Histoire

Influence

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kaiserLe Kaiser vient de trouver un moyen d’influencer l’opinion publique et de corriger le mauvais effet de certains bruits qui percent parfois les murs de l’intimité impériale. 

Quand un journal, une feuille satirique de Berlin, publient une anecdote déplaisante pour la famille de Prusse, on voit aussitôt paraître aux vitrines des magasins les plus en vue des photographies tirées à des milliers d’exemplaires rectifiant par l’illustration l’assertion maligne ou blessante. 

De mauvaises langues insinuaient que le projet de mariage de la Princesse Victoria-Louise avec le Prince Ernst de Cumberland n’était qu’une pure combinaison diplomatique. Les fiancés, comme cela arrive bien souvent, se soumettaient, assurait-on,  avec froideur et résignation à cette injonction. Immédiatement, les divers photographes de la Cour montrèrent les deux fiancés se prodiguant les marques extérieures de la plus vive affection dans les circonstances les plus variées. 

On avait affirmé également qu’à un grand dîner donné par l’Empereur, le Kronprinz n’avait pas été invité pour marquer qu’il était ouvertement en désaccord avec son père.  Le lendemain, Berlin était littéralement inondé d’une photographie sensationnelle représentant Guillaume II se promenant amicalement bas dessus bras dessous avec son fils. 

Et voilà comment on écrit l’histoire…

« Revue contemporaine. » Saint-Pétersbourg, 1913.

 

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L’expert

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aulard-AlphonseM. Alphonse Aulard, dans la dernière séance tenue à la Sorbonne, a vivement excité la curiosité en essayant de rétablir un point d’histoire controversé.

Robespierre s’est-il brûlé la cervelle, ou bien, a-t-il dit, est-ce le soldat Médart qui a tiré sur Robespierre ?

M. Aulard, dans une note qu’il envoie aux journaux, nous annonce qu’il n’a pas tranché la question, il a simplement voulu rappeler, à propos d’une anecdote fameuse, combien il est difficile à la critique de trouver la vérité dans les récits de guerre civile que la passion a dictés. Que « pour bien lire les textes historiques, il faut s’armer d’un scepticisme scrupuleux et patient. »

Notez que M. Aulard est professeur d’histoire de la Révolution en Sorbonne et qu’il touche 12,000 francs par an pour ce faire et quand il consent à discuter une question controversée il finit par conclure qu’il faut être sceptique… Bizarre !

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1892. 

L’éducation d’un prince

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Prince-héritier-Alexandre-de-Serbie

Les princes savent tout et sont parfaits en tout, chacun sait çà. Le jeune roi Alexandre de Serbie, tout jeune qu’il est encore (il n’a  que 15 ans), est déjà arrivé à cet état de perfection idéale et royale. En effet le Journal officiel de Belgrade vient de publier la note ci-après, laquelle ne laisse aucun doute à ce sujet :

S. M. le roi Alexandre a été examiné le 20 juin sur les matières suivantes : religion, géométrie, algèbre, physique, chimie, science des armes, histoire serbe, tactique, histoire universelle, langue latine, langue allemande, langue française, langue anglaise. Sa Majesté a mérité dans toutes les questions la note parfaitement bien.

Étaient présents : MM. les régents du royaume, S. S. le métropolite, M. le président du Conseil, le ministre de la guerre, le président du Conseil d’État, le ministre de l’instruction publique et le gouverneur de Sa Majesté.

Cela ne rappelle-t-il pas le Pancrace du Mariage forcé de Molière, lequel Pancrace  possède « superlative » fables, mythologie et histoire; grammaire, poésie, rhétorique, dialectique et sophistique; mathématiques, arithmétique, optique, onirocritique, physique et métaphysique, etc. ?

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.

Anne Boleyn et le bourreau des coeurs

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Anne-Boleyn

Henri VIII est un atroce Barbe-Bleue qui a fait tour à tour le malheur de six femmes. Deux d’entre elles sont mortes sur l’échafaud.

Une troisième ne l’a évité que par miracle : elle avait eu l’imprudence de contredire son terrible maître dans une discussion théologique; avertie que l’ordre est donné secrètement de lui instruire son procès, elle court le lendemain chez Henri et reprenant sans émotion apparente l’entretien de la veille au point où il avait été laissé, elle s’embrouille volontairement, balbutie, puis se confond en excuses devant « le plus grand docteur de la chrétienté ».

Sa victime la plus intéressante est Anne Boleyn. Ses derniers moments rachètent les fautes passées. Elle songe avec remords à l’épouse qu’elle a détrônée, et faisant appeler la femme du lieutenant de la Tour, elle s’agenouille et dit :

« Allez de ma part, et dans la même posture où vous me voyez, demander pardon à la princesse Marie pour tous les maux que j’ai attirés sur elle et sur sa mère. »

La légende lui prête une lettre curieuse adressée au roi :

« Vous êtes un prince doux et clément, vous m’avez traitée avec plus de bonté que je n’en méritais. Vos bienfaits ont toujours été en croissant pour moi. De simple particulière, vous m’avez faite dame. De dame, marquise. De marquise, reine… et ne pouvant plus m’élever ici-bas, de reine en ce monde, vous allez me faire sainte dans l’autre. »

 » Les grandes infortunes. »  Changeur, P.-A. & Spont, Alfred. Paris, 1890.

Désinfectez les livres d’études

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Albert-Anker

On a donné l’exemple à Nancy où, déjà l’année dernière, une étuve à désinfection fut mise au service de la Bibliothèque municipale et de certaines formations scolaires.

Le docteur Roubinovitch adresse aux autorités un pressant appel pour que tous les livres d’études mis entre les mains des enfants et qu’on se repasse d’une année à l’autre soient passés à l’étuve. Il y va de la santé des gosses des écoles et de celle aussi des élèves de nos lycées.

A l’étuve donc, tous les manuels, atlas, brochures, livres d’histoire ou de mathématiques que tous les enfants de France sont appelés à manipuler.

Sans compter que souvent ils s’endorment dessus.

Purifiez donc ces oreillers !

« Comoedia. »  Paris, 1927.
 Illustration : Albert Anker.

Une voix d’or

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Enrico-Caruso

Je vais vous conter une histoire qui ne semble pas très vraie, qui est pour le moins très exagérée. Mais quand je vous aurai dit qu’elle vient d’Amérique, vous mettrez vous-même les choses au point.

Le ténor Caruso assistait en simple spectateur à une représentation du New-Fields Théâtre à New-York. A la fin du premier acte, un commissionnaire vint lui remettre une lettre : le chanteur italien quitte aussitôt le théâtre, monte dans une automobile qui l’attendait devant le perron et moins d’une heure après il revenait prendre sa place dans la loge.

Il était allé chanter pendant trois quarts d’heure chez le milliardaire James Smith et avait reçu comme cachet 3.000 dollars, soit 15.000 fr. !

Comment les jeunes élèves du Conservatoire n’auraient-ils pas la tête un peu bouleversée par de tels racontars !

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905. 

L’homme qui savait tout

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bastille

II faut rendre hommage à la mémoire de ce grand méconnu : Nicolas Fréret, qui naissait à Paris le 15 février 1688, et qui tombé dans un injuste oubli, n’en fut pas moins le savant le plus universel, l’érudit le plus fécond et le plus prodigieux qu’ait jamais possédé le monde intellectuel.

Fréret avait tout appris, tout retenu, tout assimilé, l’histoire, la philosophie, la géographie, l’archéologie, les littératures, les langues et les religions anciennes et modernes, la philologie, la grammaire, l’ethnographie, etc., emmagasinait dans son puissant cerveau, grâce à une mémoire positivement miraculeuse, le total des connaissances humaines. C’était une encyclopédie vivante, un phénomène sans pareil.

Nicolas Fréret vécut toujours en véritable anachorète, seul avec ses bouquins et les 1357 cartes géographiques qu’il avait dessinées lui-même, entre son chat, compagnon silencieux, et les familles de rats qui venaient grignoter ses souliers pendant qu’il travaillait. Son existence de bénédictin paraissait devoir être absolument dénuée d’aventures; mais il lui en arriva pourtant une fameuse.

Il avait soumis à son académie le manuscrit d’un traité sur L’Origine des Français et de leur établissement dans les Gaules, qui fut dénoncé comme subversif par un de ses collègues, l’abbé Vertot. Un beau matin, une escouade de police cerna la maison de Fréret, l’arrêta au nom du roi et le mena en prison : ce dangereux « criminel » était accusé d’avoir irrespectueusement falsifié la vérité historique en formulant des hypothèses neuves qui bousculaient les vieilles routines. Enfermé à la Bastille, il prit la chose très philosophiquement. D’un ton presque joyeux, il dit à son guichetier :

Savez-vous ce que je vais faire ? Non ?… Je vais faire une grammaire chinoise.
— Hein ?.. une grammaire ?…
— Chinoise, oui !… Je vais profiter de la tranquillité qui m’est offerte ici pour composer cet ouvrage dont j’ai depuis longtemps l’idée. Cela tombe à merveille.

Et lorsqu’il sortit de la Bastille, quelques mois après, sa grammaire terminée fut envoyée à Pékin… pour apprendre aux Chinois à parler correctement !

« Ric et Rac : grand hebdomadaire pour tous. » Clermont-Ferrand/Paris, 1938.