hôpital Saint-Louis

Y a-t-il un microbe  de la calvitie ? 

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chauveLes savants n’en sont pas bien sûrs.  En tout cas, selon certains, une bonne hygiène sauverait la chevelure… 

Chez le docteur Sabouraud

Quelques savants ont cherché à savoir si la calvitie n’était pas une maladie due à un microbe, microbe qui, comme tous les microbes, pourrait être combattu par la science. Il y a là certes un problème intéressant à résoudre, car si la calvitie n’est pas une maladie dont on souffre physiquement, elle est cependant considérée par beaucoup comme une infirmité déplorable. Le docteur Sabouraud, chef de laboratoire à l’hôpital Saint-Louis, et son assistant le docteur Pignot, ont fait sur ce sujet des recherches importantes. J’ai tenu à connaître leur opinion : 

 Vous me demandez, dit le docteur Sabouraud, s’il existe un microbe de la calvitie et si cette maladie pourra être guérie. C’est là une question délicate et à laquelle,  actuellement, je ne peux vous répondre. Ce problème est très discuté, même entre nous. J’ai publié à ce sujet un volume de six cents pages. Arrivera-t-on jamais à faire la lumière ? Il faut l’espérer, mais il est impossible de se prononcer à l’heure actuelle; je n’en sais rien. 

J’ai tenu à avoir également l’opinion d’autres personnalités médicales. Un médecin très compétent de l’hôpital Saint-Louis m’a dit : 

 Il n’y a pas, à mon avis, de microbe de la calvitie. Il y a de très nombreux microbes sur le cuir chevelu des chauves; il y en a aussi sur le cuir, chevelu des personnes n’ayant aucune prédisposition à la calvitie. L’action de ces microbes sur la chute des cheveux n’est pas prouvée, elle est même improbable.
— A quoi donc attribuer cette chute des cheveux ?
— Il faut, je crois, en chercher la raison dans des conditions d’hérédité et d’hygiène défectueuse. C’est- là, je crois, la cause de la calvitie présénile ou sénile. Et, surtout, le mal vient de la mauvaise façon dont l’espèce humaine se reproduit, sans aucune espèce de sélection.
— Ne peut-on donc remédier à la calvitie ?
— Si, car rien n’est plus facile que d’observer une hygiène générale et surtout individuelle grâce à laquelle, peu à peu, l’espèce humaine combattra ce mal que l’on considère comme un fléau. Cette hygiène doit regarder non seulement la chevelure, mais encore l’alimentation. Les exercices physiques sont également recommandés et je ne doute pas que les générations actuelles, en pratiquant la culture physique, ce qui amène les jeunes gens à ne pas veiller, ne parviennent à la longue, sous le rapport qui nous intéresse, à obtenir un résultat intéressant. 

Le docteur Pignot, que j’ai pu joindre, est d’avis que cette question est très complexe et qu’il est difficile de répondre de façon très nette.

En somme, si les savants ne sont pas très rassurants, ils ne défendent pas non plus aux chauves de conserver une lueur d’espoir. 

Henri Régnault. « L’Intransigeant. » Paris, 1913.

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La couleuvre

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jules-cloquet

Un maçon disait avoir une couleuvre dans le ventre. M. Jules Cloquet, chirurgien actuel de l’hôpital Saint-Louis, l’interroge, reconnaît sa manie, et sent bien que pour la guérir il faut avant tout la flatter.

Oui, dit-il, je la sens, la voici, elle remonte dans l’œsophage.

Et le malade de s’écrier avec enthousiasme :

J’en étais sur ! Il y a longtemps je l’avalai en buvant de l’eau d’une mare. Elle était petite alors, mais depuis elle s’est développée, elle a grossi, elle a grandi, et si l’on n’y met bon  ordre, elle finira par me dévorer. Oui, par me dévorer tout entier. J’en étais sûr, je le disais partout, et partout l’on me riait au nez.

Or çà, dit le médecin, il faut opérer.

Pieds, poings liés et les yeux couverts d’un bandeau, le malade, plein d’aise, est couché sur le lit de douleurs. Une incision longue, mais superficielle, est faite à la région de  l’estomac. Des linges, des compresses, des bandages rougis par le sang sont appliqués. La tête d’une couleuvre, dont on s’était précautionné, est passée avec adresse entre les bandes et la plaie.

Nous la tenons enfin ! s’écrie l’adroit chirurgien, la voici.

En même temps le patient arrache son bandeau. Il veut voir le reptile qu’il a nourri dans son sein. Il le regarde avec le même charme, le même attendrissement dont une mère envisage le premier fruit de ses entrailles. Mais quelques heures après, une sombre
mélancolie s’empare de lui, il gémit, il soupire. Le médecin est appelé.

Monsieur, lui dit-il avec anxiété, si elle avait fait des petits !
— Impossible : c’est un mâle

« Journal des faits anciennes, modernes et contemporains. » Paris, 1833.