guérisseur

Le bienfaiteur…

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juge

A la 17ème Chambre, en l’année 1946, un nommé Leroux comparaît pour exercice illégal de la médecine.

Je n’ai jamais exercé la médecine : je suis infirmier, j’ai fait des piqûres.
— Vous avez surtout fait des ponctions dans la bourse de vos crédules clients, remarque le président Durkheim.
— N’exagérons rien, rétorque Leroux. Je prenais des prix raisonnables par ces temps de vie chère.
— Vous avez demandé 3.000 francs à une femme pour la faire maigrir. Elle pèse encore 90 kilos. Vous avez soigné un vieillard qui s’appelle Auguste Vieillard… Vous prétendiez le rajeunir : il est mort. Vous avez si bien piqué une cliente à la cuisse qu’elle est maintenant immobilisée avec un furieux anthrax. Enfin, plus de dix autres personnes se plaignent de vous.
— Ce sont des ingrats, dit Leroux.
— Soit ! tonne le président. 5.000 d’amende et un mois de prison avec sursis.
— C’est à vous dégoûter de faire le bien, s’indigne Leroux.

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L’homme aux miracles de New-Orléans

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 JOHN-OUDNEY
 John Oudney prêchant au milieu de ses fidèles et nombreux admirateurs.

La popularité obtenue dans un pays aussi moderne que les États-Unis, et dans une grande ville, par une sorte de prophète, le guérisseur John Oudney, est un fait extrêmement curieux.

Ce vieillard parle chaque jour devant une multitude recueillie, pleine de la plus entière confiance en son pouvoir merveilleux.

On l’appelle l »Homme aux miracles » mais il préfère son surnom de « Frère Isahah ». Aucune maladie ne lui résiste, sa force lui venant, déclare-t-il, de sa foi et de ses prières. 
« Le Miroir : publication hebdomadaire. »  Paris, 1920.

A propos de sorciers

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Albert Anker
Albert Anker

Il faut bien qu’il y ait encore des gens qui croient à la magie ou à la sorcellerie, puisqu’on vient de juger à Lausanne un soi-disant magicien ou chercheur de trésors, qui réussissait à vivre de son métier, ou à peu près. Nous aimons à croire que les dupes du susdit personnage ont juré qu’on ne les y prendrait plus. Quoi qu’il en soit, et pour leur édification spéciale, nous leur donnons aujourd’hui quelques précieuses recettes, tirées d’un vieux manuel qui nous est tombé sous la main, et qui paraît avoir appartenu à un mège de village, autant dire à un sorcier. Les bonnes gens qui aiment les secrets infaillibles du Grand Albert, et qui ont encore en vénération le Grand grimoire et la Clavicule de Salomon, y trouveront certainement leur compte. Nous ne garantissons ni le style, ni l’efficacité de ces merveilleuses recettes. (L. Favrat.)

Pour faire revenir quelque chose qui a été dérobé, quand il y aurait six jours, prends une pièce de quatre sous, et tu la fendras en croix, mais qu’il n’y ait point de pièce séparée, et tu la porteras en bas à un moulin qui moud, sans dire mot à personne, ni en allant ni en revenant; et en le mettant dans le moulin tu diras :

Tiens, diable, que tu me fasses rendre ce que tu m’as fait dérober; et que le diable qui a emporté le larron et le larcin, t’emporte jusques à tant que tu me l’aies fait retourner. Ou bien, tu jetteras un cruche dans le moulin qui mout, sans dire mot à personne, que comme ci-dessus; qu’il ait la croix d’un côté et de l’autre, et tout le larcin reviendra, moyennant qu’il n’y ait que vingt-quatre heures que le larcin ait été fait. Mais tu feras trois signes de croix.

Pour faire danser tous ceux qui sont dans une chambre, prenez du trèfle ou triolet, et le mettre en poudre, et de cette poudre vous en mettrez sur la chandelle et en jetterez par la chambre.

Pour rendre le vin propre à boire, prenez deux fioles, remplissez l’une d’eau et l’autre de vin; mettez-les vis-à-vis l’une de l’autre, et bouchez-les toutes deux avec une cheville de bois de sureau, qui soit propre et qui joigne bien; que le vaisseau de l’eau soit dessus, celui du vin dessous, tous deux bouchés avec la même cheville; au bout de 6, ou 8, ou 14, ou 20, ou 24 heures, ou d’un certain temps, le vin se trouvera dessus et l’eau dessous; éprouvez le vin qui a fait ce voyage, il ne cause aucun mal à personne, et même les malades peuvent en boire tous les jours un peu.

Pour donner la joie à ceux qui sont en banquet, mettez tremper quatre feuilles de verveine en du vin, arroser le lieu où se fera le repas, et ils seront tous contents el joyeux.

Pour prendre les taupes du pré au mois de mai, prenez une taupe en vie, et la mettez dans un pot de terre avec un peu de soufre; allumez, enfouissez en terre jusqu’au col le dit pot, la taupe criera et toutes les autres viendront et tomberont au dit pot; mais il faut que ce soit la nuit.

Pour faire passer les verrues, frottez-les fermement avec un morceau de chair de boeuf, presque jusqu’au sang, et l’enterrez; à mesure que la chair pourrira, les verrues disparaîtront.

Le véritable remède pour les chutes, pour empêcher que le sang ne se caille : Buvez un jaune d’oeuf en du vinaigre, cela empêche le sang de se cailler.

Pour rougeur et inflammation des yeux : Il faut appliquer et lier fortement sur la nuque de la personne affligée de la racine de mauve cueillie quand le soleil est au signe de la Vierge.

Pour se battre avec un autre, il faut prendre de la racine à neuf chemises, du chardon bénit el de la racine ä l’ours, et coudre cela à la ceinture de ses chausses, et quand on voudra attaquer quelqu’un, on mangera trois fois, gros comme un pois, de la racine de grande pimprenelle, en faisant sur soi trois fois le signe de la croix, et il n’y aura jamais homme qui vous puisse faire tourment.

Pour empêcher chien de te mordre, porte avec toi la dent d’un chien noir.

Pour guérir la rage et morsure de chien enragé, dites ou faites dire ces mots : Han, pax, max. Ou bien portez sur vous ces mots pendus au col : Berber, careau, redeat.

« Le conteur vaudois : journal de la Suisse romande. » 1864.

Le cas de M. Hildwein

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Image: Alain Houpert

Une affaire des plus étranges a été jugée le 22 de ce mois de décembre 1900 par le tribunal de Stockerau. Voici les faits:

L’accusé, M. Hildwein, propriétaire jouissant d’une très large aisance, était accusé d’exercice illégal de la médecine et sa femme était poursuivie comme complice du même délit. M. Hildwein est en butte à l’hostilité la plus acharnée de tous les médecins des environs, et il n’avait pas moins de neuf condamnations à son actif, avant la dixième et dernière qui vient de lui être octroyée.

Ce qui embarrasse ses adversaires, c’est qu’il n’accepte aucune sorte d’honoraires pour ses soins, et en second lieu qu’il ne fait suivre aucune espèce de traitement aux malades, ne leur administre pas de remèdes, ne leur impose pas de régime. Il est donc impossible de lui reprocher d’exploiter la naïveté humaine et il n’est pas davantage possible de l’accuser sérieusement d’exercice illégal de la médecine, puisque son action reste étrangère à toute médication.

En quoi consiste donc son traitement? M. Hildwein le déclare lui-même à l’audience. Il possède un crucifix qui lui a été donné par un haut dignitaire de l’Eglise; il appose ce crucifix au malade, à qui il recommande de prendre pour tout médicament, un peu de thé ou quelques gouttes inoffensives que les pharmaciens délivrent à tout venant sans ordonnance.

De nombreux témoins sont venus déclarer qu’ils devaient la santé à M. Hildwein qui ne leur avait jamais demandé un centime mais à qui ils avaient cru pouvoir se permettre d’offrir un présent. Le guérisseur confirme leur dire : sa femme fait quelques dépenses en linge et elle accepte à titre de simple dédommagement de modestes présents qui ne peuvent être regardés comme des honoraires, Chose singulière, il se trouve même un médecin, le docteur Hirsch, qui reconnaît le fait des heureux  résultats obtenus par M. Hildwein, en sorte qu’il n’est pas possible de révoquer en doute les guérisons, non plus que le caractère extra-matériel de l’action du guérisseur sur les malades.

L’avocat du prévenu s’est trouvé, comme le sont généralement les gens de sa confrérie, juste à côté de la question. Comme il ne fallait pas songer à nier que le prévenu eût essayé d’améliorer l’état sanitaire des gens qui s’adressent à lui, ce qui constitue un délit aux yeux des médecins diplômés, il a imaginé de soutenir que son client n’avait pas toute sa raison et qu’il obéissait à une sorte d’impulsion inconsciente, vivant dans l’idée chimérique qu’il avait un pouvoir et qu’il en devait user pour le bien de l’humanité.

Mais les docteurs du tribunal ont dû constater que le prévenu jouit de la plénitude de ses facultés, et que par ailleurs aucun fait sentant la duperie et encore moins l’escroquerie ne pouvait être relevé à sa charge..

Néanmoins, ils ont décide que si les intentions du prévenu étaient droites, et que si ses moyens étaient incapables de porter préjudice, le délit n’en subsistait pas moins, puisqu’il recevait des visiteurs, les interrogeait sur leur santé et prétendait améliorer leur santé. En conséquence, M. Hildwein a été condamné à quatre mois de prison et sa femme à deux mois, pour complicité.

La réputation de ce merveilleux guérisseur est considérable. Il reçoit chaque jour de 70 à 80 visiteurs et deux omnibus sont à la gare pour l’arrivée des trains qui amènent des malades des environs, de tous les points de l’Autriche et même de l’étranger. Mais la médecine. officielle n’admet ni qu’on guérisse sans diplôme et sans pharmacien, ni qu’on renvoie le malade sans lui demander d’honoraires.

Quant aux témoins qui sont venus certifier qu’ils avaient été guéris, les uns constatent tout simplement que l’apposition du crucifix leur a rendu la santé, les autres, comme le Dr Hirsch, doués d’une culture évidemment plus étendue, expliquent le phénomène en disant, que M. Hildwein « guérit par suggestion », ce qui jette une vive lumière sur le problème !

Aussitôt sorti de prison, M. Hildwein recommencera, comme il l’a déjà fait neuf fois, à recevoir ses visiteurs. Sa dernière condamnation remonte à l’année 1898, et quoiqu’il s’introduise chez lui une moyenne de 80 personnes par jour, il a fallu deux ans aux médecins et à leurs émissaires pour établir la base de leur accusation. L’opinion publique est pour lui, car non seulement son entier désintéressement attire la sympathie, mais même, sans parler des résultats merveilleux de l’apposition du crucifix, on est bien forcé de reconnaître la puissance de l’idée, qui anime cet homme puisque, riche et dédaigneux de tout profit, il va en prison délibérément pour la dixième fois en attendant la onzième.

« L’Écho du merveilleux. »  Paris, 1901.