illusionniste

De plus en plus fort 

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Le célèbre illusionniste américain, Houdini, avait juré qu’il accomplirait, à l’aide de subterfuges dont il a seul le secret, des faits aussi extraordinaires sinon davantage, que ceux que promettait d’accomplir le fakir égyptien, Rahman Bey, actuellement à New York. 

Son pari fut pris au sérieux et Rahman Bey déclara qu’il se laisserait descendre au fond de l’Hudson, enfermé dans un cercueil étroitement étanche. Mais cette performance fut accomplie dans des conditions telles qu’elles ne satisfirent point les experts. Houdini, piqué au jeu, déclara qu’il allait faire la même chose.

Effectivement, on l’enferma dans un cercueil qui fut ensuite plongé dans le fleuve Hudson à une profondeur  considérable. Houdini avait demandé que l’on ramenât le cercueil sur la berge après une heure et demie de plongée. Une heure et demie après, en effet, le cercueil fut ramené à flot et rouvert. Houdini en sorti aussi gaillardement que quand il y était entré, ayant seulement les jambes un peu engourdies. 

Et voilà ! dit-il simplement. J’ai accompli cet exploit grâce à un truc de magicien dont je possède le secret. 

Mais il refusa de dévoiler ce fameux secret. 

Le docteur Carrington, membre de la Société des recherches psychiques, qui assistait à cet événement, a déclaré « n’y rien comprendre ». Des médecins venus de l’hôpital Bellevue ont dit à leur tour qu’il était impossible à un homme normal de vivre enfermé dans le cercueil scellé où Houdini avait pu continuer à vivre… pendant une heure et demie. 

« Les Spectacles d’Alger. » Alger, 1932.

Encore un sorcier !

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Le grand sorcier du Palais-National possède à Saint-Gervais, dans les environs de Blois, un joli domaine où il a été passer l’été qui vient de finir. Là, Robert Houdin se livrait à des études, à des expériences de physique, et les effets qu’il produisait étonnaient fort les gens du pays. Bien qu’il se soit toujours montré à leur égard affable et bienfaisant, ces braves gens le considéraient comme ayant beaucoup plus de rapport avec le diable qu’avec le bon Dieu.

Malgré cela, ils ne refusaient pas les petites distinctions qu’il leur procurait. Ainsi, certain jour, Robert Houdin donna aux habitants de Saint-Gervais une fête à l’occasion du baptême d’un de ses enfants : son parc fut illuminé d’un bout à l’autre par des flots de lumière électrique. Il produisit ensuite des effets de magie si surprenants, que les paysans, tout en cédant à l’admiration, éprouvaient une certaine terreur. On avait beau leur expliquer que cela était naturel, ils n’y voyaient que du sortilège. Ils étaient dans ces dispositions lorsque M. Houdin résolut de faire briser à l’aide de la mine un rocher qui se trouvait dans son parc. Un des ouvriers fut blessé au moment où il mettait le feu à une mèche. M. Houdin annonça alors qu’il avait un moyen moins dangereux de déterminer l’explosion : il employa tout simplement un fil électrique, et les paysans, qui ne voyaient pas de feu entre ses mains, répétait partout qu’il avait employé le secours du diable.

Telle était la situation des esprits à St-Gervais quand plusieurs cas de choléra vint jeter l’inquiétude et la terreur dans les esprits : « C’est le sorcier qui nous attire ce malheur ! » s’écrièrent plusieurs habitants de l’endroit. Ce propos, colporté de bouche en bouche, fut partout accueilli, et de sourdes rumeurs, préludes de vengeance, s’élevèrent bientôt contre l’innocent physicien.

Le maire de Saint-Gervais, instruit de ce qui se passait, essaya de calmer les plus exaltés, mais il ne fut pas écouté. « Le sorcier répand dans l’air une poudre que nous respirons et qui nous rend malades. » disaient ces pauvres gens avec une conviction bien arrêtée Et quand le maire objectait qu’il pouvait subir comme les autres ces malignes influences, on lui répondait qu’il ne se levait pas d’assez bonne heure, et que toute la poudre était respirée quand il paraissait.

La fermentation s’accrut au point que le maire jugea à propos de faire veiller la nuit à la porte du physicien. Mais Robert Houdin, heureusement, devait revenir à Paris, et son départ coupa court à toute manifestation hostile. Il faut espérer que les habitants de Saint-Gervais, lorsqu’ils reverront M. Houdin, seront guéris de leurs terreurs.

« L’Argus. » Paris, 1851.
Illustration de Gustave Doré.