Hôtel de Ville

Un emploi convoité

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hotel de ville parisLes employés de l’Hôtel de Ville, pour échapper à la monotonie de la vie de bureau,  postulent trop souvent au poste de « secrétaire particulier ». Dans un article publié en 1908, le Cri de Paris signale cet abus. 

La plupart des conseillers municipaux ont un secrétaire particulier dont le rôle est d’écrire leurs lettres et rédiger leurs rapports. A quelques-uns même un seul ne suffit pas. Il leur en faut deux, quelquefois trois. Naturellement, tous sont choisis parmi les employés de l’Hôtel de Ville et se trouvent ainsi détournés des fonctions pour lesquelles le budget de la ville de Paris les rétribue. 

Ce poste de secrétaire particulier est d’ailleurs fort recherché. Il permet d’échapper à l’obscure monotonie de la vie de bureau, de collaborer à des travaux intéressants, de se mêler aux propos et aux intrigues de couloirs, de bénéficier pour l’avancement de l’influence du patron.

Tout de même, en présence de l’accroissement démesuré des dépenses de personnel, certains édiles trouvent que l’on abuse un peu trop des secrétaires particuliers et qu’il est temps d’en limiter et réglementer l’emploi. 

La question doit être prochainement soulevée. Elle ne plaira pas à tout le monde. 

L’inspecteur des clous

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conseillers-municipauxC’est une opinion solidement accréditée dans le public que le métier de conseiller municipal de Paris est un bon métier et que beaucoup de ceux qui le pratiquent se retirent après fortune faite. Il faut croire que ce ne fut pas le cas des infortunés conseillers municipaux qui ont été remerciés par le suffrage universel en 1929, car le préfet de la Seine, avec l’agrément du conseil, vient de les tirer de la misère.

L’un a été employé comme inspecteur d’on ne sait trop quoi par la régie immobilière, aux appointements de soixante-cinq mille francs par ans. Un autre a été également repêché par une autre société de construction qui travaille pour la ville, et touche une cinquantaine de billets pour ne rien inspecter du tout. Un troisième, qui était autrefois professeur de l’enseignement primaire, a repris ses appointements d’abord et reprendra ultérieurement ses fonctions… quand il sera remis de ses émotions électorales. 

Un quatrième, déjà fonctionnaire, retraité, émarge au budget de la direction des travaux pour une petite somme qui, ajoutée à sa pension, lui assure une honnête aisance. On l’a d’ailleurs prié de se présenter le moins souvent possible dans les locaux de la direction. Un cinquième, qui est très âgé, et qui a siégé à l’Hôtel de Ville pendant près de trente ans, touche simplement une pension viagère de vingt-cinq mille francs.

Enfin, le sixième tenez-vous bien ! a été nommé inspecteur… des passages cloutés !… Oui, mesdames, oui, messieurs, il y a un inspecteur des passages cloutés, qui nous coûte environ quarante mille francs par an !…. Et c’est un ancien conseiller municipal, ancien capitaine d’infanterie, ancien avocat, qui assume cette tâche délicate.

Le préfet de la Seine se demande avec terreur ce qu’il faudra inventer, la prochaine fois, pour caser les laissés-pour-compte du suffrage universel . Nous proposons l’emploi d’inspecteur des inspecteurs inutiles…

« Cyrano. » Paris, 1931.

Libre-échange zoologique

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édiles

A l’occasion de la rentrée des classes, plusieurs conseillers municipaux vont, paraît-il, s’offrir un petit voyage d’études en Italie.

Voilà une nouvelle qui, sans doute, fera encore une fois pousser aux Parisiens des cris de contribuables qu’on écorche. Il n’y a pourtant pas de quoi. Si nous expédions nos élus à l’étranger, l’étranger ne se gêne pas pour nous envoyer les siens et cet échange d’édiles sans résultat est un beau trait de courtoisie internationale. En outre, il contribue à étendre les connaissances zoologiques du peuple en lui montrant ce qu’est la faune d’hôtel de ville dans les différentes capitales européennes.

D’ailleurs l’inutilité de ce genre d’exportation n’est pas absolument démontrée. On apprend bien des choses en voyage. Il est fort possible que nos promeneurs reviennent de Venise, par exemple, avec des idées intéressantes sur la constitution des canaux et les moyens à employer pour les empêcher de descendre dans le Métro. Reste la misérable question d’argent : les déplacements sont hors de prix, cette année, et si les conseilleurs ne sont pas les payeurs, on peut précisément en dire autant des conseillers.

Mais quoi ! êtes-vous bien sûr que nos échevins ne nous coûtent pas encore plus cher quand ils restent à Paris que lorsqu’ils se baladent à travers l’Italie ? 

Bernard Gervaise. « Paris-soir. » Paris, 1923.
Photo d’illustration : 28 mai 1914, édiles étrangers à l’Hôtel de ville de Paris, lors du Conseil général de la Seine. Agence Rol.

Le perroquet de Lolotte

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perroquet-femme

On pouvait voir, la semaine dernière, un fort joli perroquet vert, perché sur un arbre du jardin de la Préfecture de la Seine, à l’Hôtel de Ville.

Le jardinier du Préfet essaya de l’apprivoiser. Mais, n’y réussissant pas, il l’inonda de sa lance, et le perroquet, les ailes toutes mouillées, fût obligé de se laisser approcher. Aussitôt qu’on l’eût amené au poste, nombre de dames du quartier vinrent le réclamer prétendant, chacune, qu’il était à elles. M. Picot, commissaire de police, se trouvait fort embarrassé, lorsqu’une vieille dame de la rue de Buffon s’étant présentée, le perroquet se mit à crier à tue-tête :

« Bonjour ma Lolotte ! »

Comme la dame s’appelait Charlotte, M. Picot n’hésita pas à le lui remettre. Les autres réclamantes auront à se pourvoir devant le juge de paix du quatrième arrondissement.

« Journal hebdomadaire. »  Paris, 1905.