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Grève d’antan 

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Porteurs de sel à Venise, 1889

Une des premières et des plus curieuses grèves dont l’histoire fasse mention est assurément celle qui éclata à Paris, parmi la corporation des hanouards durant les funérailles du roi Charles VII. 

Les hanouards ou porteurs de sel, n’étaient point sans analogie avec nos modernes forts de la halle. Ils jouissaient du singulier privilège de porter également, de Notre-Dame à Saint-Denis, les corps des défunts rois — prérogative dont le chroniqueur Jean Chartier nous donne une explication assez subtile : « c’était, dit-il, afin de faire voir que la mémoire des rois, de même que le sel, se conserve toujours. » 

Cette fonction honorifique leur valait, d’ailleurs, des avantages pécuniaires qu’ils étaient loin de dédaigner. Et c’est précisément parce que le trésorier royal s’était montré vis-à-vis d’eux d’une pingrerie contraire à tous les usages, que les hanouards, blessés dans leurs intérêts aussi bien que dans leur amour-propre, résolurent de manifester leur mécontentement à l’enterrement de Charles VII. Ils s’arrêtèrent à mi-chemin et, sans plus de façon, déposèrent à terre le cadavre du roi, refusant d’aller plus loin.

Ils ne reprirent leur royal fardeau que lorsqu’on leur eut assuré un salaire de dix livres parisis

« Le Rappel. » Paris, 15 mars 1909.

Le bon exemple

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« Floréal. » Paris, 1920.

Solidarité

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A New York, des ouvrières se sont mises en grève.  La haute société féminine américaine est solidaire, et à la tête du mouvement, se trouve maintenant miss Anne Tracy Morgan.

La fille du célèbre milliardaire soutient « ses sœurs moins fortunées » de son argent et les encourage de sa parole et de sa présence. On sait que le père de Miss Annie, sans agréer la conduite de sa fille, n’envisage pas qu’il puisse rien tenter pour la dissuader de s’associer à cette grève.

John Pierpont Morgan lui aurait donné, à l’occasion de Noël, un très gros chèque. La « meneuse » milliardaire a fait cadeau de la somme à ses protégées.

Grève d’un nouveau genre

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C’est un signe des temps, un curieux « tournant » d’histoire moderne, qu’il faut enregistrer pour la postérité: les pilotes d’une Compagnie d’aviation hollandaise se sont mis en grève la semaine dernière à propos d’une question de salaires. Le fait est nouveau et sans précédent, mais vous le voyez il y a commencement à tout !

Après avoir ramené leurs « zincs » aux aéroports d’Amsterdam et de Rotterdam, les aviateurs-grévistes ont abandonné le travail, refusant de repartir tant, que leurs revendications ne seraient pas écoutées favorablement. Voici comment a éclaté ce singulier conflit :

L’aviateur Van Dyck a été chargé par sa Compagnie d’assurer le 25 septembre prochain le service aérien d’Amsterdam à Batavia, petite balade de 14.000 kilomètres qui fut réalisée pour la première fois par le lieutenant Koppen et le pilote Fryns, du 1er au 10 octobre 1927.

Or Van Dyck, estimant ses appointements insuffisants, a déclaré qu’il ne marchait pas, et au lieu de l’augmenter, on lui a résilié son contrat. Tous ses camarades, mécontents, se sont aussitôt solidarisés avec lui. C’est un rude métier que le leur : il veulent être payés davantage, et, pour l’obtenir, ils n’ont pas hésité a proclamer la grève au manche à balai.

Les patrons furent terriblement embêtés, car s’il est possible de trouver, en temps de grève, des maçons ou des plâtriers disposés à travailler, il est beaucoup plus difficile de se procurer à volonté des as capables de conduire un aérobus jusqu’à Batavia… Heureusement qu’a été inventé l’avion sans pilote, et il fut question d’utiliser quelques-uns de ces étonnants « gyropilotes automatiques ».

Ainsi l’automate substitué a l’homme, semble appelé à bouleverser, dans un avenir peu éloigné, toutes les vieilles conditions de la vie sociale.

« Hebdomadaire de Paris. » Paris, 1930.

Ces pelés, ces galeux

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Demandez à quiconque de ces gens distingués qui se piquent de représenter le bon sens, ce qu’ils pensent de la vie chère, ils vous répondront avec un ensemble touchant : « C’est la faute aux ouvriers! »

Interrogez-les sur la rareté de la volaille, sur le bolchevisme, sur les grèves, sur n’importe quel sujet dont ils parlent d’autant mieux qu’ils s’y connaissent moins, le refrain ne varie pas : « C’est la faute aux ouvriers ! » La formule est commode. Elle décharge d’un bloc sur le dos de ces pelés, ces galeux, tout le fardeau des erreurs, des fautes, des difficultés de l’heure.

Un bonhomme me contait ce matin : « Vous verrez, la grève finie, ce que la vie va coûter ! Ils veulent gagner cinq cents francs par jour ! »

Ce bonhomme exagérait, mais il ne faisait guère qu’amplifier légèrement l’opinion de beaucoup, absolument convaincus que les grèves sont la cause du renchérissement constant de toute denrée, comestible ou vestimentaire. Que nous payions plus cher, chaque fois qu’un travailleur ou une travailleuse exige de manger à sa faim, de s’habiller décemment, c’est un fait peut-être, mais le malheur, quand on raconte cette histoire, c’est de la commencer à l’envers. Au lieu de rendre responsables le vendeur ou la vendeuse, il serait plus juste d’incriminer le gros commerçant qui, sous aucun prétexte, n’accepte de diminuer ses énormes bénéfices.

Au lieu de crier après la receveuse, il serait davantage raisonnable de calculer les revenus des actionnaires. Au lieu de crier que le coltineur, faisant grève, nous empêche de sucrer notre café, il serait équitable de dénoncer la rapacité du raffineur, qui entasse, an par an, plusieurs millions.

Mais cela demande cinq minutes de réflexions sincères. Un tel effort n’est pas à la portée de tout le monde, probablement !

Fanny Clar. « Le Populaire. » Limoges-Paris, 9 juin 1919.
Illustration : peinture de Gromaire.

La grève des chemins de fer

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greve-cheminotsNous avons failli ne plus avoir de voyages en chemin de fer. A l’exemple des employés de la Compagnie des omnibus et des garçons boulangers, les employés de chemins de fer ont tenté, eux aussi, de se mettre en grève.

Mais le sentiment public s’était trop vite et trop vivement prononcé contre eux pour que cette nouvelle grève aboutît : en quelques jours, en effet, elle a avorté. Elle avait donné lieu à beaucoup de réunions de grévistes, dont l’une, la principale, dans la salle du Tivoli Vaux-Hall, le 21 juillet. Elle a été marquée par un événement bien singulier.

Il s’agissait, dans cette réunion qui devait être décisive, d’emporter de haute lutte un vote qui décidât la grève générale, et pour l’obtenir il était nécessaire de prouver que le syndicat avait des fonds suffisants pour soutenir les grévistes. Le bureau venait d’être constitué, lorsqu’un « petit bleu » est remis solennellement au président. Celui-ci l’ouvre avec précipitation, et en donne aussitôt lecture avec une satisfaction non dissimulée. En voici le texte :

Chambre syndicale des ouvriers et employés de chemins de fer français.

Citoyens,

Votre cause me parait tellement juste que, pour en hâter le triomphe, je m’empresse de mettre à votre disposition la somme de 100,000 francs, jusqu’à concurrence d’un demi-million ou au résultat définitif et victorieux de la grève.

Chaque homme gréviste, à partir de demain, touchera 5 francs par jour (Paris et la province).

La Commission syndicale régulière peut venir percevoir chez moi, demain dix heures, 7, avenue Velasquez, parc Monceau.

Henri Cernuschi.

Des applaudissements unanimes accueillent l’annonce de ce subside non moins considérable qu’inattendu. Cependant quelques incrédules paraissent douter de l’authenticité du télégramme, et demandent qu’une délégation soit envoyée à M. Cernuschi pour s’assurer de la vérité.

Hélas… le télégramme était faux. M. Cernuschi était en voyage, et ne pensait guère à ce moment-là ni à la grève ni aux grévistes.

Ce télégramme n’était cependant pas l’œuvre d’un fumiste : il avait été rédigé par quelques-uns des principaux meneurs, dans l’espérance qu’il enlèverait le vote nécessaire à la grève.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.

Illustration : Grève à Villeneuve : le cheminot Chevreau haranguant ses camarades à Vincennes. Agence Meurisse. 1920.

La grève des maçons

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Lundi dernier, on remarquait à Lausanne un mouvement inaccoutumé. Un cortège composé de quelques centaines de maçons et autres ouvriers en bâtiment, parcourait la ville avec tambours et drapeaux. Une mouche avait piqué ce peuple travailleur.

Quelques patrons, chez qui la lecture de la Case de l’Oncle Tom n’avait sans doute pas causé grande émotion, venaient de prendre la résolution de supprimer l’heure de répit accordée aux ouvriers, dans l’après-midi, pour prendre quelque nourriture.

La carrière du maçon serait-elle trop lucrative, son travail offrirait-il trop de charmes, aurait-on peut-être semé, jusqu’ici, trop de roses sur le chemin de ce fidèle et assidu compagnon du granit, du mortier et de la truelle ?… Nous ne le pensons pas.

Messieurs les entrepreneurs, avez-vous bien examiné comment vit l’ouvrier qui exécute en prose les plans que vous tracez poétiquement sur le papier ; l’avez-vous remarqué, assis au bord d’un tas de pierre, mangeant à la hâte un morceau de pain sec; l’avez-vous vu quitter la ville pour se rendre dans un chantier plus éloigné, portant au bout d’un échalas l’éternelle miche de pain, et se contenter de cette simple nourriture variée par une soupe que les poissons pourraient revendiquer comme leur élément ?…

Vous me direz peut-être que le maçon a de nombreuses et bonnes aubaines, qu’il s’accorde assez souvent, dans les grands hôtels du Petit Saint-Jean, la bouillie aux haricots précédée et suivie d’un morceau de pain ; qu’il a pour dessert son brûle-gueule ; qu’il joue, le soir, à la maura ; que l’harmonica lui procure des jouissances artistiques ; qu’enfin, s’il ne se casse pas le cou en tombant d’un échafaudage, il a la chance, lorsqu’une maison est achevée, de boire quelques verres de petit blanc. Eh bien messieurs, si ces agréments peuvent vous sourire, allez les partager quelques jours et venez nous dire ensuite si la grève de lundi n’avait pas sa raison d’être.

« Le conteur vaudois : journal de la Suisse romande. » 1865.