Harry Grindell Matthews

Le rayon 

Publié le Mis à jour le

rayon-de-la-mortAllons, voici que le fameux rayon qui  tue, qui foudroie, qui arrête les avions et pourrait arrêter les cambrioleurs est un rayon français. Et l’un de ses inventeurs ne serait autre que l’énigmatique Edouard Benedictus.

Etrange personnage que cache ce nom d’alchimiste du Moyen Age. Chimiste, physicien, peintre, il débuta dans la vie comme décorateur, enleva dès sa première année la médaille aux Artistes Français, puis exécuta des décors de théâtre, notamment pour la série des représentations du cycle Shakespeare au Théâtre Antoine.

Quand Gémier eut à composer l’énigmatique Monsieur Beverley, il emprunta le faciès et la voix extraordinaire de Benedictus.

Mais cet étonnant personnage, n’est-ce pas un charlatan d’impeccable tenue. C’est un véritable savant. Chimiste, le premier, il conçut et réalisa le verre armé. Pendant la  guerre, il fut le seul autorisé à détenir certain produit toxique dont il avait tiré des gaz terribles. Il fut décoré comme inventeur. Et depuis, l’armée italienne lui acheta son invention d’une lampe à projection à angle de lumière variable. C’est en mettant cette lampe au point que Benedictus trouva le fameux rayon qui met aujourd’hui en lumière l’inventeur anglais Harry Grindell Matthews. 

Mais ce n’est pas là la plus grande invention de notre savant français. Il prépare certain élixir auprès duquel les petites choses du docteur Voronoff ne seraient, comment dire, que… cotonnades.

Ce n’est plus Benedictus, c’est Cagliostro…

« Candide. » 24 avril 1924.
Illustration : René Brantonne.

Publicités

Des ondes mortelles au mariage

Publié le

walska-matthewsLa superstition n’a aucune prise sur les savants. Harry Grindell Matthews le sait. En août 1924, n’occupait-il pas la première page des quotidiens du monde entier, pour y annoncer la naissance du rayon mortel ?

Treize ans après, treize, chiffre fatidique, M. Matthews à la même place qu’il eut dans la presse, nous dit son mariage avec Mme Ganna Walska. Curieuse coïncidence que ce chiffre mêlé à la vie de l’ingénieur, maître des ondes invisibles et mortelles qui va s’unir avec celle dont les ondes de la voix nous enchantent et nous charment !

Mais, au fait, qu’est devenu ce fameux rayon mortel ? Plus rien depuis quelques années ne nous a été communiqué sur les projets ou les réalisations du savant anglais. Silence que rompent seulement l’annonce d’un mariage prochain et cette phrase sèche, hypocrite, relevée dans un journal : M. Matthews qui fut l’inventeur d’un rayon mortel… méchanceté voulue, hypocrisie volontaire dans cette épithète évoquant un passé révolu, ou simplement indifférence provoquée par ignorance presque totale des résultats obtenus ? Qui le dira ? 

Evidemment, Harry Grindell Matthews avait beaucoup promis… Le voici parlant à un journaliste du Sunday Express :rayon-mortel

« Mes travaux, disait-il, ont pour buts : 

1° De perfectionner un système détecteur de la présence de sous-marins à une distance de cinquante kilomètres. 
2° De découvrir un rayon capable de tuer les germes de maladie. 
3° De créer une nouvelle défense aérienne de Londres. 
4° D’inventer des avions-fusées susceptibles de voyager à la vitesse de 10 kilomètres à la seconde et grâce auxquels l’homme pourrait atteindre la lune.
5° Enfin, préparer un rayon de la mort doué de la vitesse de la foudre et capable tout aussi bien d’arrêter des avions, des moteurs et machines à combustion que de tuer. » 

« Je pourrai donner à l’entente cordiale le moyen d’imposer la paix au monde entier, concluait-il. » 

S’il y a beaucoup de promesses, il y en a peu de tenues. Cependant, Matthews ne trouvera jamais de meilleures occasions que celles, nombreuses, qui se présentent sur notre pauvre terre humaine. Voici la guerre d’Espagne, voici, celle de Chine. Mais où est la paix ? rayon-mortDans tout homme, il y a un Wells, il y a un Jules Verne qui sommeille. L’imagination créatrice d’épopée, s’entoure, dans la pénombre de nos rêves, de monstres humains et d’êtres dont elle se joue, pour en être, à la fin, maîtresse : rien n’existe pour elle, ni la distance, ni la durée. Mais le songe fini, la réalité humaine naturelle, bornée, réapparaît. 

Je ne crois pas que M. Matthews soit un Jules Verne ou un Wells. Certains savants accueillirent en 1924, sa découverte, avec beaucoup d’espoir et suivirent des expériences au cours desquelles de la poudre a brûlé, une cartouche a éclaté, une petite souris est morte sous l’action du rayon ardent. Tout cela, c’est du positif (sauf pour la petite souris !), et possède un germe, une science nouvelle. g-matthiewsMais Marconi, maître des ondes hertziennes, à la recherche du fameux rayon de la mort, a révélé à ses intimes qu’il en était resté au domaine des expériences infimes, mais le Dr Esaü, de l’Institut physico-technique de l’Université d’Iéna, n’a pas renouvelé ses déclarations qu’il faisait en 1925, annonçant qu’il tuait des insectes et-même de petits animaux. Mais M. Charbonneaux, ingénieur français, en 1924, annonçait qu’il en savait et faisait autant que Matthews. Mais, le Français Garbarini-Benedictus, en 1917, avait déjà fait des essais. 

Que de sciences réunies pour trouver, en fin des expériences, la mort de l’homme !

Triste sort de l’intelligence humaine et du génie de quelques-uns.

Matthews l’a-t-il compris qui, désormais, veut consacrer ses jours à l’amour, régénérateur du genre humain. 

Denis Lucas. « Le Monde illustré. » Paris, 1937.
L’US Navy a testé un canon laser.