héritiers

Le mort qui suit son cercueil

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camille-martinIl y a quelque temps, les parents d’un riche fermier de l’Illinois, Stéphan Patten, âgé de 80 ans et vivant seul, reçurent une lettre leur annonçant la mort de l’octogénaire. 

Ils vinrent nombreux pour assister aux obsèques, au cours desquelles ils remarquèrent un vieillard inconnu d’eux. Au moment de la descente de la bière dans le caveau, la cérémonie fut arrêtée par l’apparition de Patten lui-même qui déclara aux assistants que les conversations entendues par lui l’avaient édifié sur le compte de certains de ses héritiers.

Il s’en alla en remerciant l’assistance…        enterrement

« Les Echos de Damas. » 1931.
Peinture de Camille Martin.

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Les mains propres

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francisco-goya

Entre les mille intrigues de Goya, en voici une dont le dénouement  est pour le moins bizarre. Ici l’artiste cède, chose nouvelle, à un beau mouvement de conscience. Pourquoi pas ? Nous savons bien déjà que dans la vie il ne brillait pas absolument par la logique.

Une grande dame, qui avait longtemps aimé l’artiste jusqu’à l’idolâtrie, mourut jeune en laissant dix fortunes de nabab. Voulant, jusque dans la mort, prouver son amour à l’inconstant Francisco Goya, cette noble dame lui avait légué une somme fabuleuse.

Goya se présente à l’ouverture du testament, comme un homme disposé à faire valoir ses droits, paraissant contenir à peine sa joie de ne se point apercevoir du dépit et de la colère des héritiers. Mais rien n’échappe à son oeil oblique et scrutateur. Il se complaît à cette scène d’un haut comique, et, quand vient enfin l’heure du partage, il s’avance au milieu des légataires, et se campant de cet air de fierté castillane qui lui est familier, il leur fait cette dédaigneuse, superbe et cynique déclaration :

Caramba ! mes beaux seigneurs, le peintre Goya a bien voulu de votre parente, mais il ne veut pas de vos richesses. Gardez-les pour vous, elles saliraient mes mains.  

Et joignant l’action à la parole, il déchire, à la barbe des héritiers stupéfaits, le codicille qui l’enrichissait. 

La Gavinie / Laurent Mathéron . « La Lumière. » Paris, 1857.
Illustration : Francisco Goya par Vicente López y Portaña.

 

Festins manqués

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Harry-Eliott.

Lorsque M. de Vauréal, évêque de Rennes, mourut (le 19 juin 1760), quelques chanoines de cette ville voulurent engager le chapitre à demander une indemnité aux héritiers de ce prélat ; et voici à quel sujet.

De tout temps MM. les évêques de Rennes donnaient par an un festin à MM. les chanoines : c’était de fondation. M. de Vauréal n’avait jamais manqué de se conformer à ce louable usage, si ce n’est dans le temps où, ayant été ambassadeur en Espagne, il fit plusieurs absences, ce qui priva pendant quelques années le chapitre du festin ordinaire.

C’est une indemnité pour ces festins manqués, que certains chanoines voulaient réclamer en argent, aux héritiers, alléguant que les absences du prélat n’avaient pas dû les priver de cette redevance ; et ils s’occupaient déjà d’une liste exacte des festins épiscopaux auxquels le chapitre aurait dû assister, et de leur estimation en argent. Ce qui montait à une somme assez forte qu’ils se proposaient de demander en justice.

Mais l’affaire n’eut pas lieu, grâce à une bonne plaisanterie qui eut tout le succès que pouvaient désirer les héritiers de Monseigneur. Un plaisant s’avisa de mettre en jeu les apothicaires de Rennes et dressa une requête par laquelle ils demandaient à être reçus partie intervenante au procès, et à partager avec les chanoines le montant de l’indemnité ; et ce pour dédommagement des purgatifs, clystères et autres remèdes que lesdits chanoines auraient été obligés de prendre à raison des nombreuses indigestions dont les festins épiscopaux étaient constamment suivis.

Le chantre du Lutrin n’aurait pas manqué de faire son profit d’une pareille aventure s’il eut pu la connaître.

« Le livre des singularités. »   Gabriel Peignot, Dijon, 1841.
Illustration : Harry-Eliott

Curiosité des testaments

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Rembrandt Harmenszoon van Rijn
Rembrandt Harmenszoon van Rijn

Un vieux célibataire, connu par son avarice et par ses richesses, ne pouvait conserver près de lui aucun domestique. Cet homme singulier exigeait, de ceux qui le servaient, un attachement sans bornes, et surtout une grande frugalité; mais, en récompense, il leur donnait les espérances les plus flatteuses pour l’avenir. Chaque mois voyait une foule de laquais entrer dans sa maison et en sortir. Tous ceux qui avaient été renvoyés dans les environs s’étaient présentés chez le célibataire, et pas un seul n’avait pu, malgré ses promesses, rester à son service.

L’avare, se voyant exposé à se servir lui-même, se promenant un soir sur la terrasse de son château, qui dominait. la vaste étendue d’une rivière fameuse par la légèreté et les ressources de l’esprit de ceux qui habitent ses bords, conçut un projet qui devait lui assurer pour jamais un laquais fidèle et surtout frugal. Il manda aussitôt son tabellion et lui dicta le testament suivant :

« Je donne et lègue au laquais qui me fermera les yeux 1 200 livres tournois en argent et mon domaine de Varac. »

Le bruit se répandit bientôt dans le canton que l’avare avait résolu d’être généreux après sa mort. Mille domestiques empressés lui offrirent leurs services. L’un d’eux s’imposa la loi de souffrir la faim et la soif pendant le reste de la vie du testateur. On prétend que ce malheureux serait mort d’inanition avant son maître si ce dernier eût vécu encore six mois; mais sa mort, si désirée par le domestique légataire, ferma le tombeau où la rare constance de celui-ci l’aurait infailliblement fait descendre.

Les héritiers de l’avare s’empressèrent de réclamer sa fortune. Quoiqu’elle fût immense, ils trouvèrent mauvais qu’il eût fait un testament. Le malheureux laquais, pouvant à peine se traîner, essaya de les toucher par le tableau des sacrifices qu’il avait faits; mais des héritiers ne sont pas ordinairement sensibles. Un de ceux de l’avare voulut voir le testament. En lisant ces mots: « Je donne et lègue au laquais qui me fermera les yeux, etc. »:

La donation est nulle, s’écria-t-il, avec une joie barbare.
Eh ! pourquoi, monsieur ? lui demanda le laquais en tremblant.
Mon oncle était borgne, répondit l’héritier, tu n’as donc pu lui fermer les yeux.

L’infortuné légataire, abattu par cette réponse, s’adressa aux jurisconsultes du temps, pour savoir si la donation faite en sa faveur était nulle. Ils décidèrent, d’une voix unanime, que c’était par l’intention du testateur, et non par une équivoque, qu’on devait décider la question; qu’il était évident que le testateur avait entendu par le laquais qui lui fermerait les yeux, celui qui resterait chez lui jusqu’à sa mort; qu’ainsi le légataire était fondé à demander l’exécution du testament fait en sa faveur.

Cette cause fut plaidée avec beaucoup d’éclat. Sa singularité excita la curiosité de la province entière. Le sénéchal du ressort confirma le testament, par une sentence qui fut applaudie du public.

Les héritiers en interjetèrent appel au parlement; mais leur appel n’eut point de suite.

« Bureaux de la Mosaïque » Paris, 1874.