

Parce que, expliqua le vieux Guard, j’ai servi sous votre grand-père, j’ai servi sous votre père, je servirai sous Votre Altesse, mais je souhaiterais pouvoir prendre, un jour, un peu de repos.

« Marianne : grand hebdomadaire littéraire. » Paris, 1933.
Illustration :Voyage du prince de Galles au Canada, à Vancouver le prince passe une revue des Canadian Scottish.Agence Rol. 1919.

Le père la violette

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bonaparteVoici quelques particularités peut-être encore inconnues de la plupart  sur les causes qui firent de la violette un signe de ralliement au parti bonapartiste.

On a forgé, sur le nom de cette fleur, une conspiration dont tous les éléments sont faux, écrivait là-dessus en août dix-huit cent quinze les Annales lyonnaises : Le hasard seul fit de la violette un signe de reconnaissance : voici le fait tel qu’il s’est passé, nous le tenons des intéressés directs.

Trois jours avant son départ pour l’île d’Elbe, Buonaparte, accompagné du duc de Bassano et du général Bertrand, se promenait dans le jardin de Fontainebleau : le prince était encore incertain s’il devait paisiblement se rendre dans son exil. Le duc de Bassano lui prouvait qu’il n’était plus temps de reculer. Vivement affecté des objections de son secrétaire, Napoléon marchait toujours, et ne sonnait mot. Il n’avait rien à répondre. Il cherchait au contraire quelque distraction à l’embarras qu’il éprouvait.

Il avait à côté de lui un joli enfant de trois à quatre ans qui cueillait des violettes dont il avait déjà fait un bouquet.

Mon ami, lui dit le prince, veux-tu me donner ton bouquet ?
Sire, je veux bien, répondit le jeune garçon, en le lui présentant avec une grâce infinie.

Buonaparte reçut le bouquet, embrassa l’enfant qu’il reconnut pour être celui d’un des employés du château et continua sa promenade. Après quelques minutes de silence : 

Eh bien ! messieurs, dit-il à ses courtisans, que pensez-vous de cet enfant ? Le hasard de cette rencontre est selon moi un avis secret d’imiter cette fleur de modeste apparence. Oui, messieurs, désormais des violettes seront l’emblème de mes désirs.
Sire, lui répondit Bertrand, j’aime à croire pour la gloire de Votre Majesté que ce sentiment ne durera pas plus que la fleur qui l’a fait naître.

Le prince n’ajouta rien et rentra chez lui. Le lendemain on le vit se promener dans le jardin avec un petit bouquet de violettes à la bouche, quelquefois à la main. Arrivé près d’une plate-bande, il se mit à cueillir de ces fleurs. elles étaient assez rares en cet endroit. Le nommé Choudieu, grenadier de sa garde, alors en sentinelle, lui dit :

Sire, dans un an vous en cueillerez plus à votre aise, elles seront plus touffues.

Buonaparte, extrêmement étonné, le regarde :

Tu crois donc que dans un an je serai ici ?
Peut-être plus tôt. Au moins nous l’espérons.
Soldat, tu ne sais donc pas que je pars après-demain pour l’ile d’Elbe ?
Votre Majesté va laisser passer l’orage.
Tes camarades pensent-ils comme toi ?
Presque tous !
Qu’ils le pensent et ne le disent pas. Après ta faction, va trouver Bertrand, il te remettra vingt napoléons, mais garde le secret.

Choudieu, rentré au corps de garde, fit observer à ses camarades que depuis deux jours l’empereur se promenait avec un bouquet de violettes à la main :

Eh bien ! maintenant, il faudra le nommer entre nous « le père la violette ».

En effet, depuis ce jour, toutes les troupes, dans l’intimité des chambrées, ne désignèrent plus Napoléon que sous le nom du père la violette. Ce secret perça insensiblement dans le public et, dans la saison des violettes, les partisans de l’ex-monarque portèrent tous cette fleur qui à la boutonnière, qui à la bouche. Ce fut à cette marque qu’ils se reconnurent.

« Hier, aujourd’hui, demain. Gazette historique. »  Paris, 1923. 

Discipline militaire

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Le public ne connaît qu’imparfaitement les règles de la discipline militaire auxquelles sont soumises les troupes casernées à la Tour de Londres. Une cérémonie plaisante est celle qui a lieu tous les soirs pour la fermeture des portes.

Le gardien, les clefs en main , se met en marche accompagné de douze hommes commandés par un sergent et un caporal. Chaque sentinelle, comme il est d’usage, crie :     

— Qui vive ?
Le gardien répond :
les clefs !
Quelles clefs ?
Les clefs de la reine Victoria.
Clefs de la reine Victoria, passez ! dit la sentinelle.

L’escorte continue sa route.

A Spurgate, le sergent et son escorte s’alignent et saluent les chefs en présentant les armes. Le gardien se découvre respectueusement et s’écrie :

Dieu bénisse les clefs de la reine Victoria  !
Amen! répond la garde.

La cérémonie se termine là.

Il y a quelque temps un grenadier écossais schismatique fut jeté au cachot, et y resta trois jours, parce qu’il avait refusé de prendre part à la prière. Le soldat disait pour se justifier qu’il voulait bien bénir la reine de tout son cœur , mais que sa conscience ne lui permettait pas de bénir les clefs de la Tour.

« Le Crime : almanach des cours d’assises pour l’année 1846. » Hinzelin et Cie, Nancy, 1846.

Les courbettes du grenadier

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Après la bataille de Rosbach, les hussards noirs du Roi de Prusse, connus sous le nom de têtes de mort, poursuivaient les troupes françaises qui venaient d’être battues. Un des généraux prussiens apercevant un lieu écarté où l’on combattait encore, s’approche, et voit un grenadier français aux prises avec six de ces hussards.

Le grenadier était retranché derrière une pièce de canon, et, jurait, en combattant toujours, de mourir plutôt que de se rendre. Le général, admirant sa valeur, ordonne aux hussards de suspendre leurs coups, et dit au Français:

Rends-toi, brave soldat; le nombre t’accable, la résistance est inutile.
Du tout, du tout, répondit l’intrépide grenadier, je lasserai ces gens-ci et je rejoindrai mon drapeau, ou bien ils me tueront et je n’aurai pas la honte d’avoir été fait prisonnier.

Ton armée est en pleine déroute.

Je ne le sais que trop. Mais, morbleu, si nous avions eu un général comme le Roi de Prusse ou comme le Prince Ferdinand, je fumerais aujourd’hui ma pipe dans l’arsenal de Berlin.

Je donne la liberté à ce Français, dit le général prussien; hussards, suivez-moi; et toi, mon brave grenadier, prends cette bourse et va rejoindre ton corps. Si le roi mon maître avait cinquante mille soldats comme toi, l’Europe entière n’aurait que deux souverains, Frédéric et Louis.

Je le dirai à mon capitaine; mais gardez votre argent. En temps de guerre, je ne mange de bon appétit que celui de l’ennemi. Vous, vous êtes digne d’être Français.