guerre

Les joies du retour 

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Les histoires authentiques ne sont pas les meilleures. Celle-ci , pourtant, pour être vraie, n’en est pas moins savoureuse. Son seul défaut est de dater un peu, puisqu’elle remonte à l’avant guerre, celle de 1939. 

Un jour des Bloch 131, flambants neufs, furent remis à un groupe de reconnaissance basé à Bron. Le désir légitime de les étrenner décida les équipages à une sortie en vol de groupe sur Reims. Le voyage fut impeccable. A l’arrivée, le leader battit des ailes et ses ailiers se disloquèrent en renversement. L’atterrissage fut magnifique. Mais, sur le terrain, on renoua avec de vieilles connaissances, les chasseurs de la 5ème escadre. Et l’épanchement des sentiments les poussa tous vers le bar d’Escadrille.

Ce fut la tournée des grands ducs, tant et si bien qu’à l’heure du départ nos aviateurs étaient déjà un peu « partis », le leader en tête, c’est le cas de le dire. Celui-ci décolla à l’américaine et faillit se faire emboutir par son ailier gauche qui, plus raisonnable, préféra ensuite se tenir à respectable distance, au grand étonnement du chef de patrouille qui n’y comprenait goutte. 

A l’atterrissage à Bron, après un passage en rase-mottes à faire frémir toutes les branches des arbres, le leader prit sa piste et amorça sa descente. Mais le sol semblait se dérober étrangement aux roues de l’appareil. Le pilote, inquiet, rendit encore un peu la main…. Bruits de ferraille… de casserole… tintamarre du diable. Le train n’avait pas été sorti. Le chef de bord, qui était dans le « cigare » préposé à la garde de la « cave » ramenée de Reims, fit irruption dans le cockpit. Le pilote, l’air navré, complètement dessaoulé, ne cessait de répéter, les larmes aux yeux : 

— Plus d’alcool, plus d ‘alcool… De l’eau minérale… de l’eau minérale. 

Nous avions plus tard rencontré ce « casseur de bois »… Il n’a pas tenu sa promesse !

« Décollage. » Paris, 1946.

Il ne s’est rien passé dans la nuit du 4 août

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Alors que la nuit du 4 août 1789 vit l’abolition des privilèges, celle du 4 août 1936 ne vit rien se produire de sensationnel. Bien que les comètes aient « mauvais œil », du moins selon les croyances populaires, celle du 4 août 1936 est passée impunément tout près de la Terre, à peine à 26 millions de kilomètres. A la vérité, personne, cette fois, n’eut peur, et l’époque n’est plus où les comètes étaient considérées comme de sinistres présages de cataclysmes, de morts subites de personnages illustres, d’épidémies, de guerre, et même de la fin du monde !

Donc, cette comète Peltier, ainsi nommée du nom de l’astronome amateur américain qui l’a retrouvée et signalée au début de cette année, ne nous a apporté aucune des catastrophes redoutées. A moins qu’on ne lui attribue la guerre civile d’Espagne, ou le triste été que nous subissons. Le 8 juillet, elle est passée à son périhélie, c’est-à-dire au point de son parcours le plus rapproché du soleil, et l’autre nuit, celle du 4 août, elle était donc à sa plus courte distance de notre monde, c’est-à-dire qu’à part la lune elle était l’astre le plus rapproché de nous. On ne l’avait pas vue depuis Clovis, ce qui n’est rien d’ailleurs à côté de sa révolution autour du soleil qui dure quarante-cinq siècles !

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En tous cas, sa queue n’a pas balayé la Terre ! Les humains ont eu moins peur qu’en 1910, où l’idée de la fin du monde s’était terriblement ancrée dans l’esprit de beaucoup de gens. Une inquiétude singulière s’était manifestée, surtout en Hongrie, où plusieurs personnes mirent fin à leurs jours pour ne plus vivre dans l’angoisse.

« Je me suicide avant d’être tué, écrivait un Hongrois, je crains la mort apportée par un astre !« 

La panique fut d’ailleurs telle en Hongrie, que les instituteurs et les prêtres durent multiplier les conférences pour rassurer le peuple. Beaucoup pour faire bombance jusqu’à leur dernière heure, avaient vendu tout ce qu’ils possédaient, tant ils étaient certains de mourir le 18 mai, jour où le phénomène se manifesta. D’autres se jetèrent dans des puits, non sans avoir la précaution d’enfouir dans leurs poches, tout leur argent. Près de Trèves, en Allemagne, une mère devenue folle de terreur, noya son bébé, tandis qu’à Moscou les trois quarts des gens semblaient avoir été gagnés par la folie. Une grande dame jugea bon de s’adonner à l’alcoolisme pour ne rien « ressentir ». A Odessa des prières eurent lieu dans toutes les églises, pour supplier le ciel d’épargner le cataclysme à la Russie.

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C’était la fameuse comète de Halley, visible tous les 76 ans. qui avait provoqué une telle alarme, et qui, d’après certains, annonça la mort du roi d’Angleterre Edouard VII.

La première fois qu’on l’observa, ce fut en 837. Lorsqu’elle apparut dans le ciel. l’Empereur Louis le Débonnaire, affolé, appela son « astronome » qui lui annonça un changement de règne et la mort prochaine d’un prince. Le fils de Charlemagne, qui en avait conclu que sa propre vie était en jeu se livra à la prière et au jeûne. Il devait mourir trois ans plus tard.

Ce fut la même comète qui se manifesta en 1066, lors du débarquement des Normands en Angleterre. Les chroniqueurs prétendirent qu’elle servit de guide aux envahisseurs. A Bayeux, on voit une tapisserie attribuée à la femme de Guillaume le Conquérant où est représenté le roi Harold entouré de ses sujets tournant les yeux vers le ciel et levant les bras vers l’étoile fatale annonçant la bataille d’Hastings.

En 1264, la terreur provoquée par la comète ne contribua pas peu à la mort du pape Urbain IV et en 1456 le pape Calixte III lança l’anathème sur la comète et les Turcs ennemis de la Chrétienté qui assiégeaient Belgrade. Le pontife avait prescrit des prières spéciales, et c’est de cette époque que date l’Angélus de Midi.

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« Voilà mes destinées qui m’appellent ! » s’était écrié Charles Quint en 1531. lorsque la comète qu’Halley devait si bien observer plus tard se signala à nouveau. Celui qu’on put un moment considérer comme le maître du monde abdiqua, et ayant pris la bure monacale pour remplacer sa pourpre impériale, il se retira au monastère de Yuste.

Au printemps de 1773, le bruit s’était répandu qu’une comète devait bientôt se trouver sur le chemin de la Terre, la heurter, et infailliblement la broyer. L’alarme fut vive, notamment à Paris bien que l’astronome Lalande s’efforçât de rassurer la population et malgré les railleries de Voltaire dont on se rappelle la strophe :

Comète que l’on craint à l’égal du tonnerre,
Cessez d’épouvanter les peuples de la Terre
Dans un ellipse immense achevez votre cours.
Remontez, descendez près de l’astre des jours,
Lancez vos feux, volez, et revenant, sans cesse,
Des mondes épuisés ranimez la vieillesse.

Déjà Molière par la bouche de Trissotin n’avait-il pas évoqué la frayeur qui causaient les terribles nébuleuses :

Nous l’avons en dormant, Madame, échappé belle !
Un monde près de nous a passé tout au long
Et chu au travers de notre tourbillon,
Et s’il eut en chemin rencontré notre Terre
Elle eut été brisée en morceaux comme verre !

Presque toujours l’annonce de ces phénomènes célestes jetait les peureux dans les monastères ou les poussaient à léguer leurs fortunes aux moines.

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Comme une humble servante, Catherine de Médicis allait consulter l’astrologue Ruggieri sur l’influence que les astres voyageurs pouvaient exercer sur l’avenir de ses fils.

Cependant, « les Filles de l’espace » sont quelquefois bienveillantes : la comète de 1811 coïncida avec de merveilleuses récoltes et surtout des vendanges prodigieuses.

H. Cossira.« Le Monde illustré. » juin 1936.

Une goutte de morning

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Dernièrement, un de nos ténors (ils ne sont donc pas tous au front ? Après tout, celui-ci est peut-être réformé) fut sollicité d’aller à Londres prêter son concours à un grand gala de bienfaisance pour des œuvres de guerre.

Malheureusement, notre ténor ne sait pas un mot d’anglais. Quoique très alliance cordiale, il est tout à fait rétif à l’entente de la langue saxonne, ayant suffisamment affaire à comprendre la sienne. Il lui en arriva de ce chef une bien bonne. Très aimable de son naturel, il essayait donc quand même de lier conversation avec les organisateurs, et s’ingéniait, le sourire sur les lèvres, à essayer de saisir quelques mots entendus au passage, mais souvent mal traduits.  

Or, pendant l’entracte, un buffet improvisé avait été dressé dans le foyer des artistes. Le ténor s’y rend. Sur le seuil, le directeur, qui ne l’avait pas encore vu, lui dit-d’une façon charmante :

Good morning.

Le ténor hésite un peu, puis comme se ressouvenant, il répond tout à fait rassuré :

— Eh bien, moi aussi, je prendrai bien une goutte de ce que vous dites… à votre santé et à la Victoire !

« Le Carnet de la semaine. » Paris, 1918.

Fidélité

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Le temps de guerre a-t-il resserré les liens de la fidélité conjugale ? C’est une question de « morale », sujet philosophique très complexe,que nous n’avons pas à envisager. Contentons-nous de narrer une touchante anecdote.

Une de nos plus charmantes artistes, une de nos séduisantes « Miss », est mariée à un camarade qui se bat depuis les premiers jours, dans les défilés de l’Argonne. Appelée à créer le rôle d’une jeune fiancée, le directeur lui fait observer que l’anneau conjugal qu’elle porte au doigt n’est pas conforme à la situation du personnage qu’elle représente. Gentiment, il lui donne le conseil de l’enlever.

Alors, avec crânerie et fermeté, la jeune Miss lui déclare sans hésiter :

« Je rends mon rôle, monsieur, mais jamais je ne consentirai à jouer sans porter en ce moment l’alliance que m’a offerte mon poilu de mari. »

Et on dira ensuite que la fidélité conjugale n’existe pas au théâtre.

 » La Rampe. »Paris, 1916.
Illustration : Adolph von Menzel.

Inactivité

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Parmi les innombrables victimes de la guerre, il en est que l’on ne citeavocat jamais, et qui, cependant, sont au nombre des plus atteints : j’ai nommé les avocats.

La criminalité a disparu. Plus de voleurs, plus d’assassins, plus le moindre petit apache ! Donc, plus de prévenus, plus d’accusés, plus de gens à défendre… plus de causes pour les avocats. Les avocats sont peut-être les moins discutables des sans travail. Et pourtant ils ne touchent aucune allocation, pas le plus infime secours de chômage. N’y a-t-il pas là une lacune à combler ?

J’ai rencontré hier un malheureux, dépenaillé, loqueteux, affamé, auquel j’aurais vraiment dû donner deux sous. Renseignements pris, c’était Me  H… R… N’est-ce pas lamentable ?…

Je vois d’ici le jour où deux avocats joueront à l’écarté celui des deux qui se dévouera pour aller assassiner quelque inutile. Le gagnant défendra le perdant, et les tribunaux ne chômeront plus !

Quoi ? Il faut tenir !…

« La Rampe. »  Paris, 1915.

Comme à Mazagran !

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La défense de Mazagran, qui eut lieu en 1840, est un des plus beaux faits d’armes de nos guerres d’Afrique. Mais pourquoi un breuvage composé de café, d’eau et de sucre est-il appelé un mazagran ?

Cela tient à une circonstance de ce siège mémorable. Les cent vingt-trois Français qui, sous le commandement du capitaine Lelièvre, défendirent Mazagran contre douze mille Arabes, étaient abondamment pourvus d’eau, par un excellent puits qui se trouvait dans le retrait du fort. Mais l’eau-de-vie vint à manquer, et nos braves prenaient du café noir un peu sucré et fortement étendu d’eau. Or, une fois délivrés, nos soldats aimaient à prendre le café « comme à Mazagran », et cette expression, bientôt réduite à  « Mazagran » tout court, se répandit parmi les militaires, et les civils l’adoptèrent.

Dans les cafés parisiens, on désigne surtout par le nom de mazagran le café servi dans un verre, pour le distinguer de celui qui est versé dans une tasse, qui serait trop petite pour qu’on y pût ajouter de l’eau.

Eugène Muller. « Curiosités historiques et littéraires. »  Paris, 1897.

Potemkin

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La triste aventure de ce cuirassé russe au nom célèbre remet en lumière la figure très curieuse du général Potemkin, qui fut le favori de l’impératrice Catherine II.

Il était très beau, très brave, mais non moins adroit. Et, dès que Catherine eût arraché la couronne à la faiblesse de son époux Pierre III, il devint… ou feignit de devenir éperdument amoureux de sa souveraine. Le comte Orloff, qui régnait alors sur elle, crut s’en débarrasser en l’envoyant guerroyer contre les Turcs. Il se battit bravement, revint couvert de gloire, et, dès lors, sa faveur fut considérable. Il fut nommé prince, feld-maréchal, commandant en chef de toutes les armées, grand amiral, premier ministre, gouverneur de ceci, de cela, grand hetman des cosaques, etc. Il avait la puissance d’un souverain.

Il s’en montra digne par son ambition pour l’empire russe, accomplit la conquête de la Crimée, provoqua la guerre contre les Turcs à laquelle il s’était préparé longuement par l’organisation d’une puissante armée… Que nous sommes loin de ce temps-là !…

Il était devenu si puissant qu’un nouveau favori, Zoubof, essaya de le détruire auprès de Catherine. On le gêna alors beaucoup dans ses entreprises contre les Turcs, et il dut revenir à la Cour pour défendre ses projets. Comme il regagnait son armée, il fut pris en route d’un mal foudroyant : il expira au pied d’un arbre dans une vaste solitude. On supposa qu’il avait dû être empoisonné.

Si on a pu lui reprocher une vie de barbare, un goût effroyable pour le luxe et le désordre sous toutes ses formes, ainsi qu’un caractère passionnément sanguinaire, on ne saurait oublier qu’il fut un homme d’Etat remarquable, un général hardi et qu’il contribua considérablement à la grandeur du règne de Catherine II.

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire. »  Paris, 1905.