Hollande

La confrérie du célibat

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blanchisseusesLe « sexe faible » ne comptait guère jusqu’ici que des célibataires malgré elles. Voici que  pour la première fois, en Hollande du moins, s’affirment en groupe des amoureuses du célibat.

Une société en commandite vient de se constituer en effet parmi les jeunes blanchisseuses de la rue Gérard-Dou, à Amsterdam.

Le premier article des statuts de cette confrérie féminine déclare que les membres  de l’association s’engagent à perpétuer le célibat et à ne jamais consentir à aucune liaison amoureuse, si passagère fût-elle, sous peine de perdre tous leurs droits et de cesser immédiatement de faire partie de la société.

L’une des conditions les plus originales exigées des candidates, c’est qu’elles doivent être « jolies a et bien faites ». On parle même d’un concours trimestriel de blanchisseuses rosieres.

« La Presse. » Paris, 1896.
Peinture de Alice Mary Havers.

Alternative

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luthier

Jean Abell, chanteur et luthiste distingué, attaché à la chapelle de Charles II, roi d’Angleterre, ayant perdu sa place comme papiste, lors de la révolution de 1693, se vit contraint de s’expatrier, et se mit à voyager pour donner des concerts.

Il parcourut la Hollande, l’Allemagne et enfin la Pologne. A Varsovie, il fut invité à venir chanter devant le roi. Abell s’excusa, et, sur une seconde invitation, il réitéra son refus par écrit. L’ordre formel lui fut alors intimé de se rendre à la cour. Arrivé au palais, on le,conduisit dans une vaste salle autour de laquelle régnait une galerie supérieure.

Dans le milieu de cette salle se trouvait un fauteuil qu’on offrit à l’artiste. mais à peine y fut-il assis que le siège, enlevé par une mécanique, gagna le plafond. Au même instant, le roi parut sur la galerie, environné de sa cour. A un signal donné, les portes de la salle s’ouvrirent, et l’on vit entrer des ours. Le roi mit alors le musicien dans l’alternative de chanter tout de suite ou d’être descendu sur le parquet, au milieu des bêtes féroces.

On pense bien qu’Abell s’empressa de choisir le premier parti. Plus tard, il avoua lui-même, en racontant cette aventure, que de sa vie il n’avait été mieux servi par sa voix.

« L’Entr’acte versaillais. » Versailles, 1865.
Peinture :  Theodor Rombouts.

L’esclavage à Batavia

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batavia-jakarta

On nous assure continuellement, et de la façon la plus grave, que l’esclavage n’existe plus sous aucune législation civilisée. Aussi savourerez-vous cette petite annonce prise dans un journal de Batavia :

« Livraison au plus bas prix : bons bœufs de trait de Madura; magnifiques bêtes de boucherie de Madura; travailleurs jeunes, sains et bien bâtis de Java-Est, hommes et femmes à 6o gulden (123 francs) franco Belawan; chevaux de selle et de voiture de l’île de Rotti.En nous recommandant à votre bienveillance : H. Leecksma Kzn Soeragaïa. »

Il y a aussi, dans ce pays, des comptoirs fort bien achalandés, si l’on en juge par ce prospectus :

« Nous livrons des travailleurs jeunes, sains et bien bâtis de Madura, de Java, des îles de la Sonde, ainsi que des Chinois. Nous nous chargeons aussi d’exécuter toutes les commandes des bêtes de boucherie et de trait. »

N’oublions pas que Batavia appartient à la Hollande, dont la capitale est La Haye, où se tiennent les assises de la paix, et où semble être fondé d’une façon définitive le tribunal d’arbitrage. Aussi ne doutons-nous pas que le gouvernement de la jeune Reine ait bientôt mis ordre aux fantaisies des esclavagistes de la Sonde.

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire. »  Paris, 1905.

Passion des Hollandais pour les tulipes

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tulipes-hollande.

Au commencement du dix-septième siècle, le goût pour ces fleurs était devenu une véritable passion, de telle sorte que le prix de quelques espèces s’éleva d’une façon extravagante.

La tulipe le vice-roi valait 260 louis, l’amiral Lieskens, 440, et le semper Augustus, 550. En 1637, une collection de tulipes fut vendue 9,000 louis. De toutes les tulipes, le semper Augustus était la plus estimée. On en vendit une 1,300 louis, et trois oignons de la même furent achetés une fois 1,000 louis chacun. Ce commerce prit une telle activité , qu’en trois ans , une ville de Hollande vendit de ces fleurs pour vingt-quatre millions.

Le gouvernement se crut enfin obligé d’intervenir pour arrêter cette folie, et il porta un coup terrible aux spéculations par une ordonnance qui invalidait tous les contrats relatifs aux tulipes. Les prix tombèrent sur-le-champ.

« Archives curieuses, ou Singularités et curiosités. »   Paris, 1831.

Langue universelle

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ville

Les Français voyagent dans les pays étrangers avec une bonne foi singulière ils parlent leur langue indistinctement à toutes sortes de personnes, et sous prétexte qu’elle a été effectivement adoptée des autres nations européennes, surtout chez les savants, ils se persuadent que tout le monde doit les entendre. Cette assurance qu’ils sont parfaitement compris, produit quelquefois des méprises plaisantes. En voici un exemple:

Un jeune Parisien, allant à Amsterdam, fut frappé de la beauté d’une des maisons de campagne qui bordent le canal; il s’adressa à un Hollandais qui se trouvait à côté de lui dans la barque, et lui dit:

Monsieur, oserai-je vous demander à qui appartient cette maison ?

Le Hollandais lui repondit dans sa langue:

Ik kan niet verstaan, c’est-à-dire: je ne vous comprends pas.

Le jeune Parisien ne se doutant pas même qu’il n’avait pas été compris, prend la réponse du Hollandais pour le nom du propriétaire:

Ah ! ah dit-il, elle appartient à M. Kaniferstan ? Eh bien je vous assure que ce monsieur-là doit être très agréablement logé. La maison est charmante et le jardin paraît délicieux; un de mes amis en a une à peu près semblable sur la rivière, du côté de Choisy… mais il me semble que je donnerais la préférence à celle-ci.

Et il ajoute quelques propos dans le même genre, auxquels le Hollandais n’entend et ne réplique rien. Arrivé à Amsterdam, il voit sur le quai une dame d’une grande beauté, à laquelle un cavalier donnait le bras. Il demande à un passant qu’elle était cette charmante personne. Celui-ci répond de même:

Ik kan niet verstaan.

Comment monsieur, reprend le voyageur, c’est là la femme de M. Kaniferstan dont nous avons vu la maison sur le bord du canal ? Mais vraiment le sort de ce monsieur-là est digne d’envie. Comment posséder à la fois une si belle maison et une si aimable compagne ?

A quelque pas de là les trompettes de la ville sonnaient une fanfare à la porte d’un homme qui avait gagné le gros lot à la loterie de Hollande. Notre Parisien veut s’informer du nom de cet heureux mortel on lui répond:

Ik kan niet verstaan.

Oh pour le coup, dit-il, c’est trop de fortune à la fois: M. Kaniferstan, propriétaire d’une si belle maison, mari d’une si jolie femme, gagne encore le gros lot à la loterie ? Il faut convenir qu’il y a des hommes bien heureux dans ce monde. 

Il rencontre enfin un enterrement, et demande quel est le particulier qu’on porte à la sépulture…

Ik kan niet verstaan, lui répondit celui à qui il fit cette question.

Ah mon Dieu, s’écrie-t-il, c’est ce pauvre M. Kaniferstan, qui avait une si belle maison, une si jolie femme, et qui avait gagné le gros lot à la loterie ? Il doit être mort avec bien du regret; mais je pensais bien que sa félicité était trop complète pour pouvoir être de longue durée.

Et il continua d’aller chercher son auberge en faisant des réflexions sur la fragilité des choses humaines.

« Recueil nouveau et varié d’historiettes. »  C. Dillet, Paris, 1874.