H.G. Wells

Jules Verne et la télévision

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jules verne et sa femmeOn n’a pas assez souligné la différence qui existe entre les anticipations de  H.G. Wells et celles de Jules Verne. Cependant, il faut noter que celles de Jules Verne se réalisent l’une après l’autre, tandis que Wells restera le maître du conte philosophique, mais a grande chance de n’être jamais reconnu comme l’annonciateur d’une grande invention.En particulier, dans le domaine de la T. S. F, Jules Verne a fait preuve d’une lucidité étonnante. Dans La Journée d’un journaliste américain en 2890, il prévoit et décrit non seulement les aérobus, les aérotrains, mais encore les journaux  projetés au domicile de chaque abonné et donnant, minute par minute, les nouvelles importantes. jules verneJules Verne  décrit aussi, avec une belle précision, le phonotéléphote, remplaçant le télégraphe et transmettant,  en plus de la parole, des images optiques. Or, quel sera pour Jules Verne le principe du phonotéléphote ? Le sélénium, dont les savants ne devaient s’occuper que 16 ans plus tard.

Dans un de ses derniers romans, et non des moins captivants, Le Château des Karpathes, il montre un grand seigneur transylvain, amoureux fou d’une cantatrice italienne, inventant d’étranges appareils qui, du théâtre, captent, à l’insu de tous, l’image et la voix de la cantatrice et les font s’épanouir à des centaines de lieues, dans une salle du château des Karpathes.jules verne cantatriceLa télévision est loin encore de pouvoir nous donner ces réalisations, mais nous sommes sûrs, maintenant, qu’elle y parviendra.

Les sans-filistes doivent célébrer le centenaire de Jules Verne, cet annonciateur de merveilles que nous attendons encore impatiemment.

La Parole Libre.
« Le Peuple : organe quotidien du syndicalisme. » Paris, 1928.

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Prophéties

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Il ne s’agit pas des prédictions historiques plus ou moins célèbres, plus ou moins précises,  qu’on a rappelées depuis le début de la guerre, ni de celle d’Hermann, moine du monastère de Lehnin dans le Brandebourg, concernant la destinée des Hohenzollern, et qui date de 1240.

Il n’est pas non plus question de la prophétie de Mayence, publiée en 1854, selon un manuscrit très ancien découvert dans un vieux monastère fondé par Sainte-Hildegade, et qui annonce la Bataille du champs des Bouleaux , ni de de celle du frère Johannès, (moine inconnu) dite aussi prophétie de l’Antéchrist, qui date de 1600 sur l’Empereur-Roi qui n’a qu’un bras et qui est fils de Luther, et sur la guerre universelle à la fin de laquelle le Coq, le Léopard et l’Aigle Blanc, triomphent de l’Aigle Noir et de l’autre Aigle, et chassent le Croissant.

Toutes, la dernière surtout à cause de la singulière vérité de ses détails, ont été lues avec curiosité car, dans les époques de grandes crises, les hommes, certains du moins, sont plus accessibles au surnaturel et le désir d’entrevoir l’avenir devient pour eux plus impérieux. 

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Mais les vrais prophètes de la guerre sont, si étrange que cela paraisse, des écrivains, dont l’imagination a su déduire logiquement ce qui serait de ce qui était. Dans leurs oeuvres, ce qui n’apparaissait que comme des fantaisies, attachantes sans doute mais irréalisables, frappe maintenant comme une vision logique réalisée par les terribles conditions scientifiques imposées à la guerre moderne. Du reste, ce n’est pas « des » écrivains qu’il faut dire, c’est « un » écrivain : l’anglais H.-G. Wells, dont le plan de guerre aérienne suscite un puissant intérêt chez nos alliés. A la suite des exploits de nos avions il a recommandé on le sait, dans une lettre publique, de porter le combat dans les airs en fabriquant des milliers d’aéroplanes qui, entre autres opérations, iraient détruire Essen, le grand centre des armements allemands.

La guerre actuelle, disent les personnalités compétentes est si peu stratégique qu’elle ouvre la porte à toutes les conceptions. Les idées de Wells méritent d’autant plus, semble-t-il, d’être prises en sérieux examen que, dans la suite de ses extraordinaires volumes, si magistralement traduits pour nous par B. Kozakiéwicz et Henry-D. Davray, il a su imaginer certains moyens de combat aujourd’hui réalisés et en outre annoncer, avec une étonnante clairvoyance, les aspects de la lutte et quelles seraient les puissances qui y prendraient part. Et il prédit la défaite de l’Empire allemand, c’est à dire l’expression organisée de l’esprit agressif allemand.

Dans Anticipations, paru en 1901. (remarquez cette date), dans la Fortnightly Review, Wells a prédit une guerre des Empires du centre, contre la Russie, l’Angleterre et la France alliées. Dans la Guerre des Mondes, il a prédit, avec la Fumée noire des martiens, les gaz asphyxiants des Allemands. De ceux-ci il a décrit le brutal appétit de domination mondiale et la préparation systématique de l’agression dans la Guerre dans les airs qui aurait pu être un enseignement pour ses concitoyens, en leur indiquant ce que pouvait être la lutte… Il est impossible de citer chacune des prévisions de cet étonnant génie, une des plus frappantes est celle qui envisage les conditions de la guerre de tranchées, et la création de Cuirassés de terre, forteresses blindées et mouvantes qui les franchissent en avançant à l’aide de pieds articulés. 

wells

On s’aperçoit en lisant Wells qu’il est un précurseur scientifique autant qu’un romancier d’un intérêt incomparable. Il fut du reste, homme de sciences avant d’être homme de lettres et cela explique toute la solidité de ses conceptions, toutes leurs possibilités ingénieuses et logiques. Déjà, avec Jules Verne, nous avions entrevu que les fictions imaginées par un romancier, même par un romancier pour les enfants pouvaient devenir des réalités. Ses sous-marins et ses machines volantes n’étaient certainement pas admissibles pratiquement, mais, ils étaient du moins l’intention générale, l’indication de ce qui serait, de ce qui est maintenant, réalisé.

Il y a quelques années des admirateurs de Wells proposèrent sérieusement de fonder pour lui une chaire de Prophéties modernes. Dans ce temps-là pourtant on ne savait pas encore à quel point il découvrait l’avenir. Depuis la guerre on se rend compte qu’il fut de ceux qui avaient « vu », avec le plus de netteté, avec le plus de logique. Les Anglais vont, peut être créer un ministère de l’Aviation et les journaux viennent de décrire leur super-biplan récemment établi. Ce n’est pas un mince honneur pour un romancier que de voir prendre en considération ses rêves par les chefs qui ont la tâche formidable d’organiser l’action, c’est à-dire la victoire. Ainsi le prophète moderne non seulement entrevoit l’avenir mais peut-être encore, contribue à le préparer…

Frédéric Boutet. « L’Ambulance / Croix verte. » Paris, 1915. 
Illustration d’en-tête : « La Guerre des Mondes. » Steven Spielberg (2005).

Désillusion

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Lors du dernier séjour que H.-G. Wells fit à Gênes il se rendit chez un antiquaire pour acheter une statuette antique qu’il avait vue dans la boutique. 

S’étant enquis du prix : 

Cinq mille lires. Mais, puisque c’est vous, je vous ferai un prix exceptionnel.  Je vous la laisse pour trois mille lires. 

On a beau dire : il est flatteur, même quand on est célèbre, d’être ainsi reconnu. Aussi Wells paya-t-il comptant, sans barguigner, heureux de l’occasion qui lui
était offerte. 

Où dois-je envoyer l’objet ? demanda alors le marchand.
— Au Grand-Hôtel.
— Fort bien. Et… à quel nom, je vous prie ? 

Depuis cette aventure, H.-G. Wells répète à tout venant que la gloire est un vain mot…

Humour britannique

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shaw-wellsBernard Shaw, ce dramaturge anglais dont les pièces sont toutes vouées à des succès durables, est un végétarien accompli. Il ne mange jamais de viande et fait sa pitance quotidienne de plats de légumes plus ou moins appétissants.

Un jour, il était attablé devant un énorme plat d’épinards, d’aspect plutôt peu engageant, quand H.G. Wells le visita. Le romancier anglais se mit à regarder avec curiosité  Bernard Shaw, puis s’enquit :

Dites donc, Bernard, ce plat d’épinards, est-ce que vous allez le manger ou est-ce que vous l’avez déjà mangé une fois ?

« L’Homme libre. » Paris, 1924.

Les Martiens

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mars

Comment sont faits ces Martiens qui, suppose-t-on, nous font signe ? Plusieurs savants ont émis, à ce sujet, des hypothèses, dont voici les principales, rassemblées par Sergines, dans les Annales Politiques et Littéraires.

On peut imaginer, dit le président de l’Académie Royale de Londres, que les hommes de Mars sont grands parce que la pesanteur y est faible, blonds parce que la lumière y est atténuée, ont quelque chose, avec plus de gracilité, des membres de nos Scandinaves, et ont aussi probablement le crâne plus élargi.

Leurs yeux bleus sont plus grands et doués d’une faculté d’accommodation plus étendue : leur nez est également plus fort, leurs pavillons auditifs plus grands. Leur tête volumineuse, leur vaste poitrine, leurs membres longs et grêles, l’absence de taille séparant le thorax de l’abdomen, leur donnent un aspect général assez différent de celui que nous présentons. Leurs grands yeux, leur nez puissant, à narines mobiles, leurs larges pavillons auditifs constituent un type de beauté que nous n’apprécierions sans doute pas beaucoup. 

M. H.-G. Wells, auteur d’une Guerre des Mondes, a une autre idée des Martiens.

Les habitants de la planète Mars, écrit-il, ont d’énormes corps ronds, ou plutôt ils ont pour corps d’énormes têtes rondes d’environ quatre pieds de diamètre avec un visage au milieu. Ce visage n’a pas de nez, mais une paire de gros yeux de couleur sombre et immédiatement sous les yeux une sorte de protubérance charnue. A l’arrière du corps se trouve l’oreille. La bouche est entourée de seize tentacules effilés semblables à des jouets.  

M. Camille Flammarion n’est pas de cet avis.  

Les habitants de Mars ne peuvent qu’être pareils à notre espèce humaine. Ils doivent être plus grands, plus légers, d’une forme différente. Ils doivent être aussi plus beaux que nous et meilleurs. 

Le professeur Hyslop, dans les Annales des Sciences Psychiques, a tracé le portrait d’un Martien d’après un médium, Mme Smead. Elle s’est bornée à dire :

Les habitants de Mars, en chair et en sang, ressemblent à des Indiens de l’Amérique du Nord. 

La Presse, de Montréal, a publié, en 1900, deux images de Martiens. L’une d’après l’astronome Nicolas Climius, dont le nom ne nous est pas très familier. Pour Nicolas Climius, le Martien (il l’a dessiné) est un homme-arbre. Son tronc est un vrai tronc ligneux et ses bras sont des branches. Quand les Martiens sont en mouvement, on croirait voir marcher la forêt dans Macbeth.

Tout autre est le Martien pour sir Himpfry Davy’s.

Le Martien, après études, est de taille immense. Il ressemble à un humain. Mais ses membres sont d’un développement extraordinaire.  

En un mot, et c’est pour lui assurer le respect de certaines gens, le Martien a le bras long. 

Sergines. « L’Écho du merveilleux. » Paris, 1913.

H.-G. Wells, conférencier

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h-g-wells-hatL’illustre écrivain anglais, H.-G. Wells, nous est venu rendre une visite amicale. Il a parlé en Sorbonne, et bien que son discours fût très austère, (il s’agissait de la mise au point de l’idée de démocratie), il sut enthousiasmer ses auditeurs.

Et cela nous rappelle qu’un jour, H.-G. Wells, devant faire une conférence, se laissa surprendre par la pluie. Il arriva, tout mouillé, à la tribune. Et là, souriant, il commença ainsi :

J’avais l’intention de vous parler de la littérature utilitaire. Mais je viens de découvrir toute la présomption de ce sujet. J’ai passé une grande partie de ma vie à travailler à un livre qui s’appelle Anticipations. J’y ai étudié ce que pourrait devenir le monde dans des centaines ou des milliers d’années. Et je n’ai su prévoir, en sortant, à l’instant, de chez moi, qu’il allait pleuvoir dix minutes plus tard …

Les Annales politiques et littéraires.  Paris, 1927.