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L’héritier de Jules Vallès

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Jules Vallès, l’homme qui passa sa vie à détester et à combattre la police, vient d’entrer en mourant dans la police même. Comment cela ? Il y est entré sous la forme de quarante cinq billets de banque de mille francs.

Jules Vallès est mort avant d’avoir fait son testament. Il possédait pour toute fortune, en dehors de quelques rentes viagères, un capital de quarante-cinq mille francs. En l’absence de tout testament, c’est au plus proche parent de M. Vallès que devait revenir l’héritage du défunt. Eh bien! savez-vous qui est le plus proche parent de Vallès ? C’est un agent de la sûreté.

Le sort a de ces ironies. Voilà un homme qui s’est employé toute sa vie à attaquer la police par tous les moyens possibles. Les sept ou huit journaux qu’il a fondés étaient chaque jour remplis d’articles contre la police et ses agents. Il avait inventé pour servir sa haine des rubriques nouvelles : les policiers assassins, les brutalités de la police, les argousins ivrognes, les infamies policières, les mouchards provocateurs. Chaque fois qu’un agent succombait, victime de son devoir, frappé d’une balle dans une émeute ou d’un coup de couteau sur un boulevard extérieur, Vallès battait des mains. A ce métier de destructeur de la police, Vallès avait gagné quarante-cinq mille francs. Il meurt, et tout son bénéfice fait retour, par le caprice d’une parenté collatérale, à un de ces policiers « assassins, brutaux, ivrognes, infâmes, provocateurs, à un de ces enfants du peuple traîtres au peuple ».

La préfecture de police doit être malade à force de rire, et l’héritier doit trouver, sous son chapeau couvert d’un crêpe d’étiquette, la situation aussi plaisante qu’agréable.

« Almanach de France et du Musée des familles. » Paris, 1886.

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Le « de cujus »

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Un de mes amis vient d’hériter d’une façon assez bizarre : un inconnu lui a légué cinq mille francs. Ce n’est pas le Pérou, ce n’est même pas la Banque de France, mais ça lui est venu d’un si drôle d’accident qu’il peut s’estimer particulièrement « verni ».

Un jour qu’il pleuvait à seaux et qu’il avait affaire rue de la Roquette, ne trouvant pas de voiture et loin de tout taxi, il avisa un convoi funèbre en queue de quoi venait un omnibus funéraire. Il y monte, s’assied aux côtés de quatre autres personnes qui se mettent à lui parler du défunt.

D’une rue par l’autre, le voilà au Père-Lachaise. Là, arrêt. Le commissaire des morts vient demander le nom des personnes véhiculées. Il donne son nom, son adresse.

Trois mois après, un notaire lui écrivait de passer le voir. Il y va.

Et l’officier ministériel lui remet cinq mille francs : le de cujus laissait, par testament, pareille somme à toute personne ayant suivi son convoi jusqu’au cimetière.

Jean Bastia. « Le Quotidien de Montmartre. »  Paris, 1930.

Les princes de Galles

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Edouard IIEn 1284, le roi d’Angleterre, Edouard Ier, venait d’achever la conquête du pays de Galles. Les Gallois, avant de se soumettre définitivement, demandèrent que pour les gouverner, on leur donnât un prince, né sur leur sol, qui ne parlât ni le français (1), ni le saxon, langues de leurs vainqueurs.

— Lui serez-vous fidèles ? dit le monarque.
— Oui, nous le jurons, s’écrièrent-ils avec élan.

On apporta alors un petit enfant nouveau-né, fils aîné du roi.

Voilà votre prince, dit Edouard. Il est né hier au château de Caernarvon, en plein pays de Galles, et il ne parle aucune des langues que vous proscrivez. J’ai tenu ma promesse, tiendrez-vous la vôtre ?

Pour toute réponse, les députés gallois baisèrent la petite main du royal enfant et lui engagèrent leur foi.

Depuis lors, l’héritier de la couronne d’Angleterre s’appelle le prince de Galles.

1) L’Angleterre ayant été conquise par Guillaume, duc de Normandie, en 1066, pendant plus de deux siècles le français était resté la langue des nobles et de la cour.