humoriste

Le faux humoriste

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Jules-Chéret

Tendrement bébête, il porte des pantalons à la hussarde, des vestes-vareuses ou des redingotes 1830, des hauts-de-forme à bords plats et des cravates bouffantes, négligemment nouées autour d’un col rabattu. Il manie d’une main fière une canne grosse, grande, belliqueuse, dont le fer résonne sur le pavé, et naturellement il habite Montmartre, tout en haut de la butte sacrée, parmi les chansonniers, ces faux poètereaux, et les m’as-tu-vu des petits cafés-concerts, ces faux cabotins.

Comme jadis cette colline fut un royaume d’esprit, il s’imagine qu’il a hérité des qualités qui jadis triomphèrent rue Victor-Masse. Il possède la douce et vaniteuse innocence des imbéciles et des ignorants. Il me rappelle les marmots qui singent les soldats, en brandissant des sabres de bois et en battant la charge sur des casseroles d’étain, ou les fades employés de nouveautés qui, le dimanche, s’ingénient à imiter les p’tits jeunes gens cossus des restaurants de nuit.

Parce qu’il écrit des dialogues entre habitués de manille, ou des colloques de concierges, ou des monologues de poivrots, et représente sur des scènes éphémères des actes pitoyables, il se croit du talent. Si on le poussait, il parlerait de son étoile, et avouerait, avec un air modeste, qu’il est presque génial et que Molière lui semble un fort insigninant monsieur. Il proclame qu’il possède, au plus haut point, le don d’observation, que nul ridicule ne lui échappe, et qu’il note toutes les risibles manies de ses contemporains en traits d’une, flagrante vérité. Il en est tellement convaincu qu’il mettra un jour sur sa carte de visite : X. humoriste, officier d’académie. Il a parfaitement oublié qu’il plagie à chaque minute,pour vivre, G. Courteline, A. Allais, T. Bernard, et qu’il réédite, sans payer le moindre droit de reproduction, les innombrables calembours que M. Willy a généreusement gaspillés aux quatre coins de la France.

Comment s’appelle.t-il ? Vraiment, lui et ses semblables, qui sont légion, ne valent pas qu’on les cite. Ce serait une inutile réclame. J’en connais dont le nom commence par la dix septième lettre de l’alphabet. Je pense devoir m’en tenir là; on peut leur graver à tous, en étiquette, sur le front, cette initiale.

Paul Acker.  » Humour et humoristes. »  Paris, 1899.
Illustration : Jules Chéret.

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Tristan Bernard et son autographe

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tristan-bernard

Tristan Bernard est bien l’homme de Paris à qui l’on prête le plus de mots sans qu’il les demande et surtout sans qu’il ait la moindre envie de les garder. Il les rendrait plutôt tout de suite. Sa philosophie souriante a pris le parti de s’accommoder de ces dons anonymes. Les nouvelles à la main qu’on lui attribue sont pour lui souvent sa première nouvelle.

Voici pourtant une réponse de notre ami, aussi authentique que récente. Tristan reçoit une lettre d’un monsieur qui lui demande un autographe. Justement, quelques jours avant, l’exquis humoriste ayant lu qu’un de ses autographes était en vente chez un libraire, l’avait acheté. Il fit donc répondre au monsieur, à la machine à écrire, qu’il n’écrivait plus d’autographes, mais qu’il venait d’acquérir quelques lignes d’une année où il avait encore l’usage de sa plume.

« J’ai eu l’autographe pour  1 fr.50, ajoutait-il. Permettez-moi, monsieur, de vous l’offrir. »

« Excelsior : journal illustré quotidien. »  Paris, 1910. 
Illustration : Vue générale du Stadium Cussy, rue des Acacias, pendant les challenges de l’auto. M. Tristan Bernard faisant une conférence. Agence Meurisse. 1922.

 

Le distributeur automatique

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alphonse-allais

L’excellent humoriste Alphonse Allais aimait souvent à se payer la tête de ses contemporains, sans méchanceté d’ailleurs et avec une bonhomie si débonnaire qu’elle désarmait ceux qui auraient voulu se fâcher.

Un jour qu’il attendait le train dans une petite gare des environs de la capitale, il lui vint la fantaisie de mettre une pièce de deux sous dans le distributeur automatique. Il tire la poignée, ramène la classique tablette de chocolat, puis demande à un homme d’équipe d’aller chercher le chef de gare. Celui-ci, qui était en train de déjeuner, accourt la serviette encore à la main et fait d’une voix inquiète :

L’appareil ne fonctionne pas ?
Tout à fait bien au contraire, réplique tranquillement Alphonse Allais, et c’est justement pourquoi je vous ai fait quérir. En cas de non fonctionnement, on vous dérange assez pour vous dire des sottises. Moi je tiens à vous affirmer que l’appareil fonctionne à merveille et à vous en féliciter.

« Midinette. Journal illustré. »  Paris, 1937.

 

Les artistes …

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