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L’honneur du commandant

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vizcayaSi l’épopée n’était pas née en Grèce elle serait venue au monde en Espagne, dit le Gaulois. Qu’importent à l’Espagnol, la fièvre, la faim, la misère en haillons, s’il lui reste l’honneur. A propos de fierté le correspondant du Figaro conte l’anecdote  suivante survenue durant le conflit hispano-américain : 

Lorsque le cuirassé espagnol Vizcaya leva l’ancre pour sortir du port de New York, son départ fut salué par de formidables coups de sifflets et par des huées que lançaient des milliers de Yankees réunis sur les quais. Le commandant du cuirassé, M. Eulate, entendit l’ovation et fit stopper immédiatement. Il ordonna de mettre son canot à la mer et dit au second du navire :

 Je vous confie le commandement. Je vais descendre seul à terre. Si vous entendez un coup de feu, bombardez New York ! 

Il sauta dans le canot et se fit débarquer sur le quai, au milieu de la foule hostile. S’adressant à un groupe il s’écria :

— Le premier qui siffle, je lui brûle la cervelle !

Personne ne siffla, et pendant vingt minutes M. Eulate se promena sur le quai, devant la foule silencieuse. Lorsqu’il regagna son bord et que le Vizcaya se mit en marche définitivement, on n’entendit aucun coup de sifflet.

L’anecdote est authentique. 

Nous ne mettons pas en doute la valeur guerrière des Américains, mais avec de pareils adversaires ils auront certainement fort à faire. 

« La Joie de la maison. » Paris, 1898.

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La mode du duel

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duel

N’êtes-vous pas frappé de voir dans les journaux un échange presque quotidien d’explications, d’envois de témoins, de propositions et de récits de duels ? Ne remarquez-vous pas la futilité des raisons pour lesquelles on prend l’habitude de se battre ou de faire croire qu’on se bat ? C’est un signe des temps, et un signe de décadence dans les moeurs publiques. 

La presse n’existait pas au seizième siècle, et on se battait régulièrement trois contre trois, six contre six, avec la dague et le poignard, et à tout propos. Anciennement les protestants et les catholiques défendaient leur foi, mais au fond, ils servaient leurs passions, les armes à la main. Les moeurs étaient soldatesques et dissolues, et la corruption italienne avait gagné toutes les classes de la société française. On était devenu cruel, parce que la vie était une partie qu’on jouait tous les jours. Au fond le duel n’était pas la sauvegarde des querelles d’honneur, mais une manie de verser du sang, et une mode que le retour de la paix et le rétablissement de l’autorité royale devaient faire cesser. 

Il y a quelque analogie entre cette fureur des duels d’autrefois et la ridicule manie qu’ont les hommes aujourd’hui de recourir aux armes pour régler leurs différends. Il y a aussi quelque analogie entre ces temps troublés où la France était divisée en protestants et catholiques, et la France d’aujourd’hui, que l’on veut absolument diviser en républicains et en conservateurs. Ce ne sont plus les manieurs d’épée qui font les duels, ce sont les manieurs de plumes, ce sont les journalistes qui mettent cette coutume à l’ordre du jour. On s’adresse des témoins qui disent dans un journal que Monsieur un tel a cédé ou n’a pas cédé, et puis on se bat, ou on ne se bat pas. Quand on se bat, généralement le duel n’est pas sérieux, et les témoins rendent compte de ces combats parfaitement indifférents au public. Ils décernent même des procès-verbaux de courage et d’honneur. 

Il faut avouer que la liberté d’une certaine presse n’a plus de bornes. Sous prétexte de liberté, on voit les plus odieuses, les plus ridicules, les plus dégoûtantes productions de l’imprimerie livrées en pâture à la curiosité publique et tenter, par une réclame habile, de surprendre la bonne foi des passants. Bon nombre de gens, ne se privent pas de juger un homme, non pas sur ses actes publics, mais sur sa vie privée. Il en est même qui pensent que tous les moyens sont bons pour perdre un adversaire politique. Rien ne les arrête, et tous les jours ou toutes les semaines l’écluse s’ouvre pour verser la boue ou l’injure. Dans ces conditions spéciales, et qui ne sont que trop fréquentes, le duel est impossible. 

Reste le procès en diffamation. Mais un procès a toujours dans ses flancs un peu de politique, et la justice est quelquefois bien embarrassée. Il arrive nécessairement que bon nombre de gens qui auraient toute raison de jouer un rôle dans le jeu des affaires publiques ne se sentant pas protégés et se sachant absolument menacés, préfèrent rester cachés dans la vie privée pour se soustraire à des batailles, où il leur semble que le sang-froid leur ferait défaut. Leur dignité les tient à l’écart. c’est un grand malheur. 

Dans ces conditions, il nous semble qu’un honnête homme doit puiser en lui-même une force de résistance et de dédain qui le met à même d’avoir le courage de son opinion. Or il est courageux de refuser, dans certains cas, une provocation, lorsque le dédain ne porte pas sur des questions où est vraiment engagé l’honneur. Il n’est pas toujours vrai de dire qu’un homme soit courageux quand il provoque le péril d’un duel. Il peut être très habile à l’épée ou au pistolet et avoir trop la conscience de sa supériorité. D’ailleurs le duel ne prouve absolument rien, ni que l’un a tort ou l’autre raison, ni que l’un est courageux et l’autre lâche. Il n’a d’excuse qu’au cas où la haine des deux adversaires est partagée et où tous les deux sont d’accord pour reconnaître qu’ils doivent exposer leur vie, dans l’espérance que l’un disparaîtra. 

Ces réflexions nous amènent à penser que si les moeurs continuent à prendre l’habitude des vengeances particulières et des rencontres armées, il serait bon de chercher à introduire en France la législation anglaise. Elle proscrit le duel et condamne à d’énormes amendes quiconque a porté atteinte à l’honneur d’autrui. Elle regarde l’honneur comme une propriété à laquelle nul ne peut toucher. Toute atteinte qui lui est portée est passible de dommages-intérêts. 

Nous sommes assurés que l’application sérieuse de ces principes, rétablirait le bon ordre dans les esprits et dans les moeurs publiques. 

Reybaud. « La Revue-magasin. » p. 164. Paris, 1887.
Peinture de Bakalovycz (Бакалович В).

Une conception de l’honneur

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chambre-communes-royaume-uni

Sait-on que les députés anglais ne reçoivent qu’une indemnité annuelle de 400 livres, soit une cinquantaine de mille francs, que le Premier ministre, M. Macdonald, touche 4.000 livres par an ?

Ce n’est vraiment pas excessif dans un pays où le chef du gouvernement est tenu de donner de fastueuses réceptions, alors que le lord-chancelier, président de la Chambre des lords, bénéficie d’une annuité de 10.000 livres sterling. Quant au procureur général, comme sa rétribution est proportionnelle au nombre des affaires examinées, il ne touche pas exactement la même somme tous les ans, mais, l’une dans l’autre, il se fait chaque année un minimum de 30.000 livres.

Quelques, députés travaillistes avaient récemment demandé à M. Macdonald une légère majoration de l’indemnité parlementaire.  

Vous voulez donc vous déshonorer? s’écria brutalement le premier ministre.

Chez nous, « ils » n’ont pas une aussi rigoureuse conception de l’honneur…

« Les Potins de Paris. » Paris, 1930.

Le compte est bon

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Jean-Louis-Forain

Le jury de la cour d’assises d’Angers vient de rendre un curieux  verdict. Un sieur Quindier, de Saint-Ellier, âgé de soixante-quatorze ans, accusait les époux Girault de lui avoir extorqué une somme de 1,608 francs.

II avait été attiré chez eux, laissé seul avec la femme, et surpris ensuite par le mari, qui, en le menaçant de mort, lui fit donner la somme en question. Les époux, n’ont pas nié. Mais Girault a dit que Quindier avait perdu l’honneur de sa femme, et qu’il évaluait cet honneur à 1,600 francs.

Le jury a trouvé que la somme n’était pas exagérée, et a acquitté purement et simplement les deux époux.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.
Illustration : Jean-Louis Forain.

 

Suppression définitive du Hara-Kiri

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hara-kiri

C’est, comme on le sait, l’expression qui désigne l’habitude qu’avaient, qu’ont même encore les Japonais, de s’ouvrir le ventre, sous prétexte d’honneur.

C’est à cela surtout que servaient ces sabres qui font si bien dans les ateliers ou les installations de jeunes gens. Ils vont prendre un intérêt tout archaïque ; car le ministre de la Guerre du Japon vient de lancer un ordre du jour à ses troupes, leur interdisant de se « Hara-Kiriter » désormais : car, dit-il, s’il est beau de mourir pour l’honneur, il est encore plus beau de vivre pour la patrie…

En attendant qu’on se fasse tuer pour elle.

« Touche-à-tout. »  Paris, 1904.

Une gaillarde

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Toute la société de New-York-Mills, Minnesota (Etats-Unis), est émue de la vigueur que vient de déployer madame Held, charmante jeune femme de vingt-huit ans. Il lui était revenu qu’un jeune homme marié, du nom de Kemberlin, avait raconté sur elle des histoires scandaleuses.

Indignée, madame Held partit, armée d’un revolver, à la recherche du diffamateur, le rencontra dans la rue, et, le tenant au bout de son arme, lui dit : 

Rétractez, ou vous êtes mort. 

Kemberlin, tremblant, promit de faire ce qu’elle voulait. Alors madame Held le fit marcher, le tenant toujours en joue, jusqu’à un magasin où il y avait foule. Là, elle le fit mettre à genoux, et, armant son revolver, le somma de retirer tous ses propos.

Epouvanté, le jeune homme déclara n’avoir tenu sur elle aucun propos, ou, s’il en avait tenu, avoir menti. Après cette confession, madame Held lui commanda de sortir du magasin. Il obéit en toute hâte, et la jeune femme, s’adressant à la foule pressée qui assistait à cette scène dramatique, annonça à haute voix qu’elle tuerait comme un chien le premier qui risquerait quelque insinuation désobligeante sur sa conduite.

Madame Held vient d’être arrêtée pour avoir troublé la paix publique; on craint qu’une fois libre, elle ne se venge comme elle en a fait la menace.

« La revue des journaux. » Paris, 1885.

Les trois verres de limonade

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marquis-de-brossat

Le marquis de Brossat passait par Metz pour rejoindre son régiment; il entra dans un café où d’ordinaire ne se réunissaient que des officiers. Ces messieurs, mécontents de voir un homme sans uniforme au milieu d’eux, résolurent de le mystifier.

Le marquis, ne songeant qu’à se rafraîchir, demande un verre de limonade; on le lui apporte: un des officiers le renverse. Second verre demandé, apporté, renversé; troisième verre demandé, apporté, renversé. Pour le coup, le voyageur se lève :

« Messieurs, dit-il, les bons comptes font les bons amis. J’ai à payer trois verres de limonade; il me faut pour cela la vie de trois d’entre vous. Je me nomme le marquis de Brossat, voilà ma feuille de route. »

A cet appel, les imprudents eurent regret d’avoir ainsi insulté un camarade. Mais l’honneur parle: on va sur le pré. Trois d’entre eux, l’un après l’autre, tombent morts. Cela fait, M. de Brossat essuie son épée, salue les officiers présents et continue sa route.

« Anecdotes. »  Paris, 1850.