hôpital

Un poète

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nathaniel-lee
Nathaniel Lee, poète anglais, mourut à l’hôpital des fous à Londres. Ce fut là qu’il composa, quoiqu’on démence, sa tragédie des 
Reines Rivales.

Une nuit qu’il y travaillait au clair de lune, un nuage léger en ayant intercepté la lumière, il s’écria d’un ton impérieux :

Jupiter ! lève-toi et mouche la chandelle !

Le nuage s’épaississant, la lune disparut entièrement. Alors il s’écria en éclatant de rire :

L’étourdi, je lui dis de la moucher et il l’éteint !

« Le Pêle-mêle. Paris, 1895.

L’empereur Dom Pedro

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dom pedro IIM. R.-K. Beer raconte dans le Sun de Baltimore une anecdote qui jette une curieuse lumière sur la physionomie à tous égards si intéressante et si sympathique de l’empereur Dom Pedro.

Le souverain le plus philanthrope qui ait jamais tenu un sceptre voulait bâtir dans sa capitale un hôpital modèle. Malheureusement les ressources dont il pouvait disposer ne répondaient pas à ses bonnes intentions. Les maigres revenus de la cassette impériale étaient absorbés d’avance, le budget de l’Etat, le budget de la province, le budget municipal étaient en déficit, et tant d’emprunts avaient été contractés pour des gaspillages de toutes sortes qu’il ne fallait pas songer à demander aux assemblées grandes et petites de l’argent pour une entreprise utile.

L’Empereur fit appel à la charité des riches Brésiliens : une souscription fut  ouverte, pas un milreis ne fut apporté au trésorier de l’oeuvre.

Pour réparer cet échec, Dom Pedro prit un parti héroïque. Il se mit à vendre des décorations. Aussitôt des demandes affluèrent de toutes parts. Une pluie de Croix-du-Sud, de Croix-de-la-Rose, de Croix-du-Christ, de Saint-Benoît-d’Avis et de Saint-Théodoric s’abattit sur les boutonnières des planteurs, des financiers et des industriels assez riches pour donner à prix d’argent carrière à une passion également répandue dans l’ancien et le nouveau monde.

Quelques décamètres de rubans de toutes les couleurs auraient probablement suffi pour payer la construction de l’hôpital, mais ce n’était pas assez d’assurer le présent, il fallait songer à l’avenir de l’entreprise. L’Empereur donna de l’extension à son commerce : tout Brésilien millionnaire dont les antécédents n’étaient entachés d’aucun souvenir rédhibitoire put devenir, à son gré, comte, vicomte ou baron, suivant la quotité de l’offrande qu’il jugeait à propos d’inscrire sur la liste de souscription.

Ce n’était pas de la noblesse d’épée ou de robe, c’était de la noblesse d’hôpital. La nouvelle féodalité créée de toutes pièces par Dom Pedro ne se distinguait de l’ancienne que par une seule restriction : les héritiers des titres acquis à beaux deniers comptants ne devaient avoir dans la suite le droit de les porter qu’à la condition de verser au profit de l’oeuvre une somme égale au prix d’achat consigné dans l’acte d’investiture.

Grâce à ces combinaisons ingénieuses qui assuraient à la fois le présent et l’avenir de l’oeuvre, il fut possible à l’Empereur de construire, non pas un hôpital, mais un véritable palais pour les pauvres et les malades de sa capitale.

La Révolution n’a pas encore eu le temps d’effacer l’inscription que le souverain a fait graver sur le fronton de l’édifice : 

VANITAS HUMANA — MISERIE HUMANE 

Cette anecdote fait peut-être plus d’honneur à la générosité du philanthrope qu’à la sagesse de l’homme d’Etat.

G. Labadie-Lagrave. « Journal du dimanche. » Paris, 1896.

Hôpital silence

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La-Saint-Hubert-de-Strasbourg

Les internes de l’hôpital Lariboisière ont trouvé ingénieux de jouer du cor de chasse pendant la nuit.

Peut-être ont-ils pensé que leur directeur, M. Gallet, qui est en même temps librettiste d’opéras, aurait une indulgence spéciale pour une espièglerie de ce genre. Mais ils ont éprouvé que « cet homme assurément n’aimait pas la musique », du moins dans les conditions où ces messieurs voulaient l’en gratifier. M. Gallet a donc suspendu un interne de ses fonctions jusqu’au mois de janvier.

Les autres internes ont pris fait et cause pour leur camarade, et menacé de cesser leur service. Mais l’incident a été de peu de durée, et tout est rentré promptement dans l’ordre.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1890.
Illustration : « La Saint-Hubert de Strasbourg. »

Dumas père et fils

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Alexandre-Dumas-Fils-pere

Alexandre Dumas père dînait à Marseille chez le docteur Gistal, une des célébrités médicales du pays.

 Mon cher ami, lui dit l’amphitryon en passant au salon pour prendre le café, on dit que vous improvisez comme un ange. Honorez donc, s’il vous plait, mon album d’un quatrain de votre façon.
Volontiers, répondit le poète.

Et, tirant un crayon, il écrit sous les yeux de son hôte, qui le suit du regard :

Depuis que le docteur Gistal
Soigne des familles entières,
On a démoli l’hôpital… 

 Flatteur ! dit le docteur en l’interrompant.

Mais Dumas fils ajouta :

Et l’on a fait deux cimetières.

« La Chronique médicale. » Paris, 1897.

Autrefois l’hôpital

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hôtel-dieu

Au moyen âge, il existait près des palais des évêques un lieu destiné à la nourriture des pauvres inscrits sur la matricule de l’Église. Ces malheureux, appelés matriculaires, y logeaient pour la plupart et y étaient soignés lorsqu’ils étaient malades. Voilà l’origine des hôpitaux.

Bien entendu, l’hygiène était absolument ignorée dans ces établissements hospitaliers, et il suffira de donner un aperçu du plus important d’entre eux : l’Hôtel-Dieu de Paris, pour se rendre compte de ce que devaient être les autres.

Cet hôpital, dont la fondation, attribuée généralement à saint Landry, remonte au VIIème siècle, s’appela successivement hôpital Saint-Christophe, Maison-Dieu et enfin Hôtel-Dieu. Il jouit constamment de la sollicitude des rois de France et les chanoines de Notre-Dame subvinrent longtemps à ses besoins.

Il était composé de salles nauséabondes et privées d’air, dans lesquelles les soins de la propreté la plus élémentaire n’étaient même pas observés. Les malades atteints des maux les plus différents gisaient côte à côte, couchés par groupes de cinq ou six sur un grand lit de paille sordide où l’on plaçait également les enfants, car les hôpitaux pour ceux-ci n’existaient pas encore.

La maladie se transmettait par ce dangereux contact et faisait d’innombrables victimes, d’autant plus qu’on n’avait pas songé à attacher des médecins à l’établissement et que les personnes qui souffraient n’avaient d’autres soins que ceux dus à l’initiative des soeurs de charité qui l’administraient.

Aller à l’Hôtel-Dieu autrefois c’était presque aller à la mort. 

Au XVIIIème siècle, lors du terrible incendie qui détruisit cet hôpital, un semblable état de choses régnait encore. On allait même, dans des circonstances extraordinaires, jusqu’à placer des malades les uns sur les autres par le moyen de matelas mis sur l’espèce de baldaquin qui surmontait les lits à cette époque et auquel on ne montait que par une échelle.

Telle était la façon dont nos ancêtres, peu soucieux de l’hygiène, comprenaient l’hospitalité donnée aux malades.

« Le Petit Français illustré. »  Paris, 1902.