île d’Elbe

Un valet de chambre de l’empereur

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Le Constitutionnel a publié une assez longue biographie de Louis Constant Wairy, dont les Mémoires ont eu tant de succès. Il a révélé à cette occasion une circonstance peu connue.

Napoléon était peu généreux envers ses domestiques. Cependant, le 10 avril 1814, la veille même de l’abdication de Fontainebleau, il pensa au serviteur qui ne l’avait jamais abandonné et lui donna 100,000 fr. Ce fut là l’origine de bien des malheurs pour le pauvre Constant. Le jour fixé pour le départ, le grand maréchal du palais désira savoir quelle somme Constant avait dans la caisse qui lui était confiée. Constant répondit : 300,000 environ. Le général Bertrand rendit compte à l’empereur.

Mais l’empereur fut très surpris, il croyait avoir 100,000 fr. de plus. Alors Constant dit au général comment, sur les fonds à sa disposition, il avait dû prélever 100,000 fr. à lui donnés par Sa Majesté même. Le général retourne vers l’empereur et ne tarde pas à reparaître, mais, cette fois, avec une effroyable nouvelle : l’empereur ne se rappelait ,pas avoir donné 100,000 f à Constant. Quel coup  un semblable oubli ne devait-il pas porter à un honnête homme !

Le cœur brisé, le désespoir dans l’âme, Constant rendit les 100.000 fr, mais il refusa de suivre son maître à l’île d’Elbe, et rien ne put le faire changer de résolution, ni l’offre d’une somme considérable, ni le désir du héros malheureux, dont les désastres rendaient les moindres volontés sacrées.

Constant ne pardonna pas à son maître, le jour d’une abdication, des préoccupations plus graves que celle d’un don de 100,000 fr. Il bouda et laissa partir sans lui pour la terre d’exil celui qu’il ne pouvait s’empêcher d’aimer encore. Louis Joseph Marchand, simple garçon d’appartement, d’une loyauté parfaite, remplaça Constant, et son nom éclipse aujourd’hui celui de Constant.

« Le Voyageur. » Paris, 1845.

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Le père la violette

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bonaparteVoici quelques particularités peut-être encore inconnues de la plupart  sur les causes qui firent de la violette un signe de ralliement au parti bonapartiste.

On a forgé, sur le nom de cette fleur, une conspiration dont tous les éléments sont faux, écrivait là-dessus en août dix-huit cent quinze les Annales lyonnaises : Le hasard seul fit de la violette un signe de reconnaissance : voici le fait tel qu’il s’est passé, nous le tenons des intéressés directs.

Trois jours avant son départ pour l’île d’Elbe, Buonaparte, accompagné du duc de Bassano et du général Bertrand, se promenait dans le jardin de Fontainebleau : le prince était encore incertain s’il devait paisiblement se rendre dans son exil. Le duc de Bassano lui prouvait qu’il n’était plus temps de reculer. Vivement affecté des objections de son secrétaire, Napoléon marchait toujours, et ne sonnait mot. Il n’avait rien à répondre. Il cherchait au contraire quelque distraction à l’embarras qu’il éprouvait.

Il avait à côté de lui un joli enfant de trois à quatre ans qui cueillait des violettes dont il avait déjà fait un bouquet.

Mon ami, lui dit le prince, veux-tu me donner ton bouquet ?
Sire, je veux bien, répondit le jeune garçon, en le lui présentant avec une grâce infinie.

Buonaparte reçut le bouquet, embrassa l’enfant qu’il reconnut pour être celui d’un des employés du château et continua sa promenade. Après quelques minutes de silence : 

Eh bien ! messieurs, dit-il à ses courtisans, que pensez-vous de cet enfant ? Le hasard de cette rencontre est selon moi un avis secret d’imiter cette fleur de modeste apparence. Oui, messieurs, désormais des violettes seront l’emblème de mes désirs.
Sire, lui répondit Bertrand, j’aime à croire pour la gloire de Votre Majesté que ce sentiment ne durera pas plus que la fleur qui l’a fait naître.

Le prince n’ajouta rien et rentra chez lui. Le lendemain on le vit se promener dans le jardin avec un petit bouquet de violettes à la bouche, quelquefois à la main. Arrivé près d’une plate-bande, il se mit à cueillir de ces fleurs. elles étaient assez rares en cet endroit. Le nommé Choudieu, grenadier de sa garde, alors en sentinelle, lui dit :

Sire, dans un an vous en cueillerez plus à votre aise, elles seront plus touffues.

Buonaparte, extrêmement étonné, le regarde :

Tu crois donc que dans un an je serai ici ?
Peut-être plus tôt. Au moins nous l’espérons.
Soldat, tu ne sais donc pas que je pars après-demain pour l’ile d’Elbe ?
Votre Majesté va laisser passer l’orage.
Tes camarades pensent-ils comme toi ?
Presque tous !
Qu’ils le pensent et ne le disent pas. Après ta faction, va trouver Bertrand, il te remettra vingt napoléons, mais garde le secret.

Choudieu, rentré au corps de garde, fit observer à ses camarades que depuis deux jours l’empereur se promenait avec un bouquet de violettes à la main :

Eh bien ! maintenant, il faudra le nommer entre nous « le père la violette ».

En effet, depuis ce jour, toutes les troupes, dans l’intimité des chambrées, ne désignèrent plus Napoléon que sous le nom du père la violette. Ce secret perça insensiblement dans le public et, dans la saison des violettes, les partisans de l’ex-monarque portèrent tous cette fleur qui à la boutonnière, qui à la bouche. Ce fut à cette marque qu’ils se reconnurent.

« Hier, aujourd’hui, demain. Gazette historique. »  Paris, 1923. 

Le retour de l’île d’Elbe

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Au mois de mars 1815, le Moniteur Universel a donné successivement les nouvelles suivantes sur l’arrivée de Napoléon en France :

L’anthropophage est sorti de son repaire.
L’ogre de Corse vient de débarquer à Golfe-Juan.
Le tigre est arrivé à Gap.
Le monstre a couché à Grenoble.
Le tyran a traversé Lyon.
L’usurpateur a été vu à soixante lieues de la capitale.
Bonaparte s’avance à grands pas, mais il n’entrera jamais dans Paris. 
Napoléon sera demain sous nos remparts. 
L’empereur est arrivé à Fontainebleau.
Sa Majesté Impériale et Royale a fait, hier au soir, son entrée dans son château des Tuileries, au milieu de ses fidèles sujets.

 
« Almanach de la Champagne et de la Brie. »  Troyes, 1900.
 

La violette emblème bonapartiste

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Le Pall Mall Gazette a reproduit récemment des détails sur l’histoire de la violette, comme emblème bonapartiste. Un de ses lecteurs anglais lui adresse, à ce propos, une note sur une petite gravure coloriée qui se trouve dans sa maison depuis 1820 ou 1821.

Cette gravure représente un bouquet de violettes où l’on retrouve aisément les profils de Napoléon et de Marie-Louise penchés sur leur enfant endormi. C’est une copie de celle qui était alors si répandue à Paris, copie publiée par Wallis de Londres et Sidmouth, sans date. Au bout du papier se trouve la notice suivante, sous le titre de : Caporal la Violette :

« Napoléon, à son départ pour l’île d’Elbe, avait promis à ses amis de revenir à la saison des violettes. Ses partisans adoptèrent cette fleur comme emblème de ralliement. Ainsi, buvaient-ils fréquemment à la santé du « Caporal la Violette » et portaient une bague ornée d’une violette émaillée, avec la devise : Elle reparaîtra au printemps ! Quand la nouvelle du débarquement à Fréjus se répandit dans Paris, toutes les marchandes de fleurs se munirent de violettes et elles en vendirent une énorme quantité.

Les gens qui n’étaient pas initiés ne comprenaient rien à cette vogue subite de la modeste fleurette. Quant aux bonapartistes, ils ne manquaient pas, en rencontrant un homme muni d’un bouquet de violettes, de lui demander : Aimez- vous la violette ? S’il répondait, naïvement : Oui, l’affaire en restait là. Au cas où la réponse était : Eh bien ? on savait avoir affaire à un adhérent de la cause bonapartiste, et l’on répliquait en manière de mot d’ordre : Elle reparaîtra au printemps ! ».

Le collectionneur anglais qui avait recueilli cette petite gravure de circonstance ne partageait évidemment pas les passions bonapartistes, car il avait écrit au verso un quatrain dont voici le sens littéral :

« Napoléon a choisi la violette comme emblème pour consoler ses amis et tromper ses adversaires. Qu’il s’y tienne et trouve, à son dam, que la violette meurt toujours avant la chute des feuilles ! »

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1886.