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Le distributeur facétieux

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Dans tous les bureaux de poste, les distributeurs automatiques de timbres rendent un grand service. Ils dispensent de l’attente, de cette danse devant le guichet, qui agacent les clients et préparent les interminables discussions avec l’employé. 

Chaque distributeur, en outre de la fente où l’on glisse le décime, et du passage réservé au timbre, comporte une ouverture avec cette indication : Fausse monnaie

— Qu’entendez-vous par « fausse monnaie ? » demandait, au cours d’une promenade boulevardière, l’un de nos amis, à un haut fonctionnaire des postes. Les contrefacteurs  ne perdent point leur temps à façonner de gros sous. Alors ? S’agit-il des sous étrangers ?

Mais, certainement, lui répondit-on… La monnaie de cuivre étrangère n’a pas le même poids que la nôtre et l’appareil la rend à cause d’un mécanisme provoquant une pesée. Vous êtes sceptique ? Bah ! nous voici tout près du bureau des Italiens et j’ai dix centimes, italiens également, sur moi. Venez ! 

Les promeneurs entrent dans le bureau. Souriant, le haut fonctionnaire met, comme dans la chanson, « ses deux sous dans la p’tite fente ». Et, en échange de la mauvaise pièce, apparaît un excellent timbre à dix centimes. 

Tête du haut fonctionnaire. Il hausse les épaules, il hésite, puis, avec une grimace, prenant le timbre : 

Bah! cela ne fait rien, grogne-t-il, je le donnerai à un pauvre. 

« Gil Blas. », 1913.

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Manuel du parfait fonctionnaire

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Sous la forme plaisante de conseils « d’un vieil employé à son fils », la République française nous donne quelques-unes des formules que le parfait rond-de-cuir, auquel nous sommes tous appelés à nous heurter, emploie pour assurer son repos, dit l’auteur de l’article, M. Albert Ladvocat, ou pour plus simplement parler, se défaire du public.

Quand un solliciteur (après une douloureuse station sur une banquette mal rembourée) se décide à frapper à ton carreau, tu commences à lui crier rageusement et à tout hasard : Adressez-vous à l’autre guichet, SVP !

S’il insiste pourtant, au lieu de répondre à ce qu’il te dit, tu lui demandes avant tout : Avez-vous des papiers ?

Il n’a pas de papiers, ou s’il en a, ce ne sont pas, bien entendu, ceux qu’il faudrait. Tandis qu’il fouille lamentablement dans ses poches, tu refermes ta petite grille en disant : C’est bon vous repasserez. S’il repasse en effet, pour couper court aux explications diffuses qu’il te donne, tu laisses tomber de tes lèvres ces simples mots : Nous aviserons : faites une demande écrite.

Tu ajoutes gravement que cette demande n’a pas besoin d’être affranchie, ce que le visiteur considère comme une faveur insigne. Il se confond en remerciements.

A la demande on oppose deux objections : La demande doit être faite sur papier timbré : puis, plus tard : Il faudrait faire légaliser les signatures.

La demande est mise dans un carton. Au bout d’un mois ou deux le solliciteur vient savoir « où en est son affaire ». On ne s’en est pas occupé, mais il faut bien répondre quelque chose.

Je te recommande cette phrase : Votre dossier est incomplet.

On demande bien entendu les pièces une à une : extrait de naissance, actes de décès, certificat de bonne vie et moeurs, etc., etc. Si l’importun résiste à toutes ces épreuves, on lui oppose autant de petites barrières. En voici un échantillon : Votre demande est transmise : l’affaire est dans les bureaux : le dossier ne nous est pas revenu; je dois en référer à mes chefs; écrivez une lettre de rappel, etc. 

Enfin après un an, deux ans, quelque fois plus, il faut se résoudre à trouver une solution : à ce moment-là, le solliciteur n’est plus très dangereux. Il a usé son énergie : il n’a plus la force de menacer, de se mettre en colère. En un mot, il est à point.

On l’accueille avec un sourire engageant : J’ai le regret de vous dire que nous ne pouvons donner suite à votre demande : elle n’est pas de notre ressort

Le malheureux se laisse choir accablé sur la banquette et demande d’une voix lamentable : Mais alors à qui faut-il que je m’adresse ?

Tu hausses les épaules et tu réponds simplement en fermant ton guichet : Adressez-vous à qui de droit. 

Et s’il parle de retirer son dossier, tu exiges d’abord un certificat d’identité, puis… Mais c’est assez, n’est-ce pas ?

« Le Progrès de Mascara. » 1895
Illustration : « Les Douze Travaux d’Astérix. » Goscinny / Uderzo.

Galanterie

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couple-enfantsLorsqu’il y a quelques jours, le gouvernement américain déclara le moratoire, il fut spécifié que la Caisse d’Epargne continuerait ses paiements.

Les épargnants se précipitèrent aux guichets de la Caisse et une longue file se trouva formée devant chacun d’eux. Au bout de la file, une femme qui portait un bébé attendait. On la laissa courtoisement passer et après avoir touché son argent elle se retira. Une autre femme avec un bébé se présenta alors et arriva très vite au guichet.

Mais quelqu’un avait reconnu le bébé qui, si on n’était pas intervenu, aurait servi une troisième fois à attendrir les trop galants Américains.

« Marianne : grand hebdomadaire littéraire. »  Paris, 1933.

Trois variétés de Robert Macaire

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Chez le banquier Robert Macaire, rien ne se fait comme chez les autres, la caisse au lieu d’ouvrir de neuf heures du matin à quatre heures du soir, n’ouvre que de minuit à quatre heures du matin.

Il existe une autre variété de Robert Macaire, chez lesquels on paie comme chez celui-ci, le moins souvent qu’on peut, la caisse ouvre à midi et ferme à midi, on ne paie que pendant que le marteau frappe douze coups, encore faut-il que le caissier soit arrivé, autrement, il faut revenir le lendemain, ainsi de suite, cela n’a point de fin.

Mais le plus fort, c’est celui qui constitue la 3ème variété; chez celui-ci la caisse ouvre à onze heures 45 minutes et ferme régulièrement à midi moins un quart. Pour peu qu’on réfléchisse à cet ingénieux système de paiement, on se convaincra sans peine qu’il ne doit pas satisfaire ses créanciers tous les jours.

Hilaire Le Gai, 1852.