Hector

Les boiteux

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Thomas-Faed

Le siècle actuel semble appartenir aux boiteux avec toutes ses gloires. La tragédie que préférait l’Empereur était Hector, de Luce de Lancival. La meilleure comédie du temps était l’ Avocat, par M. Roger; Eh bien ! M. Roger et M. Luce de Lancival, ces deux représentants de l’art dramatique, étaient boiteux.

Lord Byron fut proclamé le premier poète de l’époque; Walter Scott, le premier romancier. Personne ne leur disputa la palme. Ils étaient boiteux l’un et l’autre. En France, pendant que la politique tournait toutes les têtes, les partis se dessinèrent, et chacun se choisit un chef. Les libéraux modérés et constitutionnels se rallièrent sous le drapeau de Benjamin Constant. Il était boiteux. Enfin, les hommes positifs, dédaignant les théories, se rangèrent sous le patronage du premier talent financier de notre époque, M. le baron Louis. Il est boiteux.

Depuis la révolution de juillet, l’opposition avait reconnu pour chef M. de La Fayette. Il est boiteux. Le gouvernement se fit représenter à l’extérieur par M. de Talleyrand, bien plus boiteux encore. Le parti royaliste appela alors à son secours l’illustre Châteaubriand. A peine rentré dans la carrière politique, il se sentit pris de douleurs rhumatismales, et il est boiteux, comme il convient à un illustre du siècle où nous vivons.

« Echo de la frontière. » paris, 1833. 
Illustration : « Sir Walter Scott et ses amis littéraires à Abbotsford. » de Thomas Faed.
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La Marche indienne… de Berlioz

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 maison-berlioz

Dernièrement, un régiment faisait étape à la Côte-Saint-André. Apprenant qu’il est dans la patrie de Berlioz, le colonel fait venir son chef de musique et lui intime l’ordre de donner un concert en l’honneur du compositeur, devant sa maison natale.

« Vous jouerez quelque chose du maître, ordonne le colonel, et vous ferez afficher le programme sur la maison. »

Le chef de musique s’incline, et, quelques instants après, les habitants de la Côte-Saint-André étaient conviés à entendre la marche de la Damnation de Faust devant la maison où est né Berlioz. Or, le chef de musique n’avait pas dans ses cartons la susdite marche : il joua à la place la Marche indienne de Sellenick, qui fut acclamée avec transport et redemandée trois fois par les compatriotes enthousiasmés de Berlioz.

« Quel génie ! ce Berlioz », disait le colonel d’un air connaisseur. Après cet hommage rendu à la mémoire du grand maître français, le colonel félicita chaudement son chef de musique, ne se doutant pas de la mystification dont il avait été victime.

L’aventure s’est passée tout dernièrement, et nous en garantissons l’absolue authenticité.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1890.
Illustration : Côte-Saint-André (Isère), maison natale de Berlioz.