Henri III

Synchronisme

Publié le Mis à jour le

guerre

Sous le règne de Henri III, à l’époque de nos guerres de religion, les habitants de Villefranche en Périgord formèrent le complot de s’emparer de Montpazier, petite ville voisine. Sans rien connaître des intentions de ces derniers, les habitants de Montpazier jugèrent bon de s’emparer, la même nuit, de Villefranche.

Pour cette expédition, le hasard fit encore qu’ayant pris un chemin différent, jamais les deux troupes ne se rencontrèrent. Tout fut exécuté des deux côtés avec d’autant moins d’obstacles, que de part et d’autre les murs étaient demeurés sans défense. 

On pilla, on se gorgea de butin, les deux troupes triomphaient.

Quand finalement le jour pointa, les assaillants respectifs s’aperçurent de leur erreur. La conclusion fut que chacun s’en retourna chez lui, et que tout fut remis en ordre. 

Inspiré (un peu) des Mémoires de Sully.

Publicités

Eclairage public

Publié le

Ludwik-de-Laveaux

C’est, dit-on, à la dévotion de Louise de Lorraine, femme d’Henri III, que nous devons l’origine de l’éclairage des rues de Paris.

Elle faisait placer à tous les carrefours et sur beaucoup de maisons des madones, des anges, des crucifix, devant lesquels on allumait d’abord des lampes et des chandelles que l’on plaça ensuite dans des lanternes. Ces lumières mises là avec une intention de piété rendaient des services et donnèrent l’idée d’éclairer régulièrement les rues alors mal gardées et périlleuses à parcourir.

On rapporte d’ailleurs que le pape Sixte-Quint employa le même expédient pour assurer aux rues de Rome un éclairage qu’on ne voulait point faire à  cause de la dépense.

« Musée des familles. »  Paris, 1896.
Illustration : Ludwik de Laveaux.

Le vertugadin

Publié le Mis à jour le

vertugadin

Du train que va la mode et à en juger par l’appendice bouffant adapté au vêtement des femmes, on peut prédire l’avènement prochain du vertugadin. C’était un des plus ridicules ajustements de la toilette des femmes d’autrefois. Le vertugadin date du seizième siècle. Il avait été imaginé pour donner de l’élégance à la taille en arrondissant les hanches. Il est attribué aux Espagnoles, qui désignaient cet appareil sous le nom de gardien de la vertu, d’où l’on a fait : vertugadin.

Le vertugadin se développa à l’excès sous les règnes de Charles IX et Henri III. Ce fut une fièvre, une folie, qui résista aux édits et aux quolibets dont cette mode fut l’objet. Comme les bourgeoises ne se faisaient pas faute d’imiter les grandes dames de la cour, celles-ci ne trouvèrent d’autre moyen de se distinguer de la bourgeoisie que d’exagérer encore les dimensions de leurs jupes.

On lit dans un discours en vers sur la mode, publié en 1613 :

Et nos dames ne sont pas bien accommodées
Si leur vertugadin n’est large a dix coudées !

L’excès devint tel que les parlements se mirent en devoir de faire exécuter les édits royaux proscrivant l’usage de cette mode.Le parlement d’Aix en Provence se distingua surtout par la sévérité de ses arrêts. Il n’entendit pas, disent les chroniqueurs, que de tels correctifs déshonorassent la taille des belles Arlésiennes. Tout le beau sexe de Provence se conforma aux arrêts du parlement, si flatteurs pour lui. Le vertugadin fut mis de côté ou singulièrement amoindri.

Un seul cotillon se mit en rébellion contre la loi. Ce fut une demoiselle de Lacépède, qui fut citée à comparoir en personne devant la Cour pour port illégal de l’appareil bouffant. Ce fut une cause mémorable dans les fastes du parlement d’Aix. On en lit les détails curieux qui suivent dans une plaquette de l’époque :

« La dame s’avança jusqu’à la barre avec le corps même du délit, c’est-à-dire vêtue d’une robe démesurément vaste dans sa circonférence. Le tribunal fulminait déjà contre une pareille audace, lorsque d’un mot l’accusée fit tomber la colère de ces braves magistrats. Elle déclara sur l’honneur que cette exagération du vêtement que l’on incriminait et qu’on attribuait à l’emploi d’un objet étranger, n’était qu’un don de nature.

« Le ciel, dit-elle, m’a gratifiée d’un vertugadin contre lequel les édits et les arrêts ne peuvent rien.»

La question était délicate. Les juges pincèrent leurs lèvres pour ne pas rire, et se contentèrent de la déclaration de l’inculpée, sans exiger la preuve. Ce procès eut du retentissement et porta un coup sérieux au vertugadin. Les dames de la cour y renoncèrent et furent imitées de la ville et de la province.

Abandonnée pendant cent ans environ, cette parure fut remise à la mode sous le nom de panier vers le milieu du dix-huitième siècle.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.

Voir également : https://gavroche60.com/2014/12/21/les-tresors-de-la-reine-margot/

Liline, Titi, Mimi et Henri III

Publié le Mis à jour le

henri III

Henri III donna le triste spectacle d’un roi de France avilissant la majesté royale dans des passe-temps de femme et d’enfant: il employait des journées entières à s’accommoder et à se friser les cheveux, à arranger des diamants sur des colliers ou des habits, à jouer avec des singes, des perroquets et de petits chiens.

« Je me souviendrai toujours, dit Sully, de l’attitude et de l’attirail bizarre où je trouvai ce prince un jour dans son cabinet. Il avait l’épée au côté, une. cape sur les épaules, une petite toque sur la tête, un panier plein de petits chiens pendu à son cou par un large ruban; et il se tenait si immobile qu’en nous parlant il ne remua ni tête, ni pieds, ni mains. »

Ce prince bizarre avait, entre autres, trois petits chiens tout mignons; il les portait dans une corbeille suspendue à son cou; il se promenait ainsi dans ses appartements, et c’était pour lui un grand plaisir de rester seul avec eux.

Liline, Titi et Mimi, venus à grands frais de la ville de Smyrne, étaient d’une gentillesse ravissante; mais leur instinct et leur attachement surpassaient encore leur beauté. On les avait dressés de bonne heure à monter la garde, et ils s’acquittaient à merveille de cet emploi. Placés au chevet du lit de Henri, ils y faisaient sentinelle une partie de la nuit, en tenant deux pattes appuyées sur l’anse du panier qui leur servait de niche. Une pendule, dont ces petits animaux connaissaient très bien le son, servait à régler les heures de garde. Dès que le fonctionnaire entendait le timbre argentin qui lui annonçait l’heureux moment du repos, il mordait l’oreille du camarade endormi, dont le tour de garder était venu. Se réveillant en sursaut, celui-ci prenait le poste pour y installer ensuite son autre camarade. De cette façon, Mimi succédait à Titi, et Titi à Liline, sans interruption jusqu’au matin; et jamais le roi n’eut de garde du corps plus surveillant et plus fidèle.

Le 1er août 1589, un fanatique, nommé Jacques Clément, se rendit à Saint-Cloud où était le roi et obtint une entrevue. Lorsqu’il fut introduit dans la chambre sous prétexte de présenter une lettre au roi, Liline s’élança de son panier contre lui, pressentant en quelque sorte le mauvais dessein du scélérat. Ce petit animal, qui était fort doux et ne faisait jamais de mal à personne, se mit à aboyer tout en colère et voulut mordre.

Le roi, contre sa coutume, fit retirer ses chiens dans une pièce voisine; Liline devint furieuse et aboya plus fortement encore. Alors Henri III reçut deux coups de couteau et tomba baigné dans son sang. Peut-être, dit un auteur, que cette petite bête, toujours pendue au cou du roi, eût déconcerté l’assassin par ses aboiements si on ne l’avait point écartée, car on voit tous les jours de très petites causes influer sur de grands événements.

Mlle Clarisse Juranville, Librairie de J. Lefort, Lille, 1884.