Gustave Le Rouge

Pitreries d’un poète

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Voici une anecdote qui dépeint bien la gaminerie qui faisait le fond du caractère de Verlaine :

Un soir de carnaval, la rédaction de la Plume donnait un banquet littéraire suivi d’une soirée dans le sous-sol du café du Soleil d’Or. Verlaine y était attendu. Soudain on le vit paraître, mais en traversant la salle du rez-de-chaussée où se trouvait le café, il aperçut une troupe de jeunes gens affublés de masques en carton. Un de ces masques le séduisit par son peinturlurage criard, autant que par ses vastes dimensions. Il demanda qu’on le lui prêtât un instant, ce qui fut accordé sans peine. Il fit donc son entrée dans la salle du banquet avec une énorme tête de carton au grotesque sourire. Certains jeunes littérateurs d’allure grave furent légèrement estomaqués, scandalisés même de voir le grand poète ainsi déguisé. Mais lui ne fit que rire de leur froideur et de leurs mines compassées.

Une autre fois, Verlaine et Cazals sortaient de chez l’éditeur Vanier. Cazals fit remarquer au poète qu’il y avait un peu de poussière sur sa manche, et qu’il ferait bien de se brosser :

Moi, me brosser ? Jamais de la vie ! Est-ce que par hasard tu me prends pour mon domestique ?

Frédéric-Auguste Cazals & Gustave Le Rouge. « Les derniers jours de Paul Verlaine. » Mercure de France, Paris, 1923.
Peinture : Henri Fantin-Latour.

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