Hector Berlioz

Hector Berlioz

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hector_berliozL’un des compositeurs dont le génie honore le plus la France, un de ceux qui ont créé une musique vraiment personnelle, Berlioz, eut à lutter dès sa jeunesse contre des obstacles de toutes sortes pour arriver enfin au triomphe. 

Son père tout d’abord avait décidé que l’enfant serait médecin, et l’avait envoyé à Paris pour suivre les cours de l’École de médecine. Mais doué d’une imagination ardente, d’une sensibilité excessive, Berlioz n’eut pas la force de suivre une voie qui n’était pas la sienne, et déserta l’École de médecine pour le Conservatoire. Alors commença une lutte terrible entre sa famille et lui. Son père, au comble de l’indignation, le laissa absolument sans ressources, en regrettant de n’avoir pas de moyens plus rigoureux pour lui faire abandonner ses idées. Berlioz eut le courage de ne pas fléchir, mais connut des épreuves horribles. 

Engagé d’abord comme choriste dans un théâtre aux appointements de 50 francs par mois, il put ensuite se procurer quelques leçons de solfège et de guitare qui lui permirent de ne pas mourir de faim. Plus tard, quand, ayant surmonté toutes ces difficultés, il eut obtenu un premier prix de composition musicale et eut composé des morceaux que l’on admire aujourd’hui, il se heurta à l’hostilité impitoyable de ses rivaux; le public, monté contre lui, le sifflait; les musiciens mêmes qui exécutaient ses œuvres, gagnés par ses ennemis, apportaient la plus mauvaise volonté à interpréter sa musique et déterminaient ses échecs.berliozUne fois, Berlioz, ayant organisé un concert composé exclusivement de ses œuvres, vit les musiciens de l’orchestre se lever et partir en laissant la partition inachevée, sous prétexte que l’heure du départ fixée par le règlement avait sonné; le lendemain, on répandait le bruit que sa musique faisait fuir même les musiciens qui la jouaient. Une autre fois, dans l’exécution de Benvenuto Cellini, l’orchestre manifesta une malveillance tellement évidente que les auditeurs de bonne foi en furent indignés : ce qui n’empêcha pas l’ouvrage d’être sifflé et décrié. 

Le grand artiste Paganini qui admirait Berlioz le soutenait cependant avec chaleur; c’est Lui qui, ayant assisté à l’exécution d’Harold, se prosterna publiquement devant le musicien en s’écriant qu’il était l’égal de Beethoven. Le lendemain, Berlioz recevait de son admirateur une lettre renfermant une somme de 20 000 francs qu’on le priait d’accepter à titre d’hommage. On peut dire que dès lors ses épreuves étaient terminées et de nombreux triomphes remplirent le reste de sa vie. Parmi ses nombreuses compositions, il faut citer la sublime Damnation de Faust

Berlioz a su exprimer d’une manière incomparable les sentiments les plus divers de l’âme, la joie, la mélancolie, l’ardeur guerrière et la terreur. Il faut ajouter que cette œuvre admirable fut odieusement sifflée la première fois qu’on la joua et que son auteur dut éviter de la faire exécuter pendant longtemps.

« Les grandes infortunes. » MM. P.-A. Changeur et A. Spont. Paris, 1890.

Le régiment de colonels

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berlioz

Un monsieur, riche propriétaire, daigne présenter son fils à Hector Berlioz. Le jeune homme en question, âgé de vingt-deux ans, ne savait, de son aveu, pas encore lire la musique. 

 Je viens vous prier, monsieur, lui dit-il, de vouloir bien donner des leçons de haute composition à ce jeune homme, qui vous fera honneur prochainement, je l’espère. Il avait eu d’abord l’idée de se faire colonel, mais malgré l’éclat de la gloire militaire, celle des arts le séduit décidément. Il aime mieux se faire grand compositeur.
— Oh ! monsieur, quelle faute! répond Berlioz. Si vous saviez tous les déboires de cette carrière ! Les grands compositeurs se dévorent entre eux. Il y en a tant !… Je ne puis d’ailleurs me charger de le conduire au but de sa noble ambition. A mon avis, il fera bien de suivre sa première idée et de s’engager dans le régiment dont vous me parliez.
— Quel régiment ?
— Parbleu ! le régiment des colonels.
— Monsieur, votre plaisanterie est fort déplacée, je ne vous importunerai pas plus longtemps. Heureusement vous n’êtes pas le seul maître et mon fils pourra se faire grand compositeur sans vous. Nous avons l’honneur de vous saluer.

Aviation lyrique

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danseuses

L’Opéra a repris La Damnation de Faust : il manquait quelque chose au ballet. Jadis, on voyait des sylphes voltiger dans l’atmosphère, figures lumineuses et fugitives…

Ces esprits de l’air étaient incarnés par les fillettes des classes de l’Opéra, mais le rôle n’avait rien de bien tentant, malgré l’empressement des gamines pour paraître dans ce ballet aérien. On les emprisonnait dans un corselet de fer muni d’un anneau auquel s’attachait un fil d’acier. Suspendues dans l’espace, les sylphes tenaient en main une vaste coquille Saint-Jacques contenant une lampe électrique qu’elles allumaient et éteignaient tour a tour, apparaissant ainsi et disparaissant brusquement au milieu des airs.

Mais, hélas ! le « fil » ne restait pas immobile et les sylphes voltigeaient de droite et de gauche, plongeaient brusquement pour remonter soudain vers les frises. Et il advenait régulièrement que la coquille Saint-Jacques, à la fin du ballet, contenait autre chose que la lampe électrique…

On a donc supprimé ces exercices indigestes. Il est vrai qu’on pourrait faire appel à des aviateurs entraînés à ce genre de sport. 

« Les Spectacles. »Lille, 1923.