Guillaume Tell

Rossini au boulevard 

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Georges Cain a conté l’anecdote.Elle prouve que si Rossini ne fut pas prophète en son pays à la première du Barbier de Séville, il le fut à Paris au lendemain de Guillaume Tell

Ce samedi d’août, à minuit, le boulevard Montmartre fut envahi par la foule, qui se  massa devant le numéro 10, surnommé « la boîte aux artistes », à raison de la qualité  d’un grand nombre de locataires. 

C’étaient les spectateurs sortant de l’Opéra, en grande toilette, bientôt suivis d’un groupe d’apparence bizarre, de gens porteurs de paquets. Les paquets étaient les instruments. Les porteurs étaient les musiciens de l’orchestre ! Leur chef Habeneck parut : tous venaient fêter Rossini par une sérénade à l’italienne ! On joua l’ouverture de Guillaume Tell, puis les trois créateurs, Dabadie, Nourrit et Levasseur chantèrent le trio du serment. Ensuite ils entonnèrent, à l’occasion de son départ, la cantate : 

Le ciel natal, hélas,  ♪
T’envie à nos climats;
♫ Tu nous quittes, mais ton génie
Ne nous quittera pas. ♫

Le plus amusant, c’est que Rossini n’était pas chez lui. Il arriva, voulut forcer les barrages. 

Je suis Rossini. 
— Allons donc! Tenez-vous tranquille ! On ne nous la fait pas ! 

« Comoedia. » Paris, 1920. 

Gioachino, mon petit lapin

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L’autre soir, raconte M. S. P. d’Ivoi, dans sa chronique, chez le maître des maîtres, Rossini, on faisait de la musique. On venait de chanter deux nouvelles mélodies de l’auteur de Guillaume Tell.

L’auditoire était enthousiasmé. Gioachino Rossini, tout habitué qu’il y est, était embarrassé des applaudissements qui éclataient de toutes parts. En ce moment, une dame, plus enthousiaste que les autres, s’approcha du maestro, et, lui prenant les mains, elle s’écrie :

— Ah ! mon Dieu, maestro ! vous avez tant de génie que je ne sais de quel nom vous nommer pour vous témoigner mon admiration.
— En effet, répond le maître avec un sourire, je comprends votre embarras.
— Vous appeler illustrissime maestro, c’est bien vulgaire, bien connu.
— Je le crois bien. Moi-même, écrivant à ma mère, je lui adressais mes lettres : A la signora Rossini, mère de l’illustrissimo maestro, reprit le maître en riant.
— Vous appellerai-je grand homme ?
— Peuh!
— Vous appellerai-je héros ?
— Oh ! oh !
— Vous appellerai-je dieu ?
— Tenez, madame, répondit Rossini avec une adorable bonhomie, appelez-moi tout simplement : 
monpetit lapin.

Tout le monde partit d’un éclat de rire, et la belle enthousiaste, un peu déconcertée d’abord, ne tarda pas à partager l’hilarité générale.

Robin. « La Féérie illustrée. » Paris, 1859.