Iena

Rêves prémonitoires

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songes

Vulpius, bibliothécaire d’Iéna, raconte ces deux faits dans son Recueil des rêves les plus remarquables (Sammlung der merkwürdigsten Träume). Voici le premier :

Le docteur Rambaum, médecin célèbre de Breslau, avait entre les mains un malade auquel il ne savait plus qu’ordonner. Il s’endormit un soir, rempli d’inquiétude sur le sort de ce malheureux. Pendant son sommeil, se présente à lui un livre tout ouvert, dans lequel il lit, avec le plus grand détail, la maladie du moribond et les remèdes qui lui conviennent. Il n’est pas plutôt réveillé qu’il court chez son homme lui administre le traitement prescrit et le guérit radicalement. 

 Quelle fut la surprise du bon docteur de voir paraître quelques années après un ouvrage qui lui représenta page par page et mot pour mot le passage du livre où il avait trouvé la science en dormant. 

Quant au second :

Un marchand appelé André Pimou passait à Riom, en Auvergne. Il s’amuse en rêve à faire l’anagramme de son nom et remarque avec effroi qu’il s’y trouve exactement : Pendu à Riom.

Le lendemain matin, ayant déjà oublié ce songe fatal, il prend querelle sur le marché avec un homme et le tue. La justice s’empare d’André Pimou et le fait pendre.

« Hier, aujourd’hui, demain. Gazette historique. »  Paris, 1923.
Illustration : « Le songe de Tartini. »  Louis-Léopold Boilly (Lithographie).

Napoléon et l’amiral Malcolm

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napoleon-malcolmLe gouvernement autrichien a autorisé la publication en langue française des « Rapports » du commissaire impérial, baron Sturner; délégué à Sainte-Hélène par son gouvernement pendant l’internement, de Napoléon 1er.

Les conversations de l’empereur déchu sont soigneusement relatées. Il en est de fort curieuses. Voici son entretien avec l’amiral Pulteney Malcolm sur sa détention à Sainte-Hélène:

Bonaparte. — Vous me tiendrez toujours ici ?

L’amiral. — Je le crois.

Bonaparte. — N’avez-vous pas d’autres colonies ?

L’amiral. — Vous n’y seriez bien sous aucun rapport.

Bonaparte. — Ce qu’on fait à Sainte-Hélène est absurde, ridicule; tenez, ce soldat sur la pointe de ce rocher, à quoi sert-il ? Craignez-vous que je ne m’échappe ? Un oiseau le pourrait-il ? Je conçois que la ville me soit interdite, c’est assez naturel. Mais hors de là je devrais être libre.

L’amiral. — Vous l’êtes ; on ne vous empêche pas même d’aller en ville.

Bonaparte. — Avec cet officier (le capitaine Popleton) à mes trousses ? Ce serait me dégrader, me reconnaître prisonnier. Je ne le suis pas.

L’amiral. — On ne peut plus cependant vous traiter en souverain.

Bonaparte. -— Et pourquoi pas ? Qu’on me laisse ces honneurs, comme un amusement dans ma position. Sur ce rocher, quel mal peut-il faire ?

L’amiral. —- Il faudrait donc vous donner le titre d’empereur ?

Bonaparte. (Après un moment de réflexion.) — Non, j’ai abdiqué.

L’amiral. — Vous ne voulez pas être appelé général ?

Bonaparte. —- Je ne le suis plus depuis mon retour d’Egypte. Tout autre nom me convient. Qu’on m’appelle Napoléon.

L’opinion de Napoléon 1er sur les Prussiens est également fort curieuse :

L’amiral. —- Que pensez-vous des Prussiens ?

Bonaparte. — Ce sont des coquins.

L’amiral. — Et de leur armée ?

Bonaparte. — Il m’en a coûté si peu pour l’écraser à Iéna avec les manoeuvres de Potsdam, que j’ai été surpris moi-même de ma victoire.

L’amiral. — Mais elle a changé depuis ?

Bonaparte. — Un peu.

 » Revue des journaux . » Paris, 1885.