guerre

Fidélité

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Le temps de guerre a-t-il resserré les liens de la fidélité conjugale ? C’est une question de « morale », sujet philosophique très complexe, que nous n’avons pas à envisager. Contentons-nous de narrer une touchante anecdote.

Une de nos plus charmantes artistes, une de nos séduisantes « Miss », est mariée à un camarade qui se bat depuis les premiers jours, dans les défilés de l’Argonne. Appelée à créer le rôle d’une jeune fiancée, le directeur lui fait observer que l’anneau conjugal qu’elle porte au doigt n’est pas conforme à la situation du personnage qu’elle représente. Gentiment, il lui donne le conseil de l’enlever.

Alors, avec crânerie et fermeté, la jeune Miss lui déclare sans hésiter :

« Je rends mon rôle, monsieur, mais jamais je ne consentirai à jouer sans porter en ce moment l’alliance que m’a offerte mon poilu de mari. »

Et on dira ensuite que la fidélité conjugale n’existe pas au théâtre.

« La Rampe. »Paris, 1916.
Illustration : Adolph von Menzel.

Inactivité

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Parmi les innombrables victimes de la guerre, il en est que l’on ne citeavocat jamais, et qui, cependant, sont au nombre des plus atteints : j’ai nommé les avocats.

La criminalité a disparu. Plus de voleurs, plus d’assassins, plus le moindre petit apache ! Donc, plus de prévenus, plus d’accusés, plus de gens à défendre… plus de causes pour les avocats. Les avocats sont peut-être les moins discutables des sans travail. Et pourtant ils ne touchent aucune allocation, pas le plus infime secours de chômage. N’y a-t-il pas là une lacune à combler ?

J’ai rencontré hier un malheureux, dépenaillé, loqueteux, affamé, auquel j’aurais vraiment dû donner deux sous. Renseignements pris, c’était Me  H… R… N’est-ce pas lamentable ?…

Je vois d’ici le jour où deux avocats joueront à l’écarté celui des deux qui se dévouera pour aller assassiner quelque inutile. Le gagnant défendra le perdant, et les tribunaux ne chômeront plus !

Quoi ? Il faut tenir !…

« La Rampe. »  Paris, 1915.

Comme à Mazagran !

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La défense de Mazagran, qui eut lieu en 1840, est un des plus beaux faits d’armes de nos guerres d’Afrique. Mais pourquoi un breuvage composé de café, d’eau et de sucre est-il appelé un mazagran ?

Cela tient à une circonstance de ce siège mémorable. Les cent vingt-trois Français qui, sous le commandement du capitaine Lelièvre, défendirent Mazagran contre douze mille Arabes, étaient abondamment pourvus d’eau, par un excellent puits qui se trouvait dans le retrait du fort. Mais l’eau-de-vie vint à manquer, et nos braves prenaient du café noir un peu sucré et fortement étendu d’eau. Or, une fois délivrés, nos soldats aimaient à prendre le café « comme à Mazagran », et cette expression, bientôt réduite à  « Mazagran » tout court, se répandit parmi les militaires, et les civils l’adoptèrent.

Dans les cafés parisiens, on désigne surtout par le nom de mazagran le café servi dans un verre, pour le distinguer de celui qui est versé dans une tasse, qui serait trop petite pour qu’on y pût ajouter de l’eau.

Eugène Muller. « Curiosités historiques et littéraires. »  Paris, 1897.

Potemkin

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La triste aventure de ce cuirassé russe au nom célèbre remet en lumière la figure très curieuse du général Potemkin, qui fut le favori de l’impératrice Catherine II.

Il était très beau, très brave, mais non moins adroit. Et, dès que Catherine eût arraché la couronne à la faiblesse de son époux Pierre III, il devint… ou feignit de devenir éperdument amoureux de sa souveraine. Le comte Orloff, qui régnait alors sur elle, crut s’en débarrasser en l’envoyant guerroyer contre les Turcs. Il se battit bravement, revint couvert de gloire, et, dès lors, sa faveur fut considérable. Il fut nommé prince, feld-maréchal, commandant en chef de toutes les armées, grand amiral, premier ministre, gouverneur de ceci, de cela, grand hetman des cosaques, etc. Il avait la puissance d’un souverain.

Il s’en montra digne par son ambition pour l’empire russe, accomplit la conquête de la Crimée, provoqua la guerre contre les Turcs à laquelle il s’était préparé longuement par l’organisation d’une puissante armée… Que nous sommes loin de ce temps-là !…

Il était devenu si puissant qu’un nouveau favori, Zoubof, essaya de le détruire auprès de Catherine. On le gêna alors beaucoup dans ses entreprises contre les Turcs, et il dut revenir à la Cour pour défendre ses projets. Comme il regagnait son armée, il fut pris en route d’un mal foudroyant : il expira au pied d’un arbre dans une vaste solitude. On supposa qu’il avait dû être empoisonné.

Si on a pu lui reprocher une vie de barbare, un goût effroyable pour le luxe et le désordre sous toutes ses formes, ainsi qu’un caractère passionnément sanguinaire, on ne saurait oublier qu’il fut un homme d’Etat remarquable, un général hardi et qu’il contribua considérablement à la grandeur du règne de Catherine II.

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire. »  Paris, 1905.

Mort vivant

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Ticonderoga

Bougainville était aide de camp pendant la guerre du Canada. A l’attaque très vive du fort de Ticonderago, auquel les Anglais donnèrent inutilement, plusieurs assauts, il reçut, au plus fort de l’action, une balle au front qui le renversa.

Un officier qui le vit tomber, s’écria, en s’adressant au général de Lévis qui était peu éloigné :

Ah ! mon Dieu ! ce pauvre Bougainville vient d’être tué.
Eh bien, on l’enterrera demain avec beaucoup d’autres, répondit froidement le général, qui lui était cependant fort attaché, mais qui, dans un pareil moment, craignait, en paraissant sensible a cette perte, de décourager les soldats.

M. de Bougainville n’était qu’étourdi. Du coup, la colère lui rendit la parole. Il se relève en disant : 

Il me semble que vous vous consolez bien aisément de ma mort. Pourtant vous ne me ferez pas encore enterrer cette fois-ci.

Il guérit, en effet, et rendit son nom célèbre.

 
« Musée des familles. »  Charles Delagrave, Paris, 1896.

Heureux temps

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C’était en 1809. Napoléon était au château de Schönbrunn près de Vienne. Il venait de battre l’Autriche.

Un jour qu’il passait une revue, le grand maréchal du palais remarqua un jeune homme, tenant un papier à la main, qui cherchait à s’approcher de l’empereur. Il éveilla les soupçons. On l’arrêta. Il était porteur de deux poignards.

Il avoua nourrir le projet d’assassiner Napoléon. Ce dernier le fit interroger.

C’était un jeune Allemand qui répondait posément. Il avait la conscience de remplir un devoir. En supprimant l’empereur, il sauvait l’Allemagne.

 Et si on vous laisse libre, lui demanda-t-on, que ferez-vous ?
— Je recommencerai, répondit-il.

Napoléon, fort troublé, fit appeler son ministre Champagny.

Tout cela, lui dit-il, fait supposer une agitation qui peut nous être funeste. Faites des concessions à l’Autriche, je veux que la paix soit signée cette nuit.

Elle le fut.

Heureux temps où la paix se signait en une nuit !

C’est Champagny lui-même qui raconte ce fait dans ses souvenirs.

« La Grande guerre par les grands écrivains. » Messidor, Paris, 1919.

L’empereur Guillaume et le vingtième siècle

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On connaît certaines excentricités de l’empereur Guillaume. On se souvient qu’il avait décidé que le vingtième siècle commencerait le 1er janvier 1900, à la grande stupéfaction du monde allemand consulté..

D’après certains bruits, le kaiser, en prenant cette décision, aurait agi par superstition. Bien qu’il prétende le contraire, l’empereur n’oublie pas cette prophétie du moine Hermann de Lehninn, d’après laquelle il serait le dernier empereur de la race des Hohenzollern ; il doit disparaître « à la suite d’une grande guerre, qui ouvrirait et ensanglanterait le nouveau siècle. » L’année 1900; année de l’Exposition Universelle, ne devait pas être cette année funeste. En en faisant la première du nouveau siècle, c’était dérouter la prophétie et éviter les malheurs annoncés pour la première année du siècle… Quand on est superstitieux on doit s’attendre à tout !

La presse indépendante note ces explications avec ironie. Elle les voit les symptômes d’un état d’esprit inquiétant chez le souverain et en même temps une situation politique encore moins rassurante. Un peu partout, on a peur de l’année qui va commencer.

« L’Écho du merveilleux. »  1er janvier 1901.

caractères : Century Schoolbook