Haydn

Avec le nez

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haydn-mozartMozart, dont la Flûte enchantée ravit les mélomanes, aimait parfois à faire de petites farces. Un jour (c’est aux Annales qu’est empruntée l’anecdote), Haydn se trouvait avec Mozart, son jeune et déjà triomphant rival. L’auteur de Don Juan lui dit :

Maître, je parie que vous ne parviendrez pas à exécuter un morceau que j’aurai écrit.

Haydn tient le pari en souriant.

Voici, reprend Mozart, après avoir achevé d’écrire.

Haydn se met au clavier, place la musique devant lui et laisse courir ses doigts. Le peu de difficulté du morceau l’étonne. Mais, tout à coup :

Hé ! qu’est ceci ? J’ai mes deux mains employées, l’une touche à gauche, l’autre à droite et il y a une note à faire vibrer au milieu. Personne au monde ne peut jouer ça ! C’est une erreur !

Mozart s’amuse de la perplexité de l’exécutant, qui s’est levé. Il s’assied à la place restée vide et reprend le morceau à la première mesure, continue sans s’inquiéter, attend le passage impossible pour Haydn, baisse un peu la tête, appuie le nez sur la touche du milieu et poursuit sans encombre.

Alors, Haydn s’avoue vaincu et, donnant une pichenette au jeune Wolfgang :

Je vois, mon cher ami, que vous nous mènerez tous par le bout du nez.

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Haydn et la trompe

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haydn

Le célèbre Haydn descendit un jour dans l’auberge d’un village, à quelques lieues de Dresde. Il y rencontra une troupe de bons campagnards qui fêtaient gaîment un jubilé. Ils invitèrent Haydn à partager leur repas, ce qu’il accepta sans se faire prier et avec sa cordialité ordinaire.

Le propriétaire d’une ménagerie ambulante, qui se rendait à Dresde, était arrivé le même soir, fort tard, dans ce village, avec un éléphant. Il attacha cette bête près de la fenêtre de l’auberge, et alla se rafraîchir dans la salle d’entrée. Nos joyeux convives occupaient le premier étage. Ils mangeaient, buvaient et chantaient. L’âme bienveillante de Haydn s’était mise à la portée de ces bonnes gens. La gaîté la plus franche présidait à ce repas, et le bruit des verres retentissait au loin.

L’éléphant, naturellement attentif, eut probablement la fantaisie de prendre sa part des joies expansives qui se manifestaient au-dessus de sa tête. Il leva son immense trompe, l’appliqua contre la fenêtre, et ouvrit celle-ci sans peine. Cette trompe ne parut pas plutôt à travers l’ouverture, qu’elle manoeuvra à droite et a gauche, à la grande stupéfaction des assistants, renversa bouteilles, assiettes, flambeaux, chaises et tables. La plupart des pauvres campagnards se prosternèrent à terre, à moitié morts de frayeur, à la vue subite de ce gros serpent gris qui se mouvait dans l’air et portait le ravage sur tous les points.

Haydn eut besoin de toute son éloquence pour rassurer ses convives, bien qu’il ne pût pas encore s’expliquer lui-même la cause de ce phénomène. Heureusement le propriétaire de la ménagerie entra, et pria la société d’excuser la trop grande curiosité de son éléphant.

 Heugel.  Paris, 1834.